Voici un document tout à fait exceptionnel : des Africains qui nous parlent d'eux-mêmes, de leur vision du monde, de leur vie quotidienne et de leurs aventures à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. C'est le moment où la colonisation, désormais solidement en place, s'installe pour durer, avec, parmi les conséquences les plus fortes, celle d'imposer le silence à tout un continent. Dans les années 1930, les ethnologues ont commencé à recueillir traditions, mythes et cosmogonies, les linguistes et les missionnaires à utiliser les langues locales, mais, quelle que soit leur bonne volonté, ils reconstruisent dans leurs oeuvres des sociétés africaines théoriques, abstraites, pensées comme immuables et aux mécanismes internes sans failles. On ne s'intéresse jamais aux réalités des individus et de leur vie concrète. Nous devons au grand anthropologue et linguiste Diedrich Westermann d'avoir, en 1938 (c'est-à-dire en pleine Allemagne nazie), initié et publié ces autobiographies d'Africains, rendues ici accessibles au lecteur d'aujourd'hui. On y voit dix hommes et une femme, dont les naissances se sont échelonnées surtout entre 1880 et 1900. Ce sont des êtres de chair et de sang, aux caractères bien marqués, avec des rêves, des joies et des souffrances, qui construisent leur vie, plus ou moins conforme à leurs espoirs, plus ou moins heureuse, entre un passé dont ils ne veulent pas perdre les valeurs et un monde moderne auquel ils sont bien obligés de s'adapter. Ces narrateurs viennent des quatre coins de l'Afrique et de milieux sociaux divers. Ils connaissent des itinéraires singuliers, plein d'imprévus, qu'ils sont très loin de subir passivement. Westermann cherchait à montrer une unicité de l'Africain. En fait, c'est surtout la diversité qui éclate dans ces vies racontées. Mais, ces hommes et cette femme d'il y a un siècle, tels que nous pouvons les approcher à travers la sincérité de leurs récits, ont bien des choses en commun avec les hommes et les femmes actuels, d'Afrique et de partout.
A la périphérie de la Grande Guerre, il y eut aussi des combats lointains, largement méconnus à l'époque et encore plus oubliés de nos jours. Des quatre colonies que l'Allemagne avait établies en Afrique, le Togo, qui avait pourtant les moyens de résister, a capitulé au bout de trois semaines. Quels étaient les enjeux stratégiques du Togo ? Pourquoi ses arrogants maîtres coloniaux se sont-ils laissés vaincre si vite ? Dans quelle mesure les Togolais ont-ils favorisé ou, au contraire, entravé leur défense ? Comment ces derniers ont-ils vécu ensuite sous la double occupation qu'ils ont subie pendant six années ? Dans quelle mesure cette période a-t-elle conditionné leurs attitudes politiques ultérieures ? La germanophilie qu'ils ont fièrement affichée par la suite, jusqu'à nos jours, était-elle déjà enracinée dans les esprits ? C'est à ces questions que l'on s'efforce ici de répondre, en cherchant avant tout à retrouver les documents de l'époque et les témoignages laissés par ceux qui ont vécu ces temps de grandes incertitudes.
Quarante ans après les premières pages du Grand livre, le contexte a bien changé. Son contenu aussi : il est maintenant avant tout politique. Au début des années 1880, la pression des nations coloniales s'accroît sur cette partie de la côte africaine. A Aného ("Petit-Popo"), l'équilibre politique précaire établi après la disparition du vieux Lawson Ier est remis en question. Inquiets de la menace anglaise, les hommes forts de la ville s'adressent à la France pour demander sa protection ; du coup, les Lawson, anglophones et anglophiles, en appellent à la Grande-Bretagne (à l'époque, personne ne peut imaginer ce que sera la réalité brutale de la colonisation : chacun ne cherche qu'à assurer ses propres positions grâce à un "protectorat" étranger). Paris et Londres, soucieux d'éviter un conflit diplomatique, ne répondent pas. Mais le gouverneur de Gold Coast, lui, veut annexer la côte aujourd'hui togolaise. Comme son ministre le lui interdit, il tente de lui forcer la main : en 1883, il envoie à Petit-Popo un petit-fils de Lawson Ier) William Lawson, alors employé dans son administration, avec pour mission secrète d'y prendre le pouvoir pour faciliter une intervention britannique. William Lawson entreprend aussitôt d'imposer son autorité sur la ville et fait désigner comme "roi" son jeune cousin sous le nom de Lawson III. En réaction, les adversaires des Lawson renouvellent leurs appels à la France, puis, celle-ci ne réagissant toujours pas, à un nouveau venu, dont les commerçants sont de plus en plus présents : l'Allemagne. Comme dans la fable, c'est le troisième larron qui emportera l'objet du litige, faisant ainsi naître le Togo. Les pages du Grand livre rédigées dans les années 1883-1885 sont vibrantes de ces passions politiques. On y voit jour après jour William Lawson accroître le pouvoir des siens, ce qui provoque une première intervention allemande, qui le met hors-jeu. Laissé seul, Lawson III, acharné à défendre ce qu'il croit ses droits de souverain, se débat pathétiquement pour essayer de naviguer entre Anglais, Français et Allemands, et finalement perdre : il ne sera plus, pour ces derniers, qu'un simple chef de quartier de la ville — ce qui n'empêchera pas les soubresauts ultérieurs des "querelles" d'Aného. Dès lors, le Grand livre n'est plus parcouru par le souffle de l'Histoire en train de se faire ; il sera le "livre de raison" où la famille Lawson enregistre ses évènements majeurs, ce qui est moins palpitant mais ne manque pas d'intérêt pour comprendre la vie réelle d'une famille africaine que l'on peut ainsi suivre sur près d'un siècle.
Cette histoire administrative du Togo est d'une part celle des acteurs qui ont constitué, dans les contextes politiques successifs, les relais indispensables d'un pouvoir central soucieux d'encadrer ses administrés de façon toujours plus étroite ; d'autre part, c'est celle d'un maillage des territoires administrés, un découpage de plus en plus ramifié, de mieux et mieux adapté aux réalités locales physiques, ethniques, démographiques, politiques. Ce manuel, produit d'une longue coopération entre scientifiques de plusieurs disciplines, institutions et nationalités, est bien plus qu'un simple outil de travail : c'est toute l'histoire concrète du Togo qui s'y dévoile.
Résumé : Peut-on raconter Dieu ? Peut-on raconter l'histoire des hommes et en même temps montrer comment Dieu s'y infiltre ? Voilà le pari que relève Luc, auteur des Actes des apôtres. Il fut le premier à écrire un Evangile suivi d'une histoire des débuts du christianisme. Personne, dans l'Antiquité, ne répétera ce geste après lui. Sans lui, nous ignorerions quelles furent les débuts obscurs et risqués de ce mouvement religieux. Daniel Marguerat expose avec clarté comment Luc construit son grand récit des origines chrétiennes : ses compétences d'écrivain, son intérêt pour l'histoire, les orientations de sa théologie. Aujourd'hui où la chrétienté se découvre fragilisée, il est urgent de retrouver d'où vient le christianisme et de quelles valeurs il s'est construit à sa naissance. Luc écrit son oeuvre à une époque troublée, où le christianisme cherche son identité dans un marché religieux très conflictuel. Il cherche à dire de quels liens avec le judaïsme naît le christianisme. L'auteur montre que l'identité chrétienne se profile entre Jérusalem et Rome, profitant à la fois de l'héritage des promesses faites à Israël et de l'universalité de l'empire romain.
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.
Boutin Perrine ; Lefur Paul ; Lang Jack ; Tasca Ca
Cet ouvrage propose quinze témoignages d'anciens élèves ou de chercheurs associés du master Didactique de l'image de l'université Sorbonne-nouvelle. Devenus professionnels, ils décrivent leur propre réalité, avec leurs mots, pour montrer toute l'étendue d'actions que proposent les didactiques des images. Le master Didactique de l'image de l'université Sorbonne-nouvelle a été créé en 2006, sous l'impulsion d'Alain Bergala, pour s'intéresser aux liens entre éducation et images et ainsi préparer au mieux les médiateurs culturels de demain face aux problématiques de la transmission. Depuis, les générations de diplômés continuent de s'implanter dans les actions d'éducation artistique, en France ou à l'étranger. Un livre sur la trajectoire des anciens d'une formation universitaire, aussi plaisant à lire qu'instructif !
Ce livre constitue un inédit dans le domaine du music-hall. Les cinquante années envisagées s'étalent de la fin du XIXe siècle à la décennie cinquante. Les chercheurs et curieux y trouveront les noms d'artistes de talent qui eurent du succès en leur temps mais ne figurent dans aucun ouvrage, même spécialisé. Ce travail a demandé des recherches considérables mais n'a guère la prétention d'être exhaustif. Un des objectifs consiste également à réparer des injustices et susciter peut-être des rééditions d'enregistrements rares et précieux.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.