Pendant longtemps, j'ai vécu en regardant les humains se comporter comme des bêtes féroces, en dépit de tous leurs efforts pour paraître civilisés - et je vivais au milieu de cet immense festin qui se joue en nous depuis toujours, depuis Cronos, depuis les contes de fées, en passant par les rapports amoureux et les relations familiales. Mais tandis que j'écrivais, mes ogres et mes ogresses, qui avaient bon appétit, se sont tous entredévorés. Alors, il n'est plus resté qu'un trou - un vide, une lacune. C'est ainsi que le Je qui parle dans ce récit est au centre d'un noir opaque et n'a aucun repère tangible, aucun son, aucun souvenir concret, aucun sexe défini, aucune autre histoire à raconter que son expérience immédiate : que reste-t-il et comment exister quand on n'est peut-être rien ? Comment renaître à soi-même ? Je est peut-être un animal, une vieille idole, une cervelle blessée, un corps en formation ou le cul d'une oubliette, Je est peut-être un autre - peu importe. Voilà que Je, loin d'entrer en introspection, se met à explorer le vide. Je pars en quête. Je a peur, mais ne manque pas de courage et va de l'avant, quitte à parfois tourner en rond. Je questionne, invente. Je cherche des sensations, de l'humain, de la mémoire. Je découvre des matières et des limites. Et Je s'applique par tous les moyens à sortir de ce trou. Mais Je n'a que peu de moyens à sa disposition, Je n'a que la force de son imaginaire. Je descends dans la caverne. Je se fraie un chemin parmi les images et les fantômes. Je s'exerce, tâtonne, remue, farfouille dans les commencements, remonte du plus profond. Je parle, mais voudrait que le verbe se fasse chair. Et Je devient sa propre matrice. Je porte la mémoire du monde, Je veut recréer le monde, Je veut faire partie des vivants. Et Je m'a prise par la main, et à sa suite j'ai vu des merveilles dans le noir et fait mille et mille tentatives moi aussi, mille tours, mille ratures pour enfin m'éveiller et sortir du trou. Car toute cette histoire est bien réelle. Aussi réelle qu'un rêve. O. M.
Quand on habite le monde, il arrive que ses désordres traversent le corps. Il arrive que le corps en soit engrossé. Il arrive qu'alors les humains croissent et multiplient à la surface du corps, qu'ils y creusent des trous, y mènent grand tapage, criant, bataillant, cavalant avec entrain, et ça fait mal au ventre, oui. Mais ce sont de tout petits humains en vérité, de tout petits humains très effrayés, qui tremblent de peur au fond du monde qui les porte.
Humaine ou animale ? Peu importe. La tribu, chaque jour, doit faire face aux problèmes de la survie : repas (qui manger), jeux barbares, voyages, résistance aux éléments naturels ou a des ennemis embusqués, que faire du grand-père au moment des vacances, etc. C'est au Père de prendre la décision mais les solutions proposées n'ont rien à voir avec la vie quotidienne. Si le Père fait régner l'ordre, c'est surtout la loi du plus fort qui prévaut ; et si la tribu se montre solidaire envers ses membres, elle est également prête à dévorer Père et Mère car "c'est ainsi qu'on entre dans la vie" . L'humanité, mue par le goût du pouvoir et l'instinct de conservation, se montre telle qu'en elle-même, naturellement cruelle. Drôles et provocants, féroces et poétiques, ces courts textes, écrits dans une langue lapidaire, sont la meilleure façon de "rire du désastre" .
Bellamy, Howard, Wolstenholme. Trois noms qui ont déjà marqué l'Histoire de la Musique. Car Muse est sans aucun doute l'un des rares groupes à avoir bouleversé le rock ces deux dernières décennies. Muse, ce sont trois génies qui élèvent leurs instruments au-delà même des limites humaines. Muse, c'est surtout 21,5 millions d'albums vendus dans le monde et plus de 1 400 concerts donnés depuis 1994. Mais derrière le plus grandiose des artistes, il y a toujours un public. Et ce livre offre aujourd'hui la parole à ces voix multiples et précieuses des fans de Muse. Ils ont été plus de 200 à répondre présent pour se confier avec une inspiration et une confiance extraordinaires. Entre exaltation et délicatesse, avec humour, avec ivresse, ils se racontent dans cette relation si particulière qui enlace l'admirateur à l'idole. Ils évoquent le choc de la toute première écoute, de la première rencontre parfois, ils plongent dans leurs émotions les plus pures, ils livrent les désillusions comme les instants de grâce. Et leurs voix se répondent, parfois enflammées ou fragiles, parfois plus brutes ou plus secrètes. Mais toujours sincères et profondes. On n'encense pas des génies du rock si on n'est pas rock soi-même. Et les fans de Muse sont aussi flamboyants et transportés que les trois virtuoses. Voyager aux côtés des fans de Muse est une expérience fabuleuse dont on ressort ébloui et plus grand.
Massé Odile ; Sefolosha Christine ; Louis-Combet C
Comme dans un conte, il faut ici traverser l'épreuve des rêves, entrer dans la nuit, remonter le chemin de la mémoire et son cortège d'interdits, rencontrer les monstres tapis dans la pénombre, coudoyer le désir, déchiffrer les signes d'un monde toujours incertain, affronter l'ogresse primitive - alors, peut-être, la métamorphose aura lieu et le guetteur, débarrassé de son obscurité, pourra s'envoler enfin.
Résumé : C'est ainsi que j'érige les idoles polymères, chimie sophistiquée de l'être au monde. Elles me parlent comme je leur parle, une harangue de sourds-muets dans le silence peuplé du rien à dire. Que font-elles ? Elles gesticulent. Elles gesticulent pourquoi dire, pourquoi faire, je ne le sais pas, pour rien. Et pourtant ce rien dit quelque chose. Il a pris corps pour tout dire du rien à dire après tout très loquace. OEuvre atypique que celle Jean Claus - non seulement du fait de l'ancrage régional de l'artiste, qui tient résolument son Journal d'un Vosges-trotter, mais aussi et surtout de l'inspiration baroque de sa peinture et de sa statuaire. Tableaux de couples nus s'égayant dans des cieux pastel, sculptures de corps androgynes en suspension acrobatique, monuments copulatifs, oratoires, reliquaires, autels domestiques, vaisseliers... : autant dire que la visite de son atelier - ou de son "garde-meubles", selon le mot de l'artiste - vaut pour une exploration de l'inclassable. Et que, face à l'irrésistible légèreté de cet art, qui balance entre l'anachronisme riant de ses sujets et l'ironique modernité de ses matériaux, c'est le spectateur, pour finir, qui ne sait plus sur quel pied danser.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.
Résumé : Le récit biblique de la mésaventure de la chaste Suzanne calomniée par un quarteron de vieillards lubriques a donné lieu à maintes illustrations picturales ou littéraires. Il est devenu un véritable topos dans la culture occidentale. Le texte, ici offert au lecteur, s'inspire bien de la légende, mais sur le mode de la dérision, de la fabulation grotesque, érotique et fantasmatique. Suzanne se fait complice des regards qui assaillent sa pudeur, et les vieillards, tout entier réduits à leur impuissance de croûtons, basculent dans un délire de luxure collective. Le manuscrit original de ce récit est reproduit in extenso.