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DE DIEU QUI VIENT A L'IDEE
LEVINAS
VRIN
10,00 €
Épuisé
EAN :9782711611201
Qu'est-ce qui peut venir à l'idée qui n'y soit pas déjà, en quelque façon, contenu, ou qui ne soit pas déjà à la mesure de l'idée ? Ne faudrait-il pas, pour rendre pensable l'absolu - pour trouver un sens à Dieu contester que la pensée soit coextensive à la conscience en guise d'un savoir toujours corrélatif de l'être et, dès lors, que la philosophie coïncide avec l'ontologie ? Dieu vient-il à l'esprit dans une connaissance et dans un dialogue pour s'y laisser thématiser et tutoyer, s'égalant ainsi à la pensée qui l'entreprend et qui se voudrait d'emblée " adéquation à l'être " et qui aurait déjà les intentions - et l'intentionnalité - de l'ontologie ? Ou, vouant le moi à autrui dans le visage même de l'autre homme, Dieu n'a-t-il pas sens précisément en me signifiant un ordre ? Ce livre essaie, en effet, de suggérer que le sens signifie non pas exclusivement sous la figure de signifiants - choses, signes, mots - renvoyant à des signifiés ; qu'il, signifie, plus anciennement, à partir du visage humain, comme quand on dit signifier un ordre ou ordonner. Signifiance originelle du visage perçant sans cesse ses formes plastiques et représentées qui sans cesse se referment sur la voix silencieuse ou inouïe du commandement signifié ! Eveil et dévotion suscités en guise d'un moi libéré de soi, libéré pour le prochain, même si l'on s'obstine à n'y trouver que représentation et conscience de soi.
Que signifie être sujet ? A cette question difficile, Emmanuel Levinas a consacré l'essentiel d'une oeuvre jamais définitivement close. Ce texte inédit apporte un nouvel éclairage sur une pensée exigeante, témoin durable des grands événements et des grandes catastrophes qui ont décimé le XXe siècle. Levinas revient une nouvelle fois sur des questions récurrentes dans son oeuvre : l'altérité formelle, la conscience de soi, la structure éthique de la subjectivité, l'humanité de l'homme, ou encore la justice des incomparables. Mais ce qui fait la spécificité de ce texte, c'est sans doute sa tonalité plus subtilement politique, requise, écrit Levinas, par une Europe "qui est aussi à l'heure des bilans".
Dans l'article qui révéla la pensée de Levinas au public philosophique, Jacques Derrida a écrit à propos de Totalité et Infini (paru en 1961) que le développement des thèmes n'y était "ni purement descriptif, ni purement déductif. Il se déroule avec l'insistance infinie des eaux contre une plage : retour et répétition, toujours de la même vague, contre la même rive, où pourtant chaque fois se résumant, tout infiniment se renouvelle et s'enrichit." Ainsi pourrait-on rendre compte de l'ensemble de l'oeuvre d'Emmanuel Levinas qui, d'articles en articles et d'articles en recueils, élabore son "éthique" comme philosophie première. La pensée initiale de l'infini (venue de Descartes et de Husserl) s'enrichit chez Levinas de déterminations esthétiques, linguistiques et politiques. Des concepts inédits sont abordés par le philosophe : la fatigue, le visage, la trace. Non seulement le temps, le langage mais aussi l'espace, le sujet, la femme se trouvent remodelés selon cet altruisme sans faille qui est la marque même de la pensée de Levinas. "Le sujet qui parle ne situe pas le monde par rapport à lui-même, ne se situe pas purement et simplement au sein de son propre spectacle, comme l'artiste, mais par rapport à l'autre."
Voici qu'un livre extraordinaire, attestant une culture rabbinique intégrale et parfaite, est consacré à un Dieu qui se veut dépendant des humains, et à des hommes qui, dès lors infiniment responsables, supportent l'univers! Intrigue invraisemblable du religieux. Là s'inversent, sans se démentir - là s'exaltent - les rapports qui régissaient le fini. Intrigue invraisemblable en effet. Emmanuel Lévinas."
Résumé : Les essais réunis dans ce volume témoignent d'un judaïsme reçu à partir d'une tradition vivante et alimentée par la réflexion sur des textes sévères plus vivants que la vie. Bibliques et rabbiniques, ces textes antiques répondent à d'autres problèmes qu'à ceux d'influences littéraires et de dates. Il faut avoir l'oreille aux aguets : tout a, peut-être, été pensé - avant que le Moyen Age n'ait recouvert l'Europe. Au lendemain des exterminations hitlériennes qui ont pu se produire dans une Europe évangélisée depuis plus de quinze siècles, le judaïsme se tourna vers ces sources. De nos jours, il s'agit de retrouver, à partir du classicisme des textes, une sagesse faite pour l'homme et assurant sa liberté. D'où quelques polémiques. Mais d'où, surtout, ouverture sur une exigeante ?cuménie. Difficile liberté, car l'auteur se méfie du pathétique qui passe pour signe privilégié d'esprit et de vie. Profondeur, vigueur et noblesse de pensée, sobriété et élégance du style caractérisent cet ouvrage très important, livre d'un grand esprit rompu aux plus hautes spéculations philosophiques sans rien perdre de sa pureté et de sa clarté, issues d'Athènes et de Jérusalem.