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Autour d'un effort de mémoire. Sur une lettre de Robert Antelme
Mascolo Dionys ; Antelme Robert
MAURICE NADEAU
15,00 €
Épuisé
EAN :9782862310732
Robert Antelme est arrêté par la Gestapo et déporté en juin 1944. Il se retrouve à Dachau un an plus tard, presque moribond. Le camp est bloqué par les troupes américaines par peur du typhus mais deux amis, dont Dionys Mascolo, réussissent à le faire sortir. Commence alors un "voyage infernal et merveilleux". Il parle, pendant cinq semaines, et ne pense "mourir que de ce bonheur". Deux ans plus tard il publie aux éphémères Editions de la Pensée Universelle, qu'il a fondées avec Marguerite Duras, ce livre dont Blanchot dit qu'il est "le plus simple, le plus pur et le plus proche de cet absolu dont il nous fait souvenir, L'Espèce humaine". Entre la parole "sans fin" et le récit nécessaire il y a la Lettre à Dionys Mascolo. Malraux note comme une évidence que si "maints déportés"... ont écrit leurs souvenirs, leur retour à l'humanité n'y figure guère". Mascolo réplique : "La Lettre de Robert dit précisément ce que l'on nous dit qu'il est impossible de dire, qui devrait donc rester inouï". Au-delà du "simple raccordement de mémoire", de la "réconciliation" ou de l'"examen de passage", comme au-delà de la trop claire "dénégation", s'ouvre l'espace d'une innocence, d'une "originelle indétermination", où l'homme nié revient à l'homme et où l'écriture à la fois précise et tremblée de la lettre anticipe sur la rédaction du livre. Cet état, "jamais... il n'y renoncera, jamais n'en guérira, ou jamais ne le trahira". La "réincarnation" (littéralement : le retour à la chair) d'Antelme est exemplaire. "Le lieu d'où il parle, dit Mascolo, il nous y a précipités et nous n'en sommes jamais revenus". Il donne aux autres, "sans échappatoire" l'occasion de se voir du dehors et de se découvrir une vie et une politique. Autour de Robert Antelme, Dionys Mascolo, Marguerite Duras, Edgar Morin puis Elio et Ginetta Vittorini se regroupent "dans le sentiment d'une délivrance mutuelle". Ils sont tous au Parti Communiste mais leur communisme, qui appartient aussi bien à Holderlin qu'à Marx, a sur la Révolution une "avance" que ne supporteront pas les staliniens. Il refuse catégoriquement "le non-homme de l'homme, armé de raison, instruit de morale et soucieux de perfection". L'expérience, ici, c'est aussi le "refus du message".
Résumé : " En langage courant, l'amour est une utopie. Tout comme l'homme est une utopie. Justement parce qu'il est l'espace privilégié où il se dépense peut-être le plus d'efforts pour tenir en respect l'inhumanité qui est en l'homme, l'amour, plus que les guerres ou toutes les luttes de prestige possibles, met en évidence la part que l'on dirait irréductible, non réduite en tout cas, de cette inhumanité. Mais contre tous les humanismes qui font comme si l'on savait déjà ce que c'est, l'homme lui-même, répétons-le, est une utopie. Nous sortons à peine des cavernes. Le processus d'hominisation est en cours. L'amour suit ce cours. Dans quelque temps, l'homme sera probablement capable d'aimer dans la certitude d'aimer. "
Enfin soustrait à l'ombre de Marguerite Duras, Dionys Mascolo se détache de plus en plus comme l'un des penseurs décisifs de notre époque, à la mesure de sa discrétion même. Il est vrai que, dans cette vaste société de cour que demeure la France démocratique, on a coutume de négliger ceux qui négligent d'organiser leur propre promotion. Je suis ce qui me manque rend pleinement justice aux qualités de penseur, de poète et de styliste de Dionys Mascolo, dans une écriture plus directe que celle de l'oeuvre publiée à ce jour. Extraits des carnets qu'il a tenus durant soixante ans, de 1938 à sa mort en 1997, ces fragments dessinent une possibilité de vie à la hauteur de notre temps, tant la configuration existentielle de l'époque a peu changé depuis les années 1930 - et pour cause. Ce sont les réflexions, les choses vues, les perceptions fulgurées, les aphorismes d'un homme confronté à l'Occupation, à la Libération, au surréalisme, au socialisme stalinien, à la décolonisation, au gaullisme, à mai 68, à la glaciation des années 1980, à la musique, à l'amour, à l'ennui, au dégoût, au besoin, à la révolution, au désir de mourir, au milieu littéraire, au lever du jour, à Stendhal. D'un fragment l'autre s'élabore au fil des pages un art de vivre qui ne cède rien à l'époque, et qui fait voir en creux ce que le communisme véritable, le communisme toujours possible doit à l'intransigeance la plus irréconciliée sur la sensibilité comme sur la pensée. Le lecteur trouvera là une sorte de vade-mecum venu à lui de l'autre siècle afin de s'extraire de la confusion opportune et du nihilisme bien réel par quoi se survit cette civilisation faillie. Au moment où le dispositif que forment ensemble le gauchisme et l'extrême droite se referme sur nous pour nous dérober tout air respirable, Dionys Mascolo nous livre là, pépite de pensée après cristal d'affect, une voie de sortie mûrement réfléchie et intimement vécue - hors du capital, hors de l'idéologie, hors de la mauvaise conscience, hors de la politique. C'est à l'intelligence et à la poursuite d'un tel chemin qu'est consacrée la postface proposée par Julien Coupat et D ? Van Nghia à ces textes inédits qu'ils ont établis et assemblés.
Vivre, ce mot auquel on ne pense pas tous les jours prend une dimension particulière quand, mourir, l'autre mot auquel on se refuse de penser tous les jours, se présente à soi avec une certaine persistance. Le soir venant, veille de la nuit la plus longue...
Résumé : Sens d'ssus d'ssous peut être considéré comme un autoportrait masqué de l'auteur qui se glisse tour à tour dans la peau d'Artaud, Roussel, Jarry, Crevel et d'un esthète maniaque pour décrire par procuration sa passion pour l'art, ses obsessions, ses doutes, ses contradictions, son intimité, ses excès, ses empêchements... mais c'est aussi l'occasion de manifester une opposition aux valeurs surannées du vieux monde. Ainsi, Patrice Trigano fait dire à ses héros, l'urgence à régénérer les structures profondes d' "un monde qui glisse" , comme le disait Antonin Artaud. La Canne de saint Patrick, Le Miroir à sons, L'Oreille de Lacan, Uburébus et L'Amour égorgé forment un ensemble traversé par des personnalités éblouissantes qui, flirtant parfois avec la folie, ont annoncé ou créé le mouvement dada et le surréalisme. Dans sa préface Sarah Chiche précise que "mettre tout Sens d'ssus d'ssous, c'est tordre le langage jusqu'à l'embraser, abolir les cadres traditionnels du récit jusqu'à la brûlure, ausculter son époque... et préférer au confort et à la fadeur de la norme, les braises du désordre, seul moyen d'en découdre avec la contrainte sociale, la religion et la morale". Sens d'ssus d'ssous est une invitation à ré-enchanter le monde en donnant la parole aux Poètes. Patrice Trigano a fait des études de philosophie et de droit avant de consacrer sa vie à l'art. Ses préoccupations centrées sur l'art et la révolte l'ont mené à s'engager en littérature dans une oeuvre romanesque où plusieurs des grandes figures qui les ont incarnées illustrent ce recueil.
Résumé : Un matin de juin 1914, à son réveil, René Crevel, âgé de quatorze ans découvre le corps pendu de son père à la poutre centrale du salon de l'appartement familial. Ce traumatisme alimentera un besoin de révolte qui ne quittera pas le poète qu'il devint. Tourmenté par sa bisexualité, tiraillé entre l'amour qu'il portait à un peintre américain et à une jeune berlinoise adepte du triolisme, dégoûté par son corps atteint de tuberculose René Crevel conjurait son mal de vivre en cherchant dans les abus de la drogue, du sexe, et des frivolités mondaines l'apaisement de ses maux. Jusqu'à son suicide en 1935, il rêva à une version régénérée du monde en devenant tour à tour membre du mouvement Dada, du groupe surréaliste et enfin du Parti communiste. Patrice Trigano dresse une peinture des milieux intellectuels des années vingt et trente, à travers des portraits saisissants des amis du poète : Gide, Nancy Cunard, Breton, Eluard, Aragon, Tzara, Cocteau, Dali, Giacometti.