Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Bouts du monde N° 11, Juillet-août-septembre 2012
Mauxion William
BOUTS MONDE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782919497089
Il avait une Ford toute pourrie et avait entrepris, avec l'insouciance de ses 25 ans, de traverser les Balkans sans passeport. Un joli défi. Depuis 10 ans, Sébastien Colson est retourné régulièrement dans ces pays d'Europe de l'Est qui ont accompagné son éveil aux turpitudes du monde. Une conviction a accompagné l'un de ses derniers voyages là-bas : ce sont les idéologies et les nationalismes, jamais les peuples, qui dessinent des traits sur les cartes et dressent des fils barbelés. Il n'y a pas besoin de fils barbelés pour isoler Sulina en Roumanie. Depuis l'ouest, on ne peut rejoindre la porte orientale de l'Union européenne que par le Danube. A l'est, c'est la mer Noire, puis le Caucase. Au sud, la Turquie. Une frontière décrétée définitive. En atteignant le delta, Eduard Toader, photographe roumain, avait lui aussi l'impression d'arriver au bout du monde. Sans pour autant traverser aucune frontière.
Donnez par exemple dix patates à un Ouzbek : il y a plus de chances qu'il vous distille un litre de vodka à rendre aveugle Lulu la Nantaise, plutôt qu'il vous cuisine un poulet frites à midi. Le propos est à deux doigts de la caricature, mais on vous parie une barrique de tout-venant que la crainte a fini par traverser l'esprit de Vincent Robin qui traversait lui-même l'Asie centrale à pied. Avant d'entreprendre pareille aventure, lui et son compagnon de marche avaient pensé à beaucoup de choses : le poids du sac à dos, la marque des chaussures, les bouquins à emporter, la présence de points d'eau le long du chemin. Ce qu'ils n'avaient pas prévu en revanche, c'est que se promener à pied avec une guitare dans le dos est un sésame pour se faire inviter dans toutes les fêtes et tous les mariages qui s'égrènent le long de la route de la Soie. Et quand on n'est pas coutumier avec les conventions sociales en vigueur, qu'on ne veut pas insulter l'hospitalité qui épate les voyageurs dans les contrées lointaines, c'est sans doute toujours un peu compliqué de refuser les verres que tous les habitants d'un village vous offrent chacun leur tour. Quitte à cuver dans le fossé à la fin de la fête. Au final, ils étaient soulagés d'arriver en Iran, réputé pour sa sobriété. Dans le Tadjikistan voisin, des voyageurs ont déjà conté qu'ils buvaient volontiers la vodka stockée dans la boîte à gants pour priver le conducteur de voiture de quelques gorgées supplémentaires. Dans certaines zones du monde de mauvaise réputation, il y a peut-être plus de risques de rencontrer un taxi-driver plein comme un cochon qu'un fondamentaliste qui veut vous faire la peau. Qui l'eût cru ? On pourrait appeler ça le syndrome de Tintin et les Picaros, qui consiste à parachuter généreusement de l'alcool aux populations autochtones pour les rendre moins vaillantes à la révolte ou aux revendications. En Chine, le régime communiste a par exemple la paix avec les Khampas – fiers guerriers tibétains qui vivent notamment dans la province du Sichuan – depuis que l'ivresse est devenue facile et bon marché. Une vieille habitude coloniale qui a souvent fait ses preuves " William Mauxion.
D'abord on se dit que ce n'est pas vraiment un voyage, mais plutôt une aventure fantasmée, un embarquement légendaire dans une machine à remonter le temps. Un conte. C'est qu'il nous faut des preuves. Ca s'est passé au printemps, pendant le festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. La belle et unique revue Tango, avec qui nous partagions un bout d'allée, nous apprend qu'elle a dans ses cartons le carnet de voyage de Pierre Lewden, capitaine de l'équipe de France d'athlétisme. Son histoire, épargnée par le temps et les hasards de la vie, dormait dans le grenier d'un vieux moulin de Bourgogne. En 1928, Lewden, sauteur en hauteur et journaliste à L'Intransigeant, s'embarque avec une vingtaine de camarades, à bord du Transsibérien, pour participer à une rencontre internationale au Japon. Une aventure épique, confidentielle, exceptionnelle pour l'époque. Une histoire enthousiasmante aussi à rendre jaloux, par exemple, une revue qui publierait des carnets de voyage. Tango n'a pas mis longtemps à deviner notre envie de voyager dans ce monde sépia en compagnie de cette incroyable équipée. Et, puisque nous sommes embarqués dans la même aventure, nous a ouvert ses archives. Nous publions dans le numéro 8 de Bouts du monde de larges extraits du récit de l'expédition de Lewden. Le temps qui a passé rend savoureuses les anecdotes du quotidien. Nous avons même des preuves pour nous persuader que tout cela a été bel et bien vécu : des photos de la reconstruction de Tokyo, des étiquettes de bagages, le menu de réceptions officielles. De véritables trésors. " William Mauxion.
Qu'allions nous donc faire de ces trente pages de carnet de voyage sur le Japon alors que la fin du monde s'y préparait ? Nous avions rencontré Karen pendant l'automne, à l'heure où les sakuras de Tokyo perdaient leurs feuilles. Sa balade dans la mythologie japonaise ne ressemblait pas vraiment à une promenade de santé mais était réjouissante à bien des égards. Quant à l'oeil sensible de Julie, nous l'avions découvert loin de là-bas, dans les rues d'Amsterdam où elle n'avait pas mis longtemps à nous convaincre du supplément d'âme des photos polaroïds. C'est comme ça, tout simplement, que nous est venue l'idée de croiser ces regards singuliers sur le Japon, fantasme de voyageurs en quête de dépaysement extrême. Et puis au fur et à mesure que l'on découvrait l'ampleur de la catastrophe, une question, en creux, a surgi : pouvions nous continuer à évoquer les cerisiers en fleurs comme si de rien n'était ? Apparemment, notre désir de confier aux voyageurs la mission de prendre le pouls de la planète en prenait un coup dans l'aile, confronté à une dramatique actualité à juste titre avide de faits, de chiffres, d'analyses. Que restait-il des histoires de Karen et Julie au milieu d'un tel chaos ? Des anecdotes, du superflu et un peu de poésie qui ne rime pas avec Fukushima. Mais aussi des chemins de traverse qu'il ne faut pas reléguer au second plan trop longtemps parce que l'état inquiétant du monde nous le dicterait " William Mauxion.
Qu'allions nous donc faire de ces trente pages de carnet de voyage sur le Japon alors que la fin du monde s'y préparait ? Nous avions rencontré Karen pendant l'automne, à l'heure où les sakuras de Tokyo perdaient leurs feuilles. Sa balade dans la mythologie japonaise ne ressemblait pas vraiment à une promenade de santé mais était réjouissante à bien des égards. Quant à l'oeil sensible de Julie, nous l'avions découvert loin de là-bas, dans les rues d'Amsterdam où elle n'avait pas mis longtemps à nous convaincre du supplément d'âme des photos polaroïds. C'est comme ça, tout simplement, que nous est venue l'idée de croiser ces regards singuliers sur le Japon, fantasme de voyageurs en quête de dépaysement extrême. Et puis au fur et à mesure que l'on découvrait l'ampleur de la catastrophe, une question, en creux, a surgi : pouvions nous continuer à évoquer les cerisiers en fleurs comme si de rien n'était ? Apparemment, notre désir de confier aux voyageurs la mission de prendre le pouls de la planète en prenait un coup dans l'aile, confronté à une dramatique actualité à juste titre avide de faits, de chiffres, d'analyses. Que restait-il des histoires de Karen et Julie au milieu d'un tel chaos ? Des anecdotes, du superflu et un peu de poésie qui ne rime pas avec Fukushima. Mais aussi des chemins de traverse qu'il ne faut pas reléguer au second plan trop longtemps parce que l'état inquiétant du monde nous le dicterait " William Mauxion.
Bouts du monde n°14 ne s'intéresse pas aux musiques du monde, mais au monde en musique. A l'image de Bertrand Boulbar, qui a mis une guitare dans le coffre de sa voiture pour traverser les Etats-Unis. Il s'était dit que Nashville, la traversée du Middle West et l'Amérique de Kerouac seraient une source d'inspiration unique pour écrire et composer un album. On ne sait pas vraiment, par contre, à quoi ont pensé Lou Nils et Christophe Calvet qui ont entrepris un tour de l'Europe à bicyclette en traînant un piano dans une remorque.
Il y a un arrière-goût d'inachevé quand un voyage oublie de séjourner quelque temps en ville. Chaotiques ou enthousiasmantes, grises ou flamboyantes, les villes sont une plongée en apnée dans les espoirs ou les névroses d'un pays. Elles sont un peu la conscience que l'on n'est plus chez soi. Et puis c'est là que l'on vient vérifier ce que l'on a imaginé, ce que l'on nous a raconté : qu'il y a les cours de la bourse qui défilent sur les murs de Times Square, qu'il y a de la neige sur la place Rouge, qu'on sert des énormes côtes de boeuf dans les restos de Buenos Aires, que boire une bière dans un troquet d'Oslo vous en coûtera une douzaine d'euros, que vous allez sûrement vous perdre à Pékin... Frédéric Rudant a dessiné les rues de la capitale égyptienne en trempant son crayon à papier dans les gaz d'échappement qui flottaient dans l'air, le cul posé sur un rebord de trottoir, assez près pour observer la mécanique souffreteuse de tout ce ballet urbain. Nicolas Roux a pris un peu de hauteur pour dessiner Shanghaï, la nouvelle ville-monde vers laquelle tout le XXIe siècle se tourne déjà. L'ancienne concession internationale et le Bund y sont désormais sanctuarisés, relégués au second plan par la surréaliste expansion du Pudong où les gratte-ciel poussent comme des champignons.Je me souviens être resté assis deux bonnes heures à un carrefour de Katmandou pour observer cet indescriptible et fascinant bazar où un ouvrier qui transporte une échelle à l'horizontale peut provoquer un embouteillage de piétons. En voyage, c'est amusant. Mais qu'en pensent les Népalais ? S'ils réagissaient comme les passagers d'une navette " aéroports de Paris " contrariés de voir que ça bouchonne entre Roissy et Montparnasse, leur révolte ferait se soulever l'Annapurna. " William Mauxion.
Donnez par exemple dix patates à un Ouzbek : il y a plus de chances qu'il vous distille un litre de vodka à rendre aveugle Lulu la Nantaise, plutôt qu'il vous cuisine un poulet frites à midi. Le propos est à deux doigts de la caricature, mais on vous parie une barrique de tout-venant que la crainte a fini par traverser l'esprit de Vincent Robin qui traversait lui-même l'Asie centrale à pied. Avant d'entreprendre pareille aventure, lui et son compagnon de marche avaient pensé à beaucoup de choses : le poids du sac à dos, la marque des chaussures, les bouquins à emporter, la présence de points d'eau le long du chemin. Ce qu'ils n'avaient pas prévu en revanche, c'est que se promener à pied avec une guitare dans le dos est un sésame pour se faire inviter dans toutes les fêtes et tous les mariages qui s'égrènent le long de la route de la Soie. Et quand on n'est pas coutumier avec les conventions sociales en vigueur, qu'on ne veut pas insulter l'hospitalité qui épate les voyageurs dans les contrées lointaines, c'est sans doute toujours un peu compliqué de refuser les verres que tous les habitants d'un village vous offrent chacun leur tour. Quitte à cuver dans le fossé à la fin de la fête. Au final, ils étaient soulagés d'arriver en Iran, réputé pour sa sobriété. Dans le Tadjikistan voisin, des voyageurs ont déjà conté qu'ils buvaient volontiers la vodka stockée dans la boîte à gants pour priver le conducteur de voiture de quelques gorgées supplémentaires. Dans certaines zones du monde de mauvaise réputation, il y a peut-être plus de risques de rencontrer un taxi-driver plein comme un cochon qu'un fondamentaliste qui veut vous faire la peau. Qui l'eût cru ? On pourrait appeler ça le syndrome de Tintin et les Picaros, qui consiste à parachuter généreusement de l'alcool aux populations autochtones pour les rendre moins vaillantes à la révolte ou aux revendications. En Chine, le régime communiste a par exemple la paix avec les Khampas – fiers guerriers tibétains qui vivent notamment dans la province du Sichuan – depuis que l'ivresse est devenue facile et bon marché. Une vieille habitude coloniale qui a souvent fait ses preuves " William Mauxion.