Si le paysage constitue un objet d'étude ancien en géographie, il est aussi abordé par les autres sciences humaines et sociales. Depuis la fin du XXe siècle, l'expérience sensorielle est au coeur des réflexions des historiens, des géographes, des sociologues, des anthropologues et des philosophes. Ces questionnements épistémologiques ont permis de faire évoluer, par ricochet, d'autres notions, comme celle du paysage. Récemment s'est développée la notion de "paysage sensoriel", appréhendé plus seulement par la vue mais par tous les sens, isolément ou de manière synesthésique. L'ouvrage offre une lecture pluridisciplinaire des paysages sensoriels, non en multipliant les approches disciplinaires mais en pratiquant une interdisciplinarité assumée. Au travers de chapitres épistémologiques, théoriques, didactiques et d'études de cas, ce sont des paysages monosensoriels (l'ouïe, l'odorat, le toucher) et plurisensoriels qui sont analysés, abordant ainsi le sensible, les émotions, la subjectivité. L'ensemble présente un panorama riche des recherches récentes et innovantes sur les paysages, tout en questionnant une catégorie classique de l'analyse historique et géographique.
e sang est une substance à laquelle on prête de nombreux pouvoirs. Fluide biologique, réalité concrète de la vie qui palpite ou s'enfuit, plus ou moins épais, visqueux ou translucide, il est porteur de tout un imaginaire que les Anciens ont interrogé durant l'Antiquité gréco-romaine. Du sang du crime à celui du combat, du sacrifice à la mort du martyr, de la magie à la cuisine un univers rouge semble ressortir de cette Antiquité fantasmée. Marqué du sceau de l'ambivalence, il a quelque chose de magique : porteur de vie et de mort, le sang signe les saisons du corps féminin et annonce la mort quand il sourd de la blessure du guerrier : il est le baromètre de la vie qui dit aussi la parenté. C'est une histoire du sensible qui est menée ici par le liquide biologique vital, par la couleur, celle du sang rouge ou noir, de la pourpre. C'est aussi une histoire sociale car, par le sang c'est la transmission, la descendance et la filiation, la souillure, la pureté, les rites que l'on observe ; c'est encore une histoire de la guerre, du crime et de la justice.
Résumé : L'imaginaire collectif contemporain perçoit l'Antiquité comme sanguinaire. Sur scène, dans l'arène, sur le champ de bataille ou dans les sanctuaires, le sang coule. Porteur de vie et de mort, il est autant souillure qu'élixir, il a quelque chose de mystérieux ; il coagule ou non, il pervertit ou soigne. Le sang, c'est celui que l'on transmet à ses fils, celui des liens familiaux qui déterminent l'appartenance à une lignée ou l'exclusion, c'est aussi le grand baromètre de la vie, celui des saisons du corps féminin ou qui sourd de la blessure du guerrier, l'un donne la vie, l'autre la reprend. Ambivalent, impur et vital, mortifère et magique, le sang recèle tous les fantasmes et toutes les peurs de l'Antiquité. Mais la fascination et la répulsion qu'il exerce sur les Anciens nous sont-elles si étrangères ?
Par Lampeter over Cwmann, Wales (UK). Cela vous dit ? Bien sûr ! C'est dans cette université bucolique que se sont rassemblés durant une petite semaine un panel de spécialistes du sacrifice antique. Mais qu'allaient-ils faire à Lampeter over Cwmann, et sur un tel sujet ? La raison de leur présence en cette thébaïde entourée de collines peuplées d'une abondante gent ovine est simple : ils s'y sont rendus à l'invitation de la Ive Celtic Conference in Classies qui rassemble tous les deux ans des chercheurs des western provinces (mais pas seulement). Pour ce qui est de la raison, il est nécessaire de faire un petit peu d'historiographie. Y a-t-il donc encore quelque chose à dire sur le sacrifice antique, surtout quand on appartient au monde francophone, depuis la publication en 1979 de La cuisine du sacrifice en pays grec, éditée par M. Detienne et J.-P. Vernant ? Le quidam s'interroge : tout n'a-t-il pas été dit dans cet excellent ouvrage ? Au vrai, que ce soit à l'étranger ou en France, dans des perspectives souvent différentes, on a bien avancé depuis sur d'anciennes pistes et sur de nouvelles. Du côté des archéologues, des iconographistes, des historiens de la religion, on a produit de nouveaux objets (ainsi les recherches ostéologiques), on a posé d'autres questions et on est sorti de certaines impasses. Sans prétendre épuiser les très copieux dossiers sur le sacrifice antique, les promoteurs du voyage à Lampeter se fixaient pour objectifs d'examiner de nouveaux documents, de reposer des questions anciennes et d'en proposer de nouvelles afin de contribuer à l'interprétation de ce processus essentiel de la communication entre les hommes et les dieux qu'est le sacrifice.
Bodiou Lydie ; Mehl Véronique ; Oulhen Jacques ; P
Internationalement reconnu pour ses travaux sur la religion et la société grecques antiques, Pierre Brulé ne cesse de déconstruire le "miracle grec" en s'intéressant tout d'abord à ses marges, ses fractures, ses ombres. Les études rassemblées dans cet ouvrage s'inscrivent dans cette perspective en proposant de nouvelles approches, essentiellement dans trois domaines: l'histoire des femmes, l'histoire religieuse et l'histoire du corps. Ces trois domaines bien évidemment se recoupent, et l'analyse de la participation des femmes aux rituels et aux fêtes religieuses grecques, que ce soit à Athènes, à Olympie, à Delphes, ou bien encore dans les Lois de Platon, est complétée par l'étude d'associations, de magistrats, de l'usage du fouet... qui sont autant de manières de mettre en lumière comment les cités intégraient et contrôlaient leurs membres, quels_ que soient leur genre, leur identité, leur statut, n'hésitant pas à recourir à la violence s'il le fallait. De même, les réflexions proposées sur la médecine, les vêtements, les offrandes sacrificielles et le polythéisme, à partir de la prise en compte de mythes, de représentations, des noms des dieux, permettent de nouveau de modifier le regard porté sur le monde antique, en accordant bien souvent une place toute particulière au féminin. Ce refus des idées convenues, ce souci de donner la parole à ceux que les sources ont généralement laissé dans l'ombre, cette attention portée tout autant aux faits les plus concrets qu'à l'imaginaire, témoignent ainsi du renouvellement actuel de l'histoire de l'Antiquité, dont Pierre Brulé est, Chemin Faisant, l'un des acteurs importants.
Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours. Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants ; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies ; ruine quelques évidences... La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf. Emergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen... Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien. Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h. Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
Subjectivités numériques et posthumain s'inscrit dans le sillage de l'ouvrage PostHumains : frontières, évolutions, hybridités publié dans la collection "Interférences" des presses universitaires de Rennes. Ce recueil était davantage consacré aux mutations, évolutions et hybridations du corps dans un devenir posthumain. Ce livre propose d'explorer l'imaginaire associé à l'émergence d'une subjectivité numérique dans la période contemporaine de l'hyperconnectivité et du développement de l'intelligence artificielle. Tout comme dans la perspective d'une corporéité posthumaine, un esprit qui ne serait plus ancré à un corps organique suscite de nombreuses réflexions et mises en fiction. L'approche proposée dans ce livre est par ailleurs fondamentalement interdisciplinaire car les questionnements relatifs aux devenirs de l'humain et à la définition de son identité que déclenche le posthumain sont universels.
L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.