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Archives de sciences sociales des religions N° 155, Juillet-septembre 2011 : Le consensus des expert
Marzouki Nadia ; Frégosi Franck
EHESS
22,00 €
Épuisé
EAN :9782713223037
Le consensus des experts. L'expertise des Etats des pays démocratiques en matière de conflits religieux s'oriente aujourd'hui vers l'énonciation de normes de conduites acceptables dans l'espace public. Qu'il soit universitaire ou théologien, l'expert sollicité évite les choix dictés par des considérations doctrinales. Son activité trouve une utilité en ce qu'elle autorise et fait cohabiter des pratiques opposées et des visions du monde contradictoires. Mais ce pragmatisme éclairé ne peut toujours suffire lorsque sont en jeu des choix éthiques qui relèvent du bien commun. Les think tanks américains et les comités des sages en Europe forment les principaux terrains de cette exploration des lieux de rencontre entre savoirs, confessions et gouvernements laïques. Inattendus pèlerinages. Les pèlerinages de Lourdes, de Saint-Jacques-de-Compostelle, de Fatima, de Jérusalem ou de La Mecque n'épuisent pas la richesse des situations et des formes prises par ce phénomène dans l'histoire passée et présente des sociétés humaines. Tous les pèlerinages se ressemblent, mais certains rassemblements se distinguent par leurs aspects inattendus, hybrides, presque iconoclastes. Il en est par exemple ainsi du pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants en Bretagne, de l'Assemblée protestante du Musée du Désert dans les Cévennes ou de la Montée laïciste au Mur des Fédérés du cimetière du Père Lachaise. Participant de plusieurs champs d'expression du croire et de la mémoire, ces célébrations ont en commun de transgresser les limites entre les confessions dominantes et de bousculer leurs orthodoxies respectives. Elles rendent également visibles des porosités entre l'espace religieux et des répertoires d'action totalement laïcisés, sociaux et politiques.
Depuis les années 1970, la société égyptienne est le théâtre d'un renouveau islamique dont le "mouvement de piété" est une composante essentielle. L'enquête ethnographique minutieuse menée en Egypte par Saba Mahmood vise à comprendre la pratique religieuse des femmes, prédicatrices ou participantes, engagées dans ce mouvement. Montrant qu'éthique et politique sont étroitement imbriquées dans ces nouvelles pratiques de piété, elle propose une analyse rigoureuse des formes corporelles des rituels religieux, pour préciser le lien conceptuel entre le corps et l'imaginaire politique. Repenser la "politique de la piété" permet à l'anthropologue, à partir de ce matériau empirique d'une grande richesse, d'engager une critique théorique de la laïcité libérale, dont elle montre les présupposés normatifs. La discussion théorique des travaux de Judith Butler, de Michel Foucault, de Talal Asad et de Pierre Bourdieu débouche sur une réévaluation de la notion d'agency (capacité d'agir): dans quelle mesure l'adhésion de ces femmes à des normes patriarcales remet-elle en question l'universalité des présupposés concernant la liberté individuelle, l'autorité et la définition même du sujet dans la perspective du féminisme libéral? Répondre à cette question, c'est ouvrir la possibilité d'une articulation entre un féminisme nourri des théories du genre et la théorie postcoloniale. C'est aussi une manière de repenser, à travers le cas de l'islam, la dimension politique des formes contemporaines de religiosité.
Pourquoi et comment des jeunes se radicalisent, tandis que d'autres, exposés aux mêmes conditions sociales et partageant un sentiment d'injustice, ne se radicalisent pas ? Pourquoi et comment certaines trajectoires aboutissent à l'extrémisme violent, alors que d'autres ne franchissent pas le seuil de la violence ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions à partir d'une recherche ethnographique réalisée durant trois ans dans une prison française. Evitant de porter une attention exclusive à des jeunes dits radicalisés, cette recherche prend en compte une ample variété de profils et de trajectoires de détenus, et ce afin de décrire et d'analyser également des trajectoires de "non-radicalisation" . C'est notamment en raison de cette focalisation conjointe sur ces diverses trajectoires et leur articulation avec les inégalités et le sentiment d'injustice que ce livre se distingue des nombreuses études sur la radicalisation et l'extrémisme violent, réalisées en France depuis la série d'attentats djihadistes de 2015. Par la voix des personnes détenues, ce livre propose ainsi un autre regard sur l'espace carcéral et nous invite à penser autrement la radicalisation et le basculement dans l'action violente. Présentation de l'auteur Bartolomeo Conti est sociologue, chercheur associé à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il a été aussi chercheur à l'Institut Universitaire Européen et à l'Université de Berkeley, avant de faire partie du Panel international sur la sortie de la violence à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme. Ses recherches portent sur l'Islam dans l'espace public et sur les processus d'entrée et sortie de la violence. Auteur du livre "L'islam en Italie : les leaders musulmans entre intégration et séparation" , il a participé au projet européen Dialogue about Radicalisation and Equality, un des projets phares sur la question de la radicalisation en Europe.
Qu'il soit thème, mode d'écriture ou attitude devant la norme, le jeu habite bien des oeuvres littéraires et s'y révèle aussi actif et souvent méconnu qu'il l'est dans la vie. En prenant appui sur des oeuvres appartenant à des littératures, des genres et des périodes historiques différentes, ce volume soumet la présence du jeu dans la littérature aux formes mouvantes de leurs interactions, comme aux paradoxes de la notion. Dérèglement fondé sur des règles, gratuité n'excluant pas l'intentionnalité, parodie et célébration, fantaisie et subversion, déguisement et dévoilement sont ainsi interrogés. Ce volume apporte ainsi, en outre, une modeste contribution à la théorie générale de la littérature comme à la poétique. Il le fait en explorant des oeuvres ordinairement perçues comme marquées par le ludisme (Perec, Queneau, Corbière, Cervantès, Villon, Salah Garmadi, Prévert, Hoffmann, etc.) mais aussi d'autres, souvent considérées à tort comme éloignées de cette préoccupation : les récits tristaniens, Guilleragues, Lorand Gaspar, Guillevic, Albert Memmi, les romantiques français, les écrivains antillais, Claudel, Richepin, Jaccottet ou d'autres. Un des fondamentaux du fait littéraire se trouve ainsi mis en lumière.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.