Ce numéro s'ouvre avec la traduction d'un entretien donné en allemand par Levinas à C. von Wolzogen, qui eut lieu à Paris en 1985 et dont la version originale fut publiée comme postface de la traduction allemande d'Humanisme de l'autre homme parue en 1989 chez Felix Meiner. Si l'on y retrouve des thèmes connus de la pensée de Levinas - la phénoménologie et son dépassement vers un au-delà de l'apparoir, l'importance centrale du Heidegger de Sein und Zeit, le caractère fondamental de la Bible, le visage comme au-delà du phénomène, l'Autre, la critique de la Totalité -, on y découvre aussi des aspects plus surprenants : la présentation du Mitmensch heideggerien comme un homme qui défile au pas, la relativisation de l'importance de Rosenzweig, l'aveu d'une familiarité surprenante avec Nietzsche, la référence marxienne du concept de Totalité à la vie économique et à l'échange. Le traducteur, A. David, insiste dans sa présentation sur le caractère insigne du texte, qui est d'avoir été pensé et prononcé en allemand, et tente de cerner les enjeux de cette extra-territorialité linguistique. Dans " De l'espace chorégraphique : entre extase et discrétion ", F. Pouillaude se penche sur l'article d'Erwin Straus intitulé " Les formes du spatial " (1930) où, mettant la danse sous condition de la musique, ce dernier propose une interprétation de l'espace chorégraphique à partir des catégories du présentiel, de l'extatique et du primitif. L'auteur interroge le bien-fondé de cette catégorisation de l'espace, mettant au contraire en évidence le caractère discret, technique et institué des espaces chorégraphiques, dans une perspective qui réinterroge plus généralement la question de l'espace vécu. Dans " Dieu poète ? ", P. Quesne part de la remarque que si la révélation coranique institue des rapports avec la poésie arabe qui la précède, elle n'assigne en revanche aucune place précise à la philosophie, qui est pour elle un corps étranger et postérieur. Lisant le Commentaire d'Averroès sur la Poétique, qui hésite sans cesse entre Aristote et Platon, il tente d'y discerner une stratégie qui, dans un propos apologétique en quelque sorte perdu d'avance, joue les philosophes contre les poètes et introduit à titre de justification une considération historique du " peuple arabe " qui anticipe fortement sur Ibn Khaldoun. Enfin, dans " Être avec un autre ", S. Lindberg interroge l'existential du Mitsein (être-avec) dégagé par Heidegger, se demandant si cette structure ontologique laisse place à la reconnaissance véritable de l'autre comme tel. Elle tente à l'inverse de montrer que l'autre constitue dans Être et temps un moment aporétique : il doit participer à la compréhension ontologique du Dasein, mais ne le peut pas. Suit une analyse de deux célèbres dialogues de Heidegger - avec Hölderlin, puis Hegel -, qui mène à la conclusion que le dialogue avec autrui y disparaît au profit du dévoilement monologique de la chose même, et qu'il n'est pour Heidegger de communauté véritable qu'à titre transhistorique, entre grands penseurs. D. P.
Résumé : Réinventer l'humanisme. Retrouver le sens de l'humain. Et pour y parvenir, redéfinir des notions simples : l'Autre, l'amour, la liberté, la responsabilité... Humanisme de l'autre homme éclaire les grands thèmes de la pensée d'Emmanuel Lévinas.
Pour découvrir Emmanuel Levinas et apprendre à l'aimer, rien de tel que la lecture de ses entretiens radiophoniques avec Philippe Némo. Elle permet de découvrir la pensée d'un des plus grands philosophes français contemporains, un des rares à s'être efforcé de penser une morale pour le temps présent. Levinas, sans jamais céder aux facilités de la vulgarisation, accepte néanmoins de simplifier l'expression de ses arguments de manière à toucher une audience plus large que le cercle étroit d'initiés pouvant se targuer de fréquenter son oeuvre. Le texte est attachant parce qu'on y découvre un auteur soucieux de se faire comprendre malgré sa réputation d'hermétisme, et parce qu'il emprunte à la conversation un ton qui nous rend l'auteur plus familier. Bien que récrits pour les besoins de la publication, ces entretiens, ordonnés thématiquement (Bible et philosophie, Heidegger, le visage, la responsabilité pour autrui, etc.), ont tout le charme d'une digression maîtrisée et d'une confidence retenue. --Paul Klein
Les études réunies sous le titre de En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger reflètent la première rencontre avec la phénoménologie et attestent les espoirs des premières découvertes. Nous n'avons pas cru devoir les retoucher en les réimprimant. Même les pages qui y concernent Heidegger, relatives à Seln und Zelt - et où rien de la dernière philosophie de Heidegger n'est encore pris en considération - ont été ainsi laissées sans changement. Mais nous avons ajouté à la présente réédition quelques études récentes consacrées à Husserl sous le titre de Commentaires nouveaux. Elles traduisent une réflexion retournant fréquemment à l'oeuvre husserlenne pour y chercher des inspirations, même quand elle s'en sépare. Les notions husseriennes d'intentionnalité et de sensibilité - nullement simples, ni même dépourvues d'équivoque, ni même de mystère, susceptible d'accréditer jusqu'à l'idée d'une intentionnalité sans thématisation - nous semblent offrir des possibilités encore irréalisées. L'idée d'un conditionnement transcendantal selon lequel s'échelonnent entités, et choses - au delà (dans le culturel) et en deçà (dans le sensible) de l'acte strictement intellectuel - promet, en guise d'analyse intentionnelle, une nouvelle Façon de passer d'une idée à l'autre. Ces recherches ont enfin rendu possibles quelques autres essais sur lesquels se termine le présent recueil. Ce sont les Raccourcis, projets de cheminements plus sinueux.
Résumé : La pensée d'Emmanuel Lévinas a d'emblée été connue des philosophes et des universitaires, dès son premier ouvrage, La théorie de l'intuition chez Husserl, en 1930. Avec " Totalité et Infini " (en l963), il fut reconnu comme un innovateur puissant et originel pour son développement de la phénoménologie. Pourtant, plus récemment, l'immense intérêt du public pour Lévinas s'est déplacé, plutôt, vers les conséquences ou les marges de son projet initial. Ce déplacement a sa légitimité, prouvant au moins la pertinence politique et religieuse de la parole la plus conceptuelle. Mais il nous a semblé aussi légitime, voire urgent, de restituer l'enjeu original de l'initiative de Lévinas : poursuivre la phénoménologie de Husserl, non pas en la déployant vers la question de l'être (comme le fit Heidegger), mais en lui assignant l'éthique comme philosophie enfin première. Bref, Lévinas fut d'abord un phénoménologue et apparaît aujourd'hui de plus en plus comme tel. Cinq textes inédits ou difficiles d'accès de Lévinas et treize études de phénoménologues ou d'historiens de la philosophie moderne permettent, ici, d'évaluer quel apport intime unit Lévinas au nouveau commencement que Husserl entreprit de donner à la philosophie. J.- L. M.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Les citations sont regroupées autour des 25 grandes notions philosophiques étudiées pendant l'année de terminale dans la perspective du baccalauréat. Chaque notion est précédée d'un texte introductif. Le classement des citations se fait dans l'ordre alphabétique des notions et à l'intérieur de ces ensembles dans l'ordre chronologique des citations. Chaque citation est numérotée, ce qui permet d'y accéder par un index des auteurs en fin d'ouvrage. En bonus : des dossiers sur tous les philosophes du programme et une méthode et des conseils pour savoir utiliser les citations à bon escient dans ses dissertations.
Découvrez les 500 citations les plus importantes de la philosophie, dans un format très pratique à emporter partout ! 500 citations, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. Un classement selon les notions au programme de l'épreuve de philosophie du baccalauréat : le sujet, la culture, la raison et le réel, la politique, la morale. Un index des philosophes cités.
Résumé : L'esthétique est une fois encore à l'ordre du jour philosophique. Notre époque, pressée d'en découdre avec la fin proclamée de l'Art, tient pour évident l'objet de cette discipline. Or l'esthétique est relativement récente : la réflexion sur l'art est une histoire parallèle à celle de la rationalité. Marc Jimenez en retrace ici le développement. C'est au siècle des Lumières que l'esthétique s'autonomise, qu'elle conquiert ses lettres de noblesse, quand devient primordiale la question du Beau comme accès au sens, à la vérité. Alors s'ouvrent des voies diverses : la science du beau (Kunstwissenschaft) n'est pas la faculté de juger kantienne ni la philosophie de l'Art, entre tradition et modernité, imaginée par Hegel. D'où les grands changements de perspective opérés au XXe siècle : le tournant esthétique de la philosophie, inauguré par Nietzsche ; le tournant politique de l'esthétique (Lukàcs, Heidegger, Benjamin, Adorno notamment) ; le tournant culturel de l'esthétique (Goodman, Danto, etc.). Rarement un ouvrage aura dressé un panorama aussi exact qu'utile de l'esthétique d'hier à aujourd'hui, alors que l'art demeure, pour la philosophie, une question essentielle.
Une brève histoire de la philosophie : De sa naissance en Grèce antique aux mouvements de pensée postmodernes, en passant par le courant de l'humanisme ou celui des Lumières. Les grands débats de la philosophie, avec 50 grandes questions : Les classiques : l'homme est-il un loup pour l'homme ? En quoi le langage est-il spécifiquement humain ? L'Etat est-il l'ennemi de la liberté ? Les actuelles : l'embryon est-il une personne ? Y a-t-il un devoir de mémoire ? Peut-on dire qu'une civilisation est supérieure à une autre ? Faut-il protéger ou respecter la nature ? La morale a-t-elle sa place dans l'économie ? Un dictionnaire des auteurs et des concepts : Plus de 700 entrées consacrées aux philosophes, de Hannah Arendt à Ludwig Wittgenstein, et aux notions philosophiques majeures, d'absolu à vivant.