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AU COMMENCEMENT. La vie la mort
Major René
GALILEE
31,01 €
Épuisé
EAN :9782718605203
Tout est déjà commencé quand cela commence. Nés en états de prématuration, nous mourons toujours prématurément. Inconsciemment immortels, nous vivons en différant la mort déjà présente et mourons de différer la vie, de crainte ou d'envie qu'elle se consume d'elle-même.On ne s'attend pas à naître. Faut-il s'attendre à mourir ? Et comment ? Comment s'attendre l'un et l'autre - à mourir, à se mourir de l'autre ou à mourir sans l'autre, avec ou sans cet «autre» qui me donnant la vie m'aura donné la mort, aura inventé ma vie ma mort, les aura souhaitées, chéries, redoutées, endurées ?. A distance des alternatives agencées par les présupposés d'ordre métaphysique ou biologique, elle convoque, dans un même mouvement, Blanchot, Lévinas, Heidegger, Freud, Lacan, Derrida, pour esquisser le motif et la raison de leur altération réciproque dans le côtoiement de la passion de vivre, de la passion de mourir.Chemin faisant, c'est aussi du commencement et du recommencement, de l'invention et de la réinvention de la psychanalyse dont il est ici question : de «l'hystérie» de Freud à la «folie» de Lacan. (N'oubliez pas les guillemets.). Comme la démocratie, toujours à venir, la psychanalyse dessine le futur d'une question - celle du rapport à la parole, à l'autre, à la vérité - qui remet en cause les valeurs de l'éthique traditionnelle.
Une économie mondiale hors de ses gonds a plongé une grande partie de l'humanité dans une forme d'esclavage par surendettement des Etats souverains. Le poète et législateur athénien, Solon, voyait déjà dans cette forme d'esclavage pour dette une atteinte fondamentale à la démocratie. Tel l'inconscient, l'économie est structurée comme un langage dont les signifiants traduisent les passions qui l'animent. Si Freud et Lacan, Lyotard et Derrida, sont ici tout particulièrement convoqués, ce n'est pas sans croiser leur pensée avec celle de Marx, Keynes, Bataille, Klossowski, Mauss, Baudrillard, Baudelaire ou Nietzsche. C'est en suivant, de 2008 à 2013, les soubresauts de ce qu'on appelle par euphémisme "la crise économique" que s'est imposée cette mise à jour des forces irrationnelles qui hantent la raison économique, en prenant radicalement en compte les sources pulsionnelles, libidinales, sur lesquelles prennent appui les pouvoirs politiques et financiers pour fabriquer du consentement à une économie de dette, de sacrifice, de cruauté. L'hypothèse privilégiée qui en ressort est celle qui fait reposer l'ultralibéralisme sur un système de croyances - voire sur "un système bancaire fantôme" - qui l'aura conduit à développer en trente ans les symptômes d'une grave maladie auto-immune.
Cruauté est devenu un autre nom du monde et la démocratie se voit progressivement vidée de sens. La Démocratie en Cruauté ? On ne s'empressera pas de voir dans cette expression la seule substitution du nom de Cruauté à celui d'un nouveau monde dans le titre de Tocqueville, La Démocratie en Amérique. Ou alors, le nom " Etats-Unis " signifierait une crise, la crise de la souveraineté qui s'empare de l'Etat-nation en perte de ses limites. Mais le signifiant du même nom, si l'on ne prend pas une partie du monde pour le tout, aurait pu désigner une union virtuelle des Etats telle que les cruautés de la guerre en soient exclues. La cruauté de l'homme serait-elle si indéracinable qu'elle affecte tous les régimes et tous les discours, économiques, sociaux, politiques, religieux ? Un au-delà de la cruauté - de sa raison, de sa pratique, de son principe - est-il encore pensable ?
La publication d'un Carnet soviétique écrit lors d'un voyage effectué en URSS en 1983 est l'occasion de critiquer ce que je nomme la gauche bifide - l'une libérale, l'autre robespierriste -, au nom d'une autre gauche : celle de l'individualisme libertaire. Pour ce faire, il faut penser l'impensé de la gauche. Penser l'impensé de la gauche, est-ce vouloir la fin de la gauche ? C'est vouloir plutôt la fin de cette gauche bifide et promouvoir une gauche qui en est très exactement l'antipode : celle de l'individualisme libertaire, forte de singularités qui installent dans l'Histoire leur révolte et leur rébellion, leur insoumission véritable et leur indocilité concrète au nom de la liberté. Doline avait bien raison - c'était la leçon de sa Révolution inconnue qui fut mon livre de chevet lors de ce séjour en URSS, c'est son esprit libertaire qui m'a animé et m'anime encore jusqu'à cette heure où je vois les Gilets Jaunes mourir d'avoir été mordus par Macron puis étouffés par les anneaux constricteurs de Mélenchon.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.