Depuis une dizaine d'années, la question libyenne divise profondément l'opinion publique internationale, entre les adversaires et les partisans de l'intervention armée de 2011 qui a conduit à la chute de Kadhafi. A l'échelle européenne, les dissensions se cristallisent autour des migrants. D'un côté, certains croient que le flux ininterrompu de migrants vers les côtes méridionales du continent doit absolument être endigué et que les centres de détention - licites ou non - sont une solution. De l'autre, certains pensent que les migrants emprisonnés en Libye doivent fuir les camps et se mettre à l'abri des trafiquants et autres exploiteurs. Mais il faut se méfier de tout manichéisme : la réalité est plus complexe et il appartient à tout un chacun de s'en informer. Libye fait le portrait d'un pays bien différent de celui des médias et des réseaux sociaux. Il montre la Libye des Libyens, celle des files d'attente devant les banques en quête d'un argent dévalué. La Libye de ceux qui ont combattu le régime de Kadhafi et qui maintenant regrettent une époque où, au moins, ils se sentaient en sécurité et ne manquaient pas d'argent, d'électricité ou d'essence. La Libye des personnes âgées ayant traversé des années de dictature et qui aujourd'hui continuent à surveiller leurs arrières. La Libye des mères attendant à leur fenêtre leurs enfants qui ne reviendront pas. Ou encore la Libye des gens ordinaires en proie à une terreur quotidienne, soumises au chantages des milices, faisant face à des abus et des enlèvements. Les paroles de Francesca Mannocchi et les dessins de Gianluca Costantini ne cessent d'interroger notre propre sens moral. Aussi terrible soit-elle, l'histoire qu'ils racontent laisse malgré tout filtrer quelques notes d'espoir.
Blues, racisme, Ku Klux Klan, personnages hauts en couleur, dialogues et écriture ciselés, Igort plonge, avec Leila Marzocchi et son dessin virtuose, au plus profond du Mississippi, pendant la Grande Dépression. Après le drame, encore un, qui est survenu dans ce bled de malheur qu'est Huzlehurst, Hambone, le musicien de blues et son amoureuse Ophélia prennent la route pour échapper à ce lieu maudit. Jim O'Rourke, après la mort de son patron Mr Oerle, le représentant de la Vocation American, qui venait signer un contrat avec Hambone, reprend le train avec soulagement. Dedans, Omara fuit aussi, laissant derrière elle son père assassiné et leur maison brûlée. Tous les quatre sont en route pour n'importe où, pour nulle part. À Vicksburg, la pompe à essence de La Texaco, qui avait permis à Humbolt Sabich de faire fortune, fait maintenant son malheur. La Grande Dépression qui a mis 13 millions d'Américains au chômage, a entraîné la faillite de plus de 85 000 entreprises. Profitant de sa sortie d'hôpital, Elmer, le tueur à gage, s'évade évitant ainsi la prison. Il décide de se réfugier chez les Sabich. Flannery, la fille de la maison et son ancienne promise, lui résistera-t-elle? Ce qui est sûr cest qu'Eudora, la mère, est prête à tout pour qu'il dégage de chez eux au plus vite... Le pope Cyril Nicolaïevitch Korolenko et son protégé sont de passage dans cette petite ville pouilleuse. Ses compétences seront requises... John Rimrock, Luise sa femme, y sont aussi. Eux que la Dépression a laissés sans le sou et mis sur la route, tentent d'y trouver un médecin pour soigner leur petite Alice gravement malade. Mais le sacrifice de Luise, qui paye le praticien en nature, ne sauvera pas l'enfant...Tous tentent d'échapper à la dure réalité de leur quotidien, sont à la recherche d'une vie meilleure. Le long des rives du fleuve Mississippi, c'est une errance collective poussée par la misère sociale qui s'étire sans fin.
Dans l'obscurité d'un étang, une forme fragile remonte vers la surface. Pendant qu'elle se fait sécher au soleil, le vent la fait s'envoler pour la poser juste après sur une maison bâtie dans un arbre. L'évolution de cette créature est suivie d'un oeil bienveillant par les habitants de la forêt...Mystère et poésie sont au rendez-vous de ce premier opus de Leila Marzocchi dans la collection Ignatz. Mais attention, derrière le somptueux travail graphique, qui sert un univers très original et personnel, se cache un humour grinçant et parfois féroce. Une découverte.Leila Marzocchi est née à Bologne en 1 959. Elle a publié en Italie depuis 1 985 divers récits et illustrations, dans des quotidiens et des revues. En France elle a collaboré avec la revue Science et Vie Junior, au Japon avec la revue Morning (Kodansha), pour produire des mangas, et a réalisé des illustrations de fables pour enfants aux éditions Shogakukan. Dernièrement, elle a publié en Italie Bagolino Monogatari (Centre de la bande dessinée Andréa Pazienza), Camioncino Rosso (Biber) et L'Enigma (Coconino Press).En France, on a pu la découvrir au sommaire des numéros 1 et 2 de la revue Black, ainsi qu'à travers un petit carnet d'auteur, Luna, publié par Coconino Press.
Bodoï, 6 janvier 2009, par Benjamin Roure janvier 2009.Une chanson de blues, ça finit rarement bien. Et dès la première page de cette Ballade de Hambone, on sait que cette histoire imprégnée de musique noire ne connaîtra pas de happy end. La mort semble en effet coller aux basques de Bull et Elmer, deux tueurs à gages aux visages marqués par les années. Pour exécuter un contrat, ils débarquent dans un bled sinistre du Mississippi, qui compte parmi ses habitants une superbe jeune femme souffrant d'asthme, un fossoyeur pince-sans-rire, un réceptionniste d'hôtel à moitié taré et un fantomatique guitariste...On sent dans cette belle bande dessinée tout l'amour de l'Italien Igort (5 est le numéro parfait, Fats Waller...) pour l'Amérique et le blues. Son scénario suit des chemins connus, évoque d'autres histoires d'amour et de haine dans le sud des États-Unis, et rend hommage à une culture musicale fascinante. Mais, ces impressions de déjà-vu ne durent pas, tant le rythme qu'il impose à ses pages transforme chacune d'elles en poème funèbre. Le dessin proche de la gravure de Leila Marzocchi (Niger) achève de renforcer la noirceur de l'ensemble: les visages de ses personnages sont autant de masques mortuaires, ses cadrages étranges font planer une ombre insaisissable sur chaque séquence, son usage de touches d'ocre pour rehausser le noir et blanc donne un aspect fantastique aux planches...On sort de ce premier tome impressionné par une telle virtuosité graphique, et globalement tout chamboulé. Et on attend fébrilement la suite de cette série en quatre volumes (pouvant se lire indépendamment), dont les deux derniers seront dessinés par le maître Igort. --http://www.bodoi.info/critiques/2009-01-06/la-ballade-de-hambone-1/9714
Résumé : C'est d'épouses, fiancées et copines dont il est question dans ce livre... Madame Elvis Presley, Madame Joseph Staline, Madame Jackson Pollock... et plein d'autres. Réunies par un seul et même destin : être les victimes d'hommes incapables de se comporter de façon normale et raisonnable avec leur partenaire. Qui étaient vraiment ces femmes et comment leur désir de vivre un amour romantique a pu pourrir à un tel point toute leur existence ? Page après page, Liv Strömquist lance ses flèches empoisonnées contre l'ordre patriarcal. Elle en explore dans les moindres recoins les dispositifs de domination sans oublier de donner au passage, toujours avec l'humour cinglant et la légèreté qui sont les siennes, des réponses à des questions telles : Qui étaient les pires boyfriends de l'Histoire ? Pourquoi Ingmar Bergman a cru bon féconder toutes les femmes qu'en Suède avaient des ambitions artistiques ? Pourquoi l'archange Gabriel a appelé les femmes des " putains " ? Pourquoi tous les enfants sont-ils des conservateurs bien de droite ? Et pourquoi les hommes qui plus défendent les valeurs de la famille nucléaire (à l'instar d'un certain Pape), ne vivent jamais dans des familles nucléaires ? En s'appuyant sur des références qui vont de la sitcom " Friends " à la biographie de Staline de Simon Sebag Montefiore, Liv Strömquist poursuit avec intelligence et finesse sa critique sans concessions des valeurs masculines qui dominent la société contemporaine.
En 2003, la philosophe Susan Bordo affirmait que nous vivons dans un "empire des images" et, ces dernières années, cette expression est devenue de plus en plus vraie. Un appareil photo ou un iPhone à la main, nous alimentons sans cesse les réseaux sociaux et nous nous noyons dans un flot d'images. Nous communiquons par l'image, nous datons les événements par le biais d'images, nous racontons notre vie et nous connaissons celle des autres par des images et nous avons même des réunions Zoom avec une autre image. Aujourd'hui, peaufiner la façon dont chacun se présente dans une photo occupe une partie considérable de notre quotidien. La beauté de cette image en est devenue un élément central ; cela est vrai en particulier pour les femmes qui doivent maintenant l'entretenir tout au long de leur vie, bien plus longtemps qu'auparavant. En affichant toutes les photos publiques d'elle-même chaque femme est devenue, d'une certaine manière, une célébrité et chaque jour nous sommes accablés par des milliards de photographies et de selfies de femmes magnifiques, dont la beauté est à la fois célébrée, idéalisée et appropriée par le capitalisme qui en a fait une marchandise. Dans les pages de Dans lepalais des miroirs, Liv Strömquist analyse l'idéal contemporain de beauté féminine développant sa réflexion en cinq différents volets qui explorent tour à tour ce sujet sous un angle différent. Liv Strömquist y décortique les raisons du succès de l'influenceuse Kylie Jenner, évoque le mythe biblique de Jacob, Rachel et Léa ou les déboires de l'impératrice Sissi, s'attarde sur fameuse dernière séance de photos de Marilyn Monroe ou analyse le personnage de la belle-mère de Blanche-Neige. Autant de thèmes choisis pour nous parler du désir mimétique qui nous pousse à nous imiter les uns les autres, du lien étroit entre apparence et amour, de la façon de photographier aujourd'hui les femmes, du changement du rapport entre âge et beauté et de comment l'image de soi peut devenir un encombrant fardeau. Fidèle à son style, toujours tranchante, ironique et drôle, Liv Strömquist appuie ses propos sur les faits et gestes d'une foule de personnages historiques, acteurs et stars de la télé tout autant que sur la pensée de philosophes, historiens et sociologues tels Simone Weil, Zygmunt Baumann, Byung Chul Han, Eva Illouz, René Girard, Susan Sontag ou Richard Seymour.