Offrande présente le récent projet de Valery Koshlyakov, l'un des artistes russes les plus influents de sa génération. L'exposition du même nom a été inaugurée en 2014 au Réfectoire des Cordeliers, en partenariat avec la Foire internationale d'art contemporain. Elle réunissait un ensemble de peintures monumentales et de sculptures conçu spécifiquement pour le lieu mythique du Réfectoire des Cordeliers, à Paris. Pour ce projet, Valery Koshlyakov prend pour sujet l'histoire sociale conjuguée aux thèmes de la philosophie et de la religion. Il s'intéresse désormais à la peinture classique en tant qu'attribut de l'art sacré et l'expérimente dans le contexte de relations inédites. L'artiste a troqué ses bâches en plastique et ses cartons dépliés, qui lui servaient d'ordinaire de support, contre de larges panneaux de toile verticaux peints à la tempera. L'effacement de la matière, la transmutation du sujet sont au coeur du processus de Valery Koshlyakov. Ces immenses pans de peinture suspendus se réfèrent par leur traitement et leur disposition, aux fresques de Pompéi et d'Herculanum. L'atmosphère faiblement éclairée exacerbe le sentiment de religiosité propre au site, dernier vestige d'un couvent franciscain du XIIIe siècle. L'ouvrage, entièrement trilingue, réunit reproductions d'oeuvres, esquisses et photographies de l'exposition. Il est enrichi d'un entretien entre l'artiste et Jean-Hubert Martin, commissaire de l'exposition "Magiciens de la Terre" en 1989 et directeur honoraire du musée national d'Art moderne.
Ilya et Emilia Kabakov, nés respectivement en 1933 et en 1945, tous deux originaires de l'ex-Union soviétique, comptent parmi les artistes contemporains les plus importants. Ils travaillent en étroite collaboration depuis 1989. Rencontrer un ange, s'envoler dans l'espace, entrer en relation avec le cosmos, mais aussi converser dans la cuisine communautaire, installer des toi-lettes rudimentaires au bord d'une rivière ou concevoir un concert pour une mouche, les Kabakov conjuguent les plus hautes aspirations spirituelles avec un pragmatisme teinté d'humour et de dérision. Ilya Kabakov a stigmatisé à travers ses oeuvres les mesquineries et les contraintes absurdes d'un régime autoritaire. Ilya et Emilia ont ensuite élaboré ensemble un propos plus général au moyen de fables traitant de la condition humaine et de la recherche du spirituel. Cet ouvrage présente quelque 115 oeuvres, peintures, dessins, albums et installations, offrant une large perspective sur le travail des Kabakov, depuis les années 196o jusqu'à L'Etrange Cité au Grand Palais pour Monumenta 2014.
Martin Jean-Hubert ; Primat Bérangère ; Primat Gar
Après le succès de l'exposition Before Time Began, la Fondation Opale se lance dans une nouvelle aventure en faisant dialoguer l'art aborigène contemporain avec les expressions artistiques les plus importantes de la contemporanéité qui ont vu le jour dans des contextes occidentaux et, parfois, orientaux. Les oeuvres présentées font partie de deux collections distinctes, mais possèdent toutes les deux une grande beauté et une signification profonde : la collection d'art aborigène appartient à Bérengère Primat, celle d'art contemporain à Garance Primat. Ce sont de véritables résonances que l'on perçoit - avec les yeux et les mouvements de l'âme - en observant ces oeuvres qui malgré leurs généalogies différentes parviennent à construire un dialogue efficace et d'une grande puissance. Le lien qui se crée suggère une unité : le ciel et la terre se rencontrent, et les hommes aussi se rencontrent, non seulement entre eux mais avec la terre et l'univers. Une circularité infinie qui engendre une harmonie. Tel est le point de départ du volume Résonances qui accompagne l'exposition du même nom et qui s'inspire de la pensée suivante de Gulumbu Yunupingu, artiste yolngu de la Terre d'Arnhem (Australie du Nord) : "[... ] J'ai regardé l'univers, j'ai regardé cet endroit la Terre, les gens et les étoiles et je me suis dit : on est exactement comme les étoiles. Groupés ensemble, tout près les uns des autres. En fait on n'est qu'un, comme les étoiles. Nous sommes si nombreux à vivre sur la Terre. La terre, la mer, le ciel, c'est un continuum. C'est une seule et même chose [... ]". Grâce aux quelque quatre-vingts oeuvres d'art sélectionnées et approfondies dans le volume, réalisées par cinquante-quatre artistes, Georges Petitjean, Hervé Mikaeloff et Ingrid Pux auront la possibilité de mettre en lumière la poudre stellaire et la croûte terrestre que nous sommes et dont les oeuvres d'art se font les porte-parole. Parmi les artistes aborigènes exposés se trouvent Rover Thomas, Gulumbu Yunupingu, Clifford Possum Tjapaltjarri, Judy Watson, Sally Gabori, Emily Kame Kngwarreye, Paddy Bedford, Nonggirrnga Marawili, Ronnie Tjampitjinpa et John Mawurndjul. Et parmi les artistes de traditions occidentale et orientale : Jean Dubuffet, Kiki Smith, Anselm Kiefer, Sol LeWitt, Yayoi Kusama, Giuseppe Penone, Anish Kapoor.
Résumé : Voilà cinquante ans, Jean Crotti mourait à Paris. II laisse une ?uvre considérable dont le catalogue d'exposition souligne l'importance autant que la particularité. Le texte de Jean-Hubert Martin, commissaire de l'exposition, retrace la chronologie de l'?uvre de Jean Crotti (1878-1958) : les débuts proches du fauvisme, l'apogée dadaïste et la création de son mouvement Tabu, la peinture plus intimiste des années vingt et trente, le gemmail (procédé de peinture sur des verres colorés éclairés par l'arrière) et le retour à une peinture d'ordre cosmique. Jean Crotti a participé à la grande aventure de la modernité. L'ouvrage est illustré d'une soixantaine d'?uvres et de portraits de l'artiste, seul ou avec ses amis Marcel Duchamp, Francis Picabia, Pablo Picasso.
Résumé : La singularité du château d'Oiron, aux confins du Poitou et du Val de Loire, réside dans l'installation en ses différents lieux d'une collection d'art contemporain, intitulée Curios et mirabilia. A l'origine, la volonté de recréer un cabinet de curiosités dans l'esprit de la Renaissance ; à l'arrivée, une collection de 80 ?uvres commandées à des artistes de renommée internationale et conçues en fonction des espaces du château, de façon à y adhérer comme à une seconde peau : murs polychromes de Sol LeWitt, sculptures composites de Daniel Spoerri, peintures murales de Claude Rutault, portraits photographiques de Christian Boltanski mais aussi Fabrice Hybert, Annette Messager, Jean Tinguely, Jeff Wall...
Le bruit des bonbons - The Astounding Eyes of Syria aborde la force de langage de la confiserie et des objets quotidiens. L'oeuvre explore les condensations de l'histoire, la résistance de nos héritages passés. Si le bonbon est un transmetteur universel qui humanise les relations entre les individus, il est ici l'objet moteur qui a le pouvoir de rassembler, de transmettre comme de se souvenir. C'est à travers la confiserie syrienne, que l'installation évoque et partage des souvenirs qui survivent au temps et à l'horreur de la guerre. Elle tisse des temporalités à la fois vraisemblantes et réelles sur fond de traditions partagées. Beaucoup de Syriens se retrouvent aujourd'hui autour de leur héritage vivant dont les souvenirs collectifs et individuels engagent la survie d'un immatériel qu'on ne saurait faire plier, réduire et oublier. Le Louloupti est un véritable petit bonbon qui nous rappelle les Abaib Ghouwar, petits sabots syriens en sucre, le souk d'Al-Hamidiyah et la Booza qui sont aujourd'hui plus que jamais dans la mémoire des Syriens en Jordanie, en France, au Canada, en Italie... Ces confiseries, objets-images et de liens, réparent notre regard et réveillent notre capacité à voir et à mobiliser. Imaginées par Benjamin Loyauté, ces sucreries narratives sont des agents transmetteurs, des actants. Durant plusieurs siècles, les peuples arabes introduisent le sucre dans la pharmacopée. Au XVIe siècle, le sucre était vendu par les apothicaires. Le bonbon avait ses vertus que l'histoire ne lui a pas depuis, reprises. Découverte en Syrie par Max Mallowan en 1937, l'idole aux yeux est une sculpture qui intrigue toujours et dont la fonction n'a jamais été véritablement tranchée. Le Louloupti dessiné à partir de cette archéologie est aussi spéculatif que tangible. En meringue et à la rose de Damas, il aurait aussi la fonction de prolonger le temps et les souvenirs comme de préserver l'avenir... En collectant les mots, les histoires et les "mémoires sucrées" de ses amis syriens sur des cartes postales, l'artiste et designer participe à la protection d'une culture dont la trace forme une armure. L'installation est une expérience "fictio-fonctionnelle" , où les objets-mots ont une force perlocutoire. Benjamin Loyauté utilise pour la première fois le terme design sémantique en 2014. Il définit alors le design comme un langage et développe ses premières installations autour des actes de langage. Il engage depuis une réflexion sur la géopolitique du design, nos sociétés contemporaines et l'ensemble de ses actes conditionnés par la langue, la culture, le temps et l'espace. "Les objets sont comme des mots et mes installations comme des histoires, aussi factuelles que spéculatives elles révèlent nos comportements, affectent nos certitudes et notre perception des choses" . B. L.
Figure majeure de la scène artistique française, Xavier Veilhan (né en 1963) vit et travaille à Paris. Son oeuvre est le résultat d'une pratique plurielle, entre sculpture, peinture, environnement, spectacle, vidéo et photographie. Il a fait l'objet de nombreuses expositions personnelles, en France au musée d'Art moderne de la ville de Paris (1994), au Centre Pompidou (2004) ou encore au château de Versailles (2009) ; mais aussi à l'international : Hong Kong, Séoul, Barcelone, New-York, Londres, Los Angeles, entre autres. En 2017, Xavier Veilhan représente la France à la Biennale de Venise avec un dispositif immersif dans lequel viennent travailler des musiciens du monde entier pendant sept mois. A travers un entretien avec l'artiste, des textes critiques mais aussi une sélection d'essais de différents acteurs du spectacle vivant, de philosophes ou de poètes, l'ouvrage aborde deux pendants de la production de Xavier Veilhan, le film et la performance : deux pratiques à la fois distinctes et complémentaires, qui interrogent à leur manière le lieu et le rapport à l'image. De son premier Film du Japon (2002) à Mutant Stage 8 réalisé en 2017 pour Lafayette Anticipations, Xavier Veilhan conçoit ses films comme une addition d'étapes, de gestes et de faits : un cinéma de situation, sans réelle narration linéaire. A l'instar de ses films, les performances de Xavier Veilhan se lisent en relation directe avec sa pratique formelle. Boucle et Ville nouvelle (2006), deux performances jouées à l'occasion de la cinquième édition de Nuit blanche (Paris), rappellent le lien étroit qui lie l'oeuvre et son contexte. Ailleurs, la performance vient souligner le propos d'une exposition (Performance aérienne, 2012) ou la compléter, comme à Los Angeles (2012), où la Case Study House n°21 sert de pilier à l'élaboration d'une dialectique entre architecture et sculpture. Dans l'ensemble de ses oeuvres filmiques et scéniques, un rôle central est accordé à la musique. Elle y est presque mise en scène, au point de devenir un personnage à part entière.
Préparant l'exposition "Esprit es-tu là ? ", laquelle s'apparente à une tentative de rétrospective augmentée de documents et de sources d'inspiration, je me suis replongé dans des travaux anciens. J'ai alors constaté, à peine surpris, que dès mes premières années d'artiste, avant même ma sortie de l'école des Beaux-Arts, certaines "obsessions" (je ne trouve pas immédiatement d'autre mot) se sont faites jour, qui n'ont cessé d'être présentes". Arnaud Labelle-Rojoux Artiste, essayiste et historien de la performance, Arnaud Labelle-Rojoux est une personnalité atypique formée à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Il vit et travaille à Paris et enseigne actuellement à l'Ecole nationale supérieure d'art de la Villa Arson à Nice. Il est représenté par la galerie Loevenbruck à Paris. On notera les expositions suivantes : 2016, Villa Tamaris, Toulon ; 2014, "Tombe la neige" , galerie Loevenbruck, Paris ; 2013, "Le surréalisme et l'objet" , MNAM/CCI Centre Pompidou, Paris ; 2011, "L'oignon fait la sauce" , galerie Loevenbruck, Paris ; 2008, "Ne pas jouer avec des choses mortes" , Centre d'art de la Villa Arson, Nice.