Destinataire principal autant qu'élément indispensable de la représentation, le spectateur de théâtre semble devenir une figure importante, sinon décisive, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est au cœur des réflexions de l'abbé d'Aubignac sur l'élaboration de l'illusion théâtrale, comme des propositions de Diderot sur le jeu de l'acteur ou le quatrième mur. Elle traverse également les pièces elles-mêmes, à commencer par celles qui, à l'instar de L'Illusion comique ou des Acteurs de bonne foi reposent sur le procédé du théâtre dans le théâtre. La prise en compte du spectateur, de son plaisir et des conditions dans lesquelles il peut être touché, détermine certaines des mutations touchant à l'architecture des théâtres et à la scénographie, mais aussi au jeu des acteurs et à la constitution des genres dramatiques. Les études réunies dans ce volume envisagent la situation concrète du spectateur dans les salles de théâtre et autres dispositifs (la Foire ou les théâtres de société), la prise en considération ou l'exclusion du spectateur dans les réflexions théoriques et les dramaturgies de la période (comédie classique, drame bourgeois, tragédie de l'horrible, genre larmoyant, parodie...), la réflexion philosophique qui s'élabore autour de cette instance, et les figurations auxquelles elle donne lieu, dans le théâtre et hors théâtre.
L'année 1660 marqua en Angleterre la double restauration de la monarchie et du théâtre, réduit à la clandestinité par les Puritains pendant les dix-huit années précédentes. Pour réinventer le théâtre anglais, les dramaturges puisent dans le répertoire classique français de nombreux sujets et intrigues, non sans en discuter les principes esthétiques. Un siècle plus tard, la découverte de Shakespeare en France révolutionna la dramaturgie tout autant que le jeu de l'acteur. La circulation et l'appropriation des modèles et répertoires français et anglais ne se limitent toutefois pas à ces périodes bien identifiées. Elles prennent, surtout, des formes complexes et variées, en s'inscrivant dans un cadre européen plus large incluant notamment l'Italie, mais aussi dans le contexte d'une réflexion sur l'esthétique théâtrale ainsi que l'utilité et/ou la nocivité du théâtre qui prend la forme de virulentes querelles de part et d'autre de la Manche. Enfin, les traductions, adaptations, plagiats ou pièces françaises à sujets anglais autant que pièces anglaises à sujets français sont toujours porteurs d'enjeux esthétiques, économiques et idéologiques importants, qu'il s'agisse de construire un modèle dramatique national ou de formuler à travers eux une position religieuse, politique ou morale. C'est à l'ensemble de ces interrogations qu'est consacré le présent ouvrage, dans lequel est exploré et analysé un corpus théorique, polémique et dramatique couvrant trois siècles d'une histoire croisée.
La tragédie qui renaît sur la scène professionnelle parisienne au cours de la saison théâtrale 1634-1635 est tout sauf un objet chimiquement pur : genre hybride, elle recycle des procédés, des formes et des thèmes empruntés à la pastorale et à la tragi-comédie, les genres vedettes de la période. Ce frottement générique persistant explique tout à la fois la composition du Cid, tragi-comédie qui emprunte son sujet à l'Histoire, domaine alors réservé à la tragédie, et celle de Cinna, tragédie qui annexe à la tragi-comédie son marqueur distinctif, le dénouement heureux... à moins qu'elle ne réhabilite un type de tragédie essentiel chez Euripide. Contrairement à ce que l'histoire littéraire enseigne habituellement, l'expérimentation qui caractérise "l'enfance de la tragédie" (Sarasin, "Discours sur la tragédie" en tête de L'Amour tyrannique de Scudéry) est, cependant, bien antérieure à la production parisienne des années 1630-1640 : c'est une lame de fond qui emporte, en réalité, tout le genre tragique depuis le début du siècle et dont les oeuvres de Hardy, Mainfray ou Billard constituent des illustrations aussi décisives que méconnues. On lira donc à la fois une archéologie de la tragédie parisienne des années 1630 et une histoire des pratiques tragiques parisiennes autant que provinciales des premières décennies du siècle.
Corneille Pierre ; Louvat-Molozay Bénédicte ; Esco
En 1660, Corneille donnait une édition en trois volumes de son Théâtre complet, qui faisait de son oeuvre un monument. Dès lors, faut-il lire les Trois Discours sur le poème dramatique, qui ouvrent chacun des volumes, comme une manière de testament poétique délivré par un dramaturge vieillissant, qui quitterait ainsi la scène en prenant congé de son public ? Loin de n'offrir qu'un commentaire de ses pièces, Corneille entendait proposer non seulement une poétique à l'usage des dramaturges de son temps, mais encore renouveler le geste inaugural de la théorie littéraire. Lisons donc ces Discours comme s'il s'agissait de la Poétique d'Aristote, rédigée par Sophocle et donnée par lui en préface d'oedipe Roi. Dossier : 1. Le statut de la fiction 2. Corneille et les règles : la Querelle du Cid 3. Les genres dramatiques 4. Fidélité et invention 5. L'unification dynamique de l'action 6. La liaison des scènes : les unités de temps et de lieu 7. Les caractères 8. Les formes de la " diction " 9. Les effets du poème dramatique.
Doutaut Vincent ; Petiot Jean-François ; Askenfelt
Une revue professionnelle de la facture instrumentale ? Il en existe à l'étranger, mais en France, une revue généraliste sur ce thème n'a pas encore vu le jour. L'objectif principal est d'être utile, et d'abord aux facteurs et aux professionnels des métiers de la musique. Pour être atteint, cet objectif en implique d'autres : en premier lieu participer à la communication des facteurs avec leurs clients naturels, les musiciens, dont beaucoup réfléchissent sur leur instrument et en font profiter les facteurs, artisans comme industriels, accordeurs-réparateurs comme distributeurs ; ensuite, participer à la communication entre facteurs et spécialistes de tous ordres, scientifiques de toutes disciplines, économistes spécialistes de l'innovation et des métiers d'art, représentants des administrations, sans oublier ceux qui enseignent la facture instrumentale. [...] Dans l'idéal, la revue devrait se trouver bien placée dans l'étal de tous les magasins de musique, diffusant instruments, partitions, livres, disques, et dans les bibliothèques.
FIGURES DE FEMMES / FIGURES SOCIALESL'histoire du théâtre se construit essentiellement autour de figures remarquables et rebelles qui ont marqué leur époque et dont la trace perdure avec le temps.Ce sont des auteurs, acteurs/actrices, metteur(e)s en scène ou théoriciens - existe-t-il des théoriciennes? - qui ont choisi la scène comme endroit d'expression pour exercer leur art. En France comme en Grande-Bretagne, le rôle des femmes dans la construction d'un parcours artistique original est relativement récent et s'inscrit dans l'histoire de l'émancipation féminine et sociale. Il s'agit d'une lutte de reconnaissance qui s'égrène tout au long des siècles et dont l'aboutissement n'est pas encore écrit. Le monde occidental pense s'enorgueillir d'une libération exemplaire, cependant les étapes demeurent provisoires, incertaines et les acquis constamment précaires. Si l'on perçoit le milieu artistique comme un endroit emblématique de la lecture d'une époque, les femmes n'y occupent qu'une place individuelle, souvent héroïque, mais inscrivent rarement leur présence dans des mouvements ou des dynamiques spécifiques. Si l'on considère le théâtre dans un raccourci panoramique quelque peu simpliste et subjectif mais révélateur, on peut brosser quelques rares parcours que l'histoire accepte de garder en mémoire.En France, il est notable que les comédiennes n'imposent leur présence sur scène qu'à dater de 1577, grâce à Catherine de Médicis et aux Italiens qui admettent les femmes dans leurs représentations de commedia dell'arte.
En 1998, Anne Bisang devient directrice de la Comédie de Genève. Cette nomination marque une rupture: Anne Bisang est femme, elle est jeune et n'a pas fait son apprentissage dans le réseau institutionnel. Rupture aussitôt transformée en perspective. Anne Bisang ne s?inscrit dans aucun lignage et si elle est choisie, c'est parce qu'elle est porteuse du meilleur projet. Plus d'une décennie plus tard, les actes témoignent mieux que l'être de l'irréversible mouvement donné à la plus grande institution théâtrale genevoise. La Comédie de Genève s'ouvre au monde dans tous les sens du terme, faisant vibrer l'essence éminemment politique du théâtre et la tradition cosmopolite de Genève. Intérêt pour la création internationale, développement des coproductions, résidences d'auteurs, commandes de textes, partage de l'outil de production avec les compagnies indépendantes, partenariats avec les autres institutions de la ville, mise en oeuvre d'une agora où se débattent les questions sociales d'actualité, gestion du théâtre comme lieu de vie, soutien à l'emploi artistique local et au vivier de jeunes acteurs... Journalistes, artistes, partenaires institutionnels, collaboratrices et collaborateurs d'Anne Bisang se font le choeur de cette aventure humaine.
Les écrits de tartar (e) sont particulièrement emblématiques du mouvement des arts de la rue. Et pourtant, le "griot tartar (e)" a longtemps freiné des quatre fers avant de confier sa prose à l'édition, résistance de l'oralité au livre soupçonné de négliger le chant. AAAA. A, tétralogie sur la quadrature de la terre, Afrique, Asie, Amérique, Ailleurs. Arbre, réunit quatre récits-spectacles, quatre cris offerts aux anciens et futurs auditeurs qui pourront ainsi inventer leurs propres saveurs de lectures. A l'origine, Conakry et chuchotements a été écrit en Guinée, quintessence des cent dix-huit carnets que l'auteur a noircis durant ses longs séjours sur place. Le succès rencontré lors des représentations l'a encouragé à poursuivre. Son projet d'écriture s'est consolidé: interpréter le monde en se jouant des quatre points cardinaux et des idées reçues. Ainsi sont nés 0, 1, 2 (Zéro, Inde), Ame américaine et Ailleurs Par la vertu de l'édition, le griot qui interprète le monde et nous confie ses manuscrits et ses croquis se verra peut-être à son tour interprété...