Décliné en quatre parties (littérature, arts plastiques, cinéma et arts vivants), accordant une place centrale au sensible, le livre évoque les rapports que les artistes nouent avec les idées de Jacques Rancière. Des entretiens sont réalisés par les auteurs avec la plasticienne Esther Shalev-Gerz, le cinéaste Sylvain George, le photographe Philippe Bazin et la philosophe Christiane Vollaire. Un quatrième entretien a été réalisé avec Firat Yücel, cinéaste que le philosophe a côtoyé lors de l'occupation du quartier de Gezi à Istanbul, en Turquie. Le livre atteste de la volonté d'analyser les concepts du philosophe dans un rapport indissoluble entre pratique artistique et pensée théorique, en particulier à travers la notion de dissensus, et le propos montre son évolution, vers une politique de la représentation. Comment maintenir vive cette volonté de division, et éviter le " consensus dans le dissensus" ? Le livre revient sur le rôle des productions artistiques selon Rancière.
Ce livre s'attache aux "troupes", "compagnies", "collectifs", etc, quelle que soit la façon dont ces entités collectives visant à la production de spectacles se désignent ou sont désignées. Il s'intéresse plus précisément aux différentes manières dont elles s'organisent pour créer des oeuvres, tout en ouvrant l'analyse aux conjonctures politiques, sociales et culturelles qui leur donnent forme et sens. A l'heure où les appels à une refondation de l'économie du spectacle vivant se multiplient, en France comme dans d'autres pays, la question des formes d'organisation du travail artistique se pose avec une force sans précédent. Si certaines voix plaident pour une conformation aux valeurs et aux formats des industries culturelles, d'autres affirment le projet de "faire autrement" que selon les normes hégémoniques de l'économie capitaliste, manifestes désormais jusque dans les pays où la culture relève d'une économie subventionnée. Elles prônent le développement de modèles fondés sur des valeurs de l'économie sociale et solidaire. En focalisant le regard sur les compagnies, parent pauvre des dispositifs de financement public, ce livre entend rappeler que c'est avant tout en leur sein que se fait la création des oeuvres dans les arts vivants. Il prête ce faisant une attention forte aux relations de pouvoir et aux ambivalences propres à un univers professionnel très marqué par la "coopétition".
Dans le monde musulman comme en Occident, les féministes dites "laïques" et "musulmanes" s'allient pour trouver des réponses aux problèmes liés au changement du statut des femmes : elles- réclament une égalité entre les genres et s'engagent dans la vie politique, religieuse et culturelle pour faire évoluer les mentalités à partir d'un paradigme islamique. Malika Hamidi raconte ici les fondements théoriques et historiques de ce mouvement et sa mise en oeuvre actuelle, en s'appuyant tant sur des textes fondateurs que sur des exemples tirés de l'actualité. Son message est clair : la femme musulmane peut et doit s'engager dans le combat féministe.
Ces dernières années, un intérêt croissant se manifeste de manière récurrente autour d'un thème incontestablement politique en Occident comme dans le monde musulman : la politisation du corps des femmes musulmanes dans l'espace public, véritable champ de bataille en temps de crises, et notamment dans le contexte actuel marqué par la prééminence du fait ethnique et religieux. C'est dans ce contexte que l'on voit émerger un nouveau profil de femmes à la fois féministes et musulmanes, dont la "rhétorique" peut paraître déroutante, voire inquiétante, mais qui est pourtant inclusive. Elles vont à la fois contester un discours islamique exacerbé à l'endroit des femmes tout en défiant la normativité d'une pensée féministe occidentale dominante qui les infantilise. Cet ouvrage illustre le passage de "l'élaboration théorique à l'agir féministe" des femmes musulmanes engagées dans cette révolution silencieuse qui émerge au début des années 90. En effet, dans ce contexte d'affirmation des féminismes musulmans en Occident, elles se réapproprient des outils conceptuels en étude de genre, comme l'approche intersectionnelle à l'aune des théories postcoloniales, qui permettent de poser la "question politique" des rapports de domination. Tout comme le mouvement "Black feminism" des années 70 aux Etats-Unis, les féministes musulmanes sont engagées dans la construction d'un ""Contre-discours"" théorique et pratique qui contribue à la révolution des féminismes musulmans, tout en amorçant un virage sans précédent vers une diversité inclusive.
Déployant une connaissance fine de l'histoire de l'art, dans une perspective renouvelée pour le cinéma, ce livre prend appui sur les cinéastes contemporains parmi les plus novateurs (Apichatpong Weerasethakul, Jean-Luc Godard, João Pedro Rodrigues, Vincent Gallo, Gus van Sant, Bela Tarr, Pedro Costa...). Voici un livre qui présente une subversion des images de la douleur, de son partage, en refusant que la politique se les approprie aisément. Par l'iconographie du cinéma et les figures picturales dont il est traversé (celles de la communion, du corps souffrant et du soin, de la torture), l'auteur montre comment le pathos déploie à l'écran une beauté, qui, dans son excès, constitue une contre-effectuation à la violence. Il dialogue avec plusieurs philosophes s'étant penchés sur la communauté, le corps politique et sa représentation (Agamben, Rancière, Bataille, Ginzburg). Refusant l'instrumentalisation de l'art par la politique, autant qu'une politisation de l'art, l'auteur (suivant la pensée du philosophe italien Roberto Esposito) donne forme à une impolitique du film, qui ne prétend pas faire se rejoindre les corps tenus séparés. Emerge ainsi une reflexion passionnante sur un corps impolitique, par-delà les identités sexuelles assignées.