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Ouija Board
Lespiau David ; Swensen Cole ; Weiter Cosima
HEROS LIMITE
22,00 €
Épuisé
EAN :9782940358151
Captant les messages de la police, la radio installée dans sa Chevrolet (la machine à écrire fixée dans le coffre), Arthur Fellig voulait toujours être parmi les premiers sur les lieux (du crime, de l'incendie, de l'accident...). Et il voulut rapidement qu'on l'appelât Weegee, contraction de ouija board, cet appareil à lire l'avenir composé d'un petit chariot à roulette surmonté d'une flèche, placé au centre du cercle des lettres de l'alphabet - se déplaçant sous les mains des spirites en herbes, désignant successivement des lettres composant bientôt un nom, un mot, une phrase. Il s'agissait d'un travail, c'est-à-dire, pour les sciences physiques ou la psychanalyse, d'un déplacement (Weegee dormait et d'ailleurs vivait dans sa voiture) ; un travail de photographe de presse, à la recherche d'un événement.
Ici, vu du ciel ou du sol, chaque éloignement tend à tout réduire à un point. L'opération x fois renouvelée on obtient une ligne continue (espaces supprimés entre les choses) qui semble esquisser un contour. Pour la suivre - les avionneurs le savent - il faut rester la plupart du temps suspendu, héroïquement et en pensant à autre chose. À cette condition, la forme la plus vive se détache parfois (quitte à l'agrafer d'un coup sec) quelques instants avant de disparaître".
A la suite de Djinn jaune, se poursuit la fiction colorimétrique du poème. Un foisonnement de références — cinématographiques, littéraires, scientifiques — se mêle subtilement aux observations du quotidien pour sous-tendre l'ensemble de cette écriture au scalpel. En peu de mots David Lespiau nous transmet une intense réflexion, comme une fleur de papier comprimée qui va se déployer lentement et longtemps dans nos esprits.
Récupération du sommeilest un livre de poésie, en vers, qui mêle des motifs volontairement prosaïques : notes d'observation, micro-narrations, micro-fictions, figures de la culture populaire, bribes de journal... - le tout déplacé et remonté par la travail d'écriture. Ce travail se rapproche de celui de la pensée quand elle expérimente librement de nouvelles connexions, de nouveaux gestes, mouvements... ; dans le travail du rêve, notamment, mais aussi dans le travail de la pensée saturée - saturation qui viendrait de la fatigue mentale, d'un contexte extrêmement dense, et également de tout ce que le corps - sexué et mortel - envoie comme informations multiples, en surimpression. Dès lors, chaque vers - vu ici comme formalisation textuelle de moments mentaux - devient presque une tentative de mouvement fin, parfois étrange, pour s'en sortir...
Talking (Parler) est le livre qui marque un tournant décisif dans la réflexion poétique de David Antin. Rompant avec les poèmes de ses débuts, il inaugure les pièces qui feront de David Antin l'un des poètes les plus singuliers de sa génération. En 1972, Antin imagine ses "? talk pieces ? ", parfois appelées "? talk poems ? ", en réécoutant sur son autoradio l'enregistrement d'une conférence ("? talk ? ") qu'il vient de donner à des étudiants d'art à Pomona. La retranscription de cette conférence, sans capitales, virgules ni points, mais ponctuée par de simples espaces plus grands qu'il emploiera chaque fois que sur la bande il s'entendra respirer, devient le premier des talk poems ? : "? talking at pomona ? ", publié dans ce livre charnière qu'est Talking. Aux côtés de ce tout premier "? poème parlé? " sont publiées d'autres pièces proches de l'art conceptuel amércain, poème-journal et pièces improvisées au magnétophone (en privé dans une premier temps), qui rassemblent sans hiérarchie tout ce que l'acte de parler convoque ? : anecdotes, hésitations, exemples, divagations, silences, plaisanteries, méditations... Autant d'éléments qui laissent affluer de façon plus ou moins directe des questions philosophiques, littéraires, politiques, artistiques ou sociales. Car la pensée, pour Antin, est inséparable de la parole. Parler, c'est dialoguer avec une idée, c'est offrir au discours un espace critique et une marge de manoeuvre. Il importe ensuite de trouver une forme pour transposer ce dire à l'écrit. Pour ce faire, David Antin opère toute une série de décisions typographiques qui donnent à ses textes une dimension visuelle remarquable. Plus proches d'un d'enregistrement que d'une partition, c'est pourtant à l'oeil que ces enregistrements s'adressent en premier. S'il n'y a plus ni capitale ni ponctuation -? si ce n'est parfois d'occasionnels points d'interrogation -, les espaces-respirations qui rythment le texte matérialisent ce "? discours interrompable ? " qu'Antin appelle de ses voeux en conclusion de l'un de ses poèmes.
Bioy Casares Adolfo ; Azaretto Julia ; Lequesne Pa
Memoria sur la pampa et les gauchosa été écrit en 1970 au retour d'un séjour en France. Cesares y entreprend une enquête fondée sur son vécu, notamment lorsqu'il se rendait à Rincón viejo, la propriété familiale sise à Pardo, dans la province de Buenos Aires. Adolfo Bioy Casares a en effet été fortement imprégné des scènes de la vie des gauchos argentins durant son enfance dans l'estancia familiale. Avec ce livre, fidèle à son souci d'érudition et à sa manière propre d'user de l'interprétation, l'auteur de L'invention de Morel se met à rêver à la vie du gaucho que ni lui ni Jorge Luis Borges, n'auront réellement vécue. Bioy Casares réfléchit ici à la figure du Martín Fierro (nous avons publié l'essai de Jorge Luis Borges en 2012) et ce qu'elle représente dans la littérature mais aussi dans la société argentine du XXe siècle. La construction du récit est parfaite. Le gaucho y acquiert un statut mythique : sorte de chevalier moderne, archétype de Don Quichotte. Chansons d'une autre époque, personnages de films, photographies, poèmes de l'une des traditions littéraires nationales ; l'ensemble devient une petite une somme de documents, de sources et de pièces à conviction qui contribuent à la légende argentine de la pampa. L'érudit et faiseur d'histoires Casares joue avec élégance sur l'imagerie, entre mémoire et imaginaire. Des photographies en noir et blanc, petites pépites classées par ordre chronologique, jalonnent le texte. Les histoires et chansons de payador qui s'y succèdent sont brèves, enchantées. C'est en réalité une vision moderne des chanteurs illettrés du Moyen Age qui s'en dégage de manière spontanée et improvisée.
Résumé : Mendel Singer alluma la bougie dans la bouteille verte à côté du lit et alla à la fenêtre. Là, il vit le reflet rougeâtre de la vivante nuit américaine qui se jouait quelque part et l'ombre argentée intermittente d'un projecteur qui semblait désespérément chercher Dieu dans le ciel nocturne. Oui, Mendel voyait même quelques étoiles, quelques misérables étoiles, des constellations déchiquetées. Mendel se souvenait des nuits claires et étoilées au pays, du bleu profond du ciel immensément étendu, du croissant de lune doucement courbé, du sombre murmure des pins dans la forêt, des voix des grillons et des grenouilles.