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Cartes incertaines. Regard critique sur l'espace
Milon Alain
ENCRE MARINE
27,00 €
Épuisé
EAN :9782350880624
Souvent envisagée comme un instrument d'orientation et de navigation, la carte sert à nous rassurer dans notre lecture du territoire. Mais qu'adviendrait-il si l'on voyageait avec des cartes qui nous désorientaient ? Les cartes sont nombreuses certes, mais elles n'ont pas toutes les mêmes vertus ! Certaines se contentent de reproduire simplement la réalité, d'autres au contraire l'inventent. Parallèlement aux cartes d'extérieur des géographes-géomètres-arpenteurs, il existe des cartes d'intérieur des cosmographes-peintres-écrivains, tous ceux en fait qui font rêver les lignes à la manière de Michaux qui affirmait : "Je veux que mes tracés soient le phrasé même de la vie." Les cartes qui retiendront notre attention ici sont justement celles qui luttent contre la tyrannie de l'analogie pour nous plonger dans les profondeurs folles de ces contours incertains. Ces cartes sans mémoire effectuent des tracés et se refusent à suivre toute espèce de parcours. Elles nous entraînent ainsi vers des géographies improbables et inconnues. Ce voyage se fera à partir d'un dialogue tissé entre les oeuvres poétiques de Michaux et les écrits philosophiques de Merleau-Ponty. Il sera aussi l'occasion d'éclairer la formule de Maurice Blanchot, fil conduéteur des propos qui vont suivre : "Ils marchaient ainsi, immobiles à l'intérieur du mouvement." Les cartes inconnues nous offrent l'occasion de marcher immobile à l'intérieur du mouvement comme pour nous dire que les points de fixation que la géométrie spatiale dessine sont d'abord des points de fiction que la géométrie poétique invente.
Résumé : Du développement durable au fondamentalisme anti-humaniste de la Deep ecology, l'écologie se trouve enfermée dans l'idée que l'homme se fait de la nature. Que l'on favorise le progrès en trouvant un bon équilibre entre l'individu et son milieu, ou que l'on déshumanise la nature, le lien homme/nature semble toujours inscrit dans une union conflictuelle. Ne peut-on pas envisager une autre logique que celle qui fait de l'homme, par sa gestion des ressources naturelles, ou de la nature, par sa résistance à l'empreinte humaine, la mesure de ce lien ? Alain Milon interroge ce rapport de pouvoir, que ce soit celui de l'homme comme maître et possesseur de la nature, ou celui de la nature comme puissance indomptable. Dès ses origines, l'écologie, prisonnière de la logique duelle homme/nature, semble incapable de saisir le véritable mouvement du plan de nature, seul à même d'annuler cette dualité.
Résumé : L'art de la conversation s'exprime de mille et une manières. Mais, qu'elle ait de l'esprit ou qu'elle soit factuelle, qu'elle se produise dans la sphère publique ou dans un cadre intime, la conversation - ce concept aujourd'hui galvaudé - exige, pour être dûment pratiquée, d'être convenablement saisie selon les traits qui la constituent en son essence. En s'inspirant de Kant, quatre principes de sociabilité permettent d'en délimiter correctement la nature : la mise en commun du sujet de la conversation, l'absence de temps mort, le refus de changer de sujet pour des raisons superflues, la condamnation de toute ergoterie. Sur ces bases, l'auteur propose alors, en se fondant sur des moments de " crises conversationnelles " mises en scène par Matisse, Magritte, Hergé, Antonioni et Jacques Tati, une approche sociologique, philosophique et esthétique (à travers la peinture et le cinéma) de cet Art de la Conversation que nous pratiquons tous sans bien savoir à quelles règles éthiques il faudrait qu'il se soumette.
Résumé : A une époque où la lutte des sans-papiers est fortement médiatisée, la Ville offre à l'Etranger un statut singulier. Quelquefois intégré, parfois assimilé, souvent exclu, l'Etranger est source de nombreux imaginaires qui conduisent, tantôt à l'hospitalité la plus chaleureuse, tantôt à la xénophobie la plus sordide. La Ville peut être riche et plurielle mais aussi enfermée dans des limites géographiques que l'Etranger subit. Hôte ou ennemi, intégré ou relégué, l'Etranger est de tous les passages. En outre, la Ville change de peau. Ses bruits ne sont plus les mêmes et ses mouvements ondulent de plus en plus. Tag et graff mural, rap et tchatche rappin, hype et break dance, ces expressions murales et musicales sont les signes visibles des métamorphoses de la Ville qui posent la question de la place de l'Etranger dans l'univers urbain. Le graff mural et le rap sont-ils les signes distinctifs de l'Etranger qui signalerait au reste de la Communauté sa présence, ou sont-ils les témoignages d'un sentiment d'étrangeté commun à tous ? L'auteur propose, à partir d'une lecture de la figure de l'Etranger chez Simmel pour qui même les autochtones sont des étrangers, un parcours à travers les différentes formes d'expressions murales et musicales du mouvement Hip-Hop qui restent, pour beaucoup, étrangères car incompréhensibles.
La peinture de Bacon est angoissante. Elle nous met mal à l'aise. Elle montre une viande à l'état brut qui nous rappelle notre condition. La peinture de Bacon n'est ni informe ni difforme et n'a que faire du contour. Elle exprime autant le refus de la peau sans chair de La Déposition de la croix de Fra Angelico que de la chair sans peau de la Leçon d'anatomie de Rembrandt. La peinture de Bacon est faite de peu de chose. Sans artifice, elle s'attache au fait, rien qu'au fait. Ses aplats sont des territoires qui poussent du dedans pour écarter des contours trop étroits. Brutale, la peinture de Bacon s'attaque à l'intégrité du corps jusqu'à le faire exploser. Mais, elle est surtout sans concession comme pour dire que le corps n'est que le vestige de la viande.
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.
Quand point l'année nouvelle, chacun se soumet au cérémonial des voeux, interminables et impersonnels (la sacro-sainte triade santé-bonheur-réussite !), auquel se greffe la tragi-comédie des grandes résolutions dans une cascade déprimante de ne plus dont rien ou presque ne subsiste quelques jours après. S'y ajoutent les rituels et les folklores qui, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures humaines, leur font écho. Chacun s'y prête à chaque fois (cette répétition donne le vertige) avec un enthousiasme qui décroît en général au fil des ans. Et si, à l'heure d'entrebâiller la porte de Janvier, qui restera close un an encore, il devenait urgent et même vital de lever les yeux du compte à rebours universel pour passer du trompe-l'oeil de la carte de voeux et de la vraie-fausse résolution au rendez-vous enfin pris avec soi-même ? Et si dire oui, faire oui à la manière nietzschéenne, c'était simple comme le Nouvel An ? Telle est l'invitation philosophique que ce livre, écrit dans une langue volontairement accessible au plus grand nombre sans rien céder sur le fond de la pensée, adresse à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent ne pas laisser filer indéfiniment, année après année, l'occasion de devenir ce qu'ils sont.
Dans tous les pays du monde, lorsque le vigneron élève son vin dans une barrique, la porosité du bois qui en constitue les parois laisse s'évaporer une partie des liquides dans une proportion que l'on ne saurait négliger. On appelle cette évaporation: "la part des anges". Jour après jour, le paysan compense cette part des anges en ajoutant du vin. On appelle cette compensation: l'"ouillage". La plupart des grands vins qui réjouissent nos coeurs sont nés dans ces conditions. Une institution de soin, médico-sociale ou d'éducation, c'est un être vivant comme l'est aussi un vin. Ici les anges sont les rêves, et si les institutions écartent cette part du rêve, cette part offerte au rêve, elles s'étiolent, se referment, et ne produisent plus les effets escomptés. Ce rêve, c'est la régulation qui le fournit ou plutôt qui l'entretient. Si aucun régulateur ne vient plus accomplir cet ouillage dans le tonneau institutionnel, alors la pratique s'évente, s'aigrit, et finalement se mue en vinaigre. Pour vivre, une institution a besoin de cette part du rêve qui semble être une perte de prime abord; mais cette perte est indispensable, à l'instar des vins les plus précieux, pour lui assurer structure et qualité. Cette perte est en définitive un gain. Voilà l'état d'esprit qui m'a guidé pour écrire ce livre. J'ai voulu analyser les rouages de ce que l'on appelle régulation, supervision, ou encore analyse des pratiques selon deux points de vue différents: rendre compte d'une pratique d'une part, sans toutefois tomber dans la banalité du simple témoignage; et proposer des supports théoriques pour en éclairer les bases, pour tenter d'écrire les prémisses d'une théorie de la régulation.
Marcel Conche, professeur émérite à la Sorbonne, membre de l'Académie d'Athènes, est l'auteur de nombreux ouvrages, publiés aux Editions Encre Marine, Cécile Defaut, Albin Michel, et surtout aux Presses Universitaires de France (collections "Perspectives critiques", "Quadrige" et "Epiméthée").