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Espace, rythme, forme. Les concepts fondamentaux d'une philosophie de l'art
Maldiney Henri ; Courtel Yannick ; Grosos Philippe
CERF
18,00 €
Épuisé
EAN :9782204140881
Art. Psychiatrie. Peinture. Folie. L'existence survient comme on ne l'attend pas. Elle se donne dans l'ouverture et dans la rencontre. L'art, particulièrement, nous saisit sans préavis. C'est l'être qui surgit et vient à notre rencontre. A notre contact. Que nous pouvons sentir. Penser. Percevoir. Peindre. Philosopher. L'art participe-t-il du devenir ou de l'être ? Nous procuret-il seulement de la satisfaction ou change-t-il aussi notre compréhension ? Est-il au service de la folie ou du génie ? A chacune de ces interrogations existentielles répond cet ouvrage essentiel. Ces questions, Henri Maldiney n'a cessé de se les poser. Lors de conférences qu'il a données à Brasilia, des étudiants les lui ont reposées. Il livre ici le résultat de sa méditation. Il revient sur les concepts fondamentaux de l'esthétique et les éclaire d'un jour nouveau. Il illustre son propos en commentant des oeuvres et des artistes reconnus ou moins connus. Il nourrit sa théorie d'expériences personnelles et de lieux concrets. Pédagogue toujours, érudit souvent, audacieux parfois, il éduque ici notre regard. Et si, avec l'art, c'était l'existence elle-même qui venait à notre rencontre afin de nous ouvrir à plus grand que nous ?
Se tenir en présence d'une oeuvre d'art ce n'est pas se tenir à l'écoute de l'artiste pour en recueillir les confidences ou le message car ce qu'est l'oeuvre, l'artiste n'en sait rien avant d'être surpris par elle. Maître d'ouvrage, il n'est pas le maître d'oeuvre. Une oeuvre, dit Malevitch, doit sortir de rien. Elle ne procède d'aucun étant, même d'un néant étant, mais du rien qu'elle ouvre. Sa manifestation a lieu dans l'ouvert pour autant qu'elle s'ouvre en elle sous la forme du rien. De quelques paysages chinois de l'époque Sung à un losange de Mondrian et à quelques peintures du XXe siècle - tous insoumis à la logique de l'intentionnalité ou de la mondéité du monde - apparaissent de cime en cime des oeuvres dont l'existence, à chaque fois unique, est une entrée en présence dans l'ouvert.
L'aître, nous dit le Littré, est, dans une église, "ce corps avancé qui précède le portail", ce vestibule par lequel il nous faut accéder afin d'entrer dans l'imposant édifice. Avant d'habiter la langue en laquelle nous pensons, nous faut-il en passer par ses aîtres, lesquels, s'ils ne sont eux-mêmes la demeure, nous y donnent accès. Une langue, en effet, ne se parle usuellement qu'en nous imposant son état construit, et le plus souvent, intentionnel. Or, tout l'enjeu de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1975, consiste à méditer, en deçà de la logique de la signification établie, son état pré-construit, son moment d'ouverture par lequel elle surgit à l'état naissant, forte de cette lucidité puissancielle qui la rend inventive et proprement pensante. En méditant le rapport du verbe et du temps, l'instance du parfait dans la langue philosophique grecque ou encore la puissance comme l'impuissance du logos dans l'ensemble de ses acceptions, les trois études qui composent cet ouvrage ont pour vocation de nous rendre attentifs à ce qui, nourrissant toute signification, n'en relève pas encore.
Penser l'homme et la folie : dans ce recueil d'études où s'est condensée, au fil des dernières années, sa réflexion, Henri Maldiney se propose de penser ensemble l'énigme de l'humanité et l'énigme de la "catastrophe" qui survient à certains d'entre nous. Double décentrement de la pensée, qui la met à la fois hors de l'anthropologie, fût-elle philosophique, et de son envers dans les théories psycho-pathologiques. Double décentrement où s'éprouvent donc au mieux la tradition philosophique et en particulier celle qui est issue de Heidegger et la tradition de la Daseins-analyse et de la Schicksalsanalyse, telle qu'elle est représentée par Binswanger, Straus. Minkowski, von Weizsücker et Szondi. Dans une démarche authentiquement phénoménologique, où il s'agit de retourner à la "chose même" de l'humain et de la folie, de penser en va-et-vient de l'énigme à penser à ce qui en a été dit, Henri Maldiney dégage, par sa conception toute nouvelle de la transpossibilité et de la transpassibilité, une "compréhension" globale du phénomène humain qui le rend moins intraitable que par le passé. Le "séisme" de la folie, montre-t-il, vient d'un énigmatique court-circuit de la transpossibilité et de la transpassibilité, qui est seul propre à les mettre véritablement en relief comme la dimension profonde et cachée de notre expérience : celle de l'"événement" ou de l'émergence du nouveau, de la surprise de l'inattendu. La transpassibilité est une "possibilité" qui nous excède, en ce qu'elle fonde toute possibilité pour nous d'exister, parce qu'elle est en deçà de tout projet, transpossibilité de l'accueil - et de l'accueil transpassible -, y compris de l'accueil par nous-mêmes, de nous-mêmes. "Le réel répète Henri Maldiney comme un leitmotiv qui traverse tout l'ouvrage-, est toujours ce qu'on n'attendait pas".