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Bouts du monde N° 7
Mauxion William
BOUTS MONDE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782919497034
148 pages de regards singuliers sur le monde, parfois émouvants, amusés, désenchantés ou enthousiastes. Au programme, une traversée du Pacifique en cargo, de l'Asie centrale à bicyclette, ou des Pays de la Loire en TER... On vous emmènera à Tchernobyl où, à travers les récits et dessins de trois voyageurs, le beau et le dispute à l'effroyable. Vous vous demanderez, comme Eva Cantavenera, s'il n'y a pas quelque chose d'indécent à écrire un guide touristique sur un pays aussi pauvre que Cuba. Les photos de Patrick Chatelier sur la route 66 vous donneront envie d'enfourcher, au mieux, la Harley de Peter Fonda, au pire le canasson de John Wayne. Vous serez jaloux du talent de Laure Fissore (comme nous) qui croque la Big Apple comme personne. Vous vous demanderez (comme nous) s'il n'y a pas une faute de frappe à Chhattisgarh, état indien inconnu où Olivier Thao a promené son objectif. Vous n'aurez sans doute pas envie de partir en vacances avec Laurent Van Parys qui a pénétré les terrae ingognitae de l'Irian Jaya en Indonésie. Par contre, vous aurez sans doute de partir en voyage avec Pierre Vauconsant qui a rêvé avant tout le monde d'une révolution au Maghreb. On vous présentera Walo, un chien suisse, qui a fait le tour du monde. On vous parie une bière bien fraiche que les aventures de Laurent Perray en Suède vous feront bien rire.
D'abord on se dit que ce n'est pas vraiment un voyage, mais plutôt une aventure fantasmée, un embarquement légendaire dans une machine à remonter le temps. Un conte. C'est qu'il nous faut des preuves. Ca s'est passé au printemps, pendant le festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. La belle et unique revue Tango, avec qui nous partagions un bout d'allée, nous apprend qu'elle a dans ses cartons le carnet de voyage de Pierre Lewden, capitaine de l'équipe de France d'athlétisme. Son histoire, épargnée par le temps et les hasards de la vie, dormait dans le grenier d'un vieux moulin de Bourgogne. En 1928, Lewden, sauteur en hauteur et journaliste à L'Intransigeant, s'embarque avec une vingtaine de camarades, à bord du Transsibérien, pour participer à une rencontre internationale au Japon. Une aventure épique, confidentielle, exceptionnelle pour l'époque. Une histoire enthousiasmante aussi à rendre jaloux, par exemple, une revue qui publierait des carnets de voyage. Tango n'a pas mis longtemps à deviner notre envie de voyager dans ce monde sépia en compagnie de cette incroyable équipée. Et, puisque nous sommes embarqués dans la même aventure, nous a ouvert ses archives. Nous publions dans le numéro 8 de Bouts du monde de larges extraits du récit de l'expédition de Lewden. Le temps qui a passé rend savoureuses les anecdotes du quotidien. Nous avons même des preuves pour nous persuader que tout cela a été bel et bien vécu : des photos de la reconstruction de Tokyo, des étiquettes de bagages, le menu de réceptions officielles. De véritables trésors. " William Mauxion.
Qu'allions nous donc faire de ces trente pages de carnet de voyage sur le Japon alors que la fin du monde s'y préparait ? Nous avions rencontré Karen pendant l'automne, à l'heure où les sakuras de Tokyo perdaient leurs feuilles. Sa balade dans la mythologie japonaise ne ressemblait pas vraiment à une promenade de santé mais était réjouissante à bien des égards. Quant à l'oeil sensible de Julie, nous l'avions découvert loin de là-bas, dans les rues d'Amsterdam où elle n'avait pas mis longtemps à nous convaincre du supplément d'âme des photos polaroïds. C'est comme ça, tout simplement, que nous est venue l'idée de croiser ces regards singuliers sur le Japon, fantasme de voyageurs en quête de dépaysement extrême. Et puis au fur et à mesure que l'on découvrait l'ampleur de la catastrophe, une question, en creux, a surgi : pouvions nous continuer à évoquer les cerisiers en fleurs comme si de rien n'était ? Apparemment, notre désir de confier aux voyageurs la mission de prendre le pouls de la planète en prenait un coup dans l'aile, confronté à une dramatique actualité à juste titre avide de faits, de chiffres, d'analyses. Que restait-il des histoires de Karen et Julie au milieu d'un tel chaos ? Des anecdotes, du superflu et un peu de poésie qui ne rime pas avec Fukushima. Mais aussi des chemins de traverse qu'il ne faut pas reléguer au second plan trop longtemps parce que l'état inquiétant du monde nous le dicterait " William Mauxion.
Donnez par exemple dix patates à un Ouzbek : il y a plus de chances qu'il vous distille un litre de vodka à rendre aveugle Lulu la Nantaise, plutôt qu'il vous cuisine un poulet frites à midi. Le propos est à deux doigts de la caricature, mais on vous parie une barrique de tout-venant que la crainte a fini par traverser l'esprit de Vincent Robin qui traversait lui-même l'Asie centrale à pied. Avant d'entreprendre pareille aventure, lui et son compagnon de marche avaient pensé à beaucoup de choses : le poids du sac à dos, la marque des chaussures, les bouquins à emporter, la présence de points d'eau le long du chemin. Ce qu'ils n'avaient pas prévu en revanche, c'est que se promener à pied avec une guitare dans le dos est un sésame pour se faire inviter dans toutes les fêtes et tous les mariages qui s'égrènent le long de la route de la Soie. Et quand on n'est pas coutumier avec les conventions sociales en vigueur, qu'on ne veut pas insulter l'hospitalité qui épate les voyageurs dans les contrées lointaines, c'est sans doute toujours un peu compliqué de refuser les verres que tous les habitants d'un village vous offrent chacun leur tour. Quitte à cuver dans le fossé à la fin de la fête. Au final, ils étaient soulagés d'arriver en Iran, réputé pour sa sobriété. Dans le Tadjikistan voisin, des voyageurs ont déjà conté qu'ils buvaient volontiers la vodka stockée dans la boîte à gants pour priver le conducteur de voiture de quelques gorgées supplémentaires. Dans certaines zones du monde de mauvaise réputation, il y a peut-être plus de risques de rencontrer un taxi-driver plein comme un cochon qu'un fondamentaliste qui veut vous faire la peau. Qui l'eût cru ? On pourrait appeler ça le syndrome de Tintin et les Picaros, qui consiste à parachuter généreusement de l'alcool aux populations autochtones pour les rendre moins vaillantes à la révolte ou aux revendications. En Chine, le régime communiste a par exemple la paix avec les Khampas – fiers guerriers tibétains qui vivent notamment dans la province du Sichuan – depuis que l'ivresse est devenue facile et bon marché. Une vieille habitude coloniale qui a souvent fait ses preuves " William Mauxion.
Qu'allions nous donc faire de ces trente pages de carnet de voyage sur le Japon alors que la fin du monde s'y préparait ? Nous avions rencontré Karen pendant l'automne, à l'heure où les sakuras de Tokyo perdaient leurs feuilles. Sa balade dans la mythologie japonaise ne ressemblait pas vraiment à une promenade de santé mais était réjouissante à bien des égards. Quant à l'oeil sensible de Julie, nous l'avions découvert loin de là-bas, dans les rues d'Amsterdam où elle n'avait pas mis longtemps à nous convaincre du supplément d'âme des photos polaroïds. C'est comme ça, tout simplement, que nous est venue l'idée de croiser ces regards singuliers sur le Japon, fantasme de voyageurs en quête de dépaysement extrême. Et puis au fur et à mesure que l'on découvrait l'ampleur de la catastrophe, une question, en creux, a surgi : pouvions nous continuer à évoquer les cerisiers en fleurs comme si de rien n'était ? Apparemment, notre désir de confier aux voyageurs la mission de prendre le pouls de la planète en prenait un coup dans l'aile, confronté à une dramatique actualité à juste titre avide de faits, de chiffres, d'analyses. Que restait-il des histoires de Karen et Julie au milieu d'un tel chaos ? Des anecdotes, du superflu et un peu de poésie qui ne rime pas avec Fukushima. Mais aussi des chemins de traverse qu'il ne faut pas reléguer au second plan trop longtemps parce que l'état inquiétant du monde nous le dicterait " William Mauxion.