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Les marges du jour
Lemaire Jean-Pierre ; Jaccottet Philippe
DOGANA
22,40 €
Épuisé
EAN :9782940055678
En 1979 la Revue de Belles-Lettres, que j'animais alors, faisait paraître quelques-uns des premiers poèmes de Jean-Pierre Leumaire. Deux ans plus tard, alors que je n'y songeais plus, Pierre Oster me remettait, sur les marches du métro Saint-Paul à Paris où une soudaine averse nous avait précipités, le manuscrit complet des Marges du jour qu'il n'avait pas, malgré ses efforts, réussi à imposer au comité du Seuil. Ils étaient pourtant plusieurs déjà - parmi eux Jean Grosjean et bientôt des écrivains aussi différents que Jacques Réda et Lionel Ray - à penser que c'était là un recueil à défendre, Peut-être même une oeuvre qui ferait date. Je lus ces pages, les aimai et décidai de les publier comme premier titre de nos édition encore au berceau. Etrangement, je viens d'ailleurs d'apprendre qu' Yves Bonnefoy avait écrit en 1977 déjà au jeune poète que ses vers faisaient "revivre une conscience perceptive et silencieuse que Jean Follain, par exemple, nous rappelait - ou quelques peintres. " Comment rêver baptême plus approprié à la naissance de notre humble entreprise éditoriale ? Dans un petit cercle de lecteurs exigeants, Les Marges du jour fut salué comme un événement rare. Nous sommes donc très heureux de rééditer ce recueil - vite épuisé et jamais retiré pour d'absurdes prudences budgétaires - auquel s'ajoute, dans sa nouvelle version, la note par laquelle Philippe Jaccottet dès parution salua l'ouvrage.
Résumé : " Le poème de Jean-Pierre Lemaire, énonce Jean-Marc Sourdillon dans sa préface, se partage en deux temps égaux et cherche à cerner l'instant d'un passage. Passage d'une aprèsmidi d'été, d'un nuage ou d'autre chose que figure pour nous le sapin au premier plan. Il n'y a, rassemblés par le regard, que des éléments empruntés au décor ordinaire et étagés en plans : le ciel, le nuage, un sapin. Le tout est d'une simplicité désarmante. Mais la disposition du poème, l'étalement du blanc dans les marges, la fragile échelle des vers dans tout ce blanc soulignent le mouvement qui relie ces objets et modifie leurs positions respectives. L'événement, du coup, est moins dans le passage du nuage que dans ce qui, à la faveur d'un changement d'accommodation, se passe dans le regard de l'observateur, ce mouvement de bascule qui ouvre sur un silence teinté d'inquiétude. Finalement, ce qu'est le pays derrière les larmes, un poème de l'enfance nous le dit très simplement. C'est le pays qui est au-delà de la porte au fond du jardin : " celle qui battait entre le monde et nous / c'était la porte en bois au fond du potager / dont le bruit signalait le retour de ton père / Au-delà commençaient les rails / la fumée, les hommes, les locomotives... " Pays imminent qui s'annonce dans les mots mais ne s'atteint que dans une certaine façon de vivre au long du temps avec leur aide et sous leur éclairage. Dans la géographie intérieure de Jean-Pierre Lemaire, ce pays porte un nom qui est aussi celui d'un lieu réel, un monastère au-dessus de la mer à Menton : L'Annonciade. "
A Rimbaud L'infini recommence petitement entre les noisetiers, sur la route assombrie. La pluie a taché d'encre le paysage mais le coeur sait qu'il peut à nouveau se fier à l'herbe froide des pèlerinages au chemin qui dément que la terre soit ronde.
Il paraît difficile de dissocier L'exode et la nuée et La pierre à voix, tant la même poésie s'y fait entendre, qui sonne toujours juste. Hors de toute formule apprise, sans vaine concession à la modernité, le poète trouve ses instruments au plus intime de lui-même. C'est d'ailleurs moins une forme qu'une présence que chacun des poèmes suscite, avec sa densité limpide et vibrante. Jean-Pierre Lemaire a l'art de choisir et de placer les mots, et, même quand il emploie les tournures et les vocables les plus simples, il réussit à les transfigurer. Il les accorde aux formes du monde visible ou à la vérité de l'expérience la plus intérieure. D'autres fois il les fait baigner dans une lumière spirituelle d'où surgissent des figures mythologiques ou bibliques.
Bassin d'ArcachonSur le bassin la rose des nuagestourne avec les heures. Le bassin se videvert et brun jusqu'à l'horizon. Une perleétincelle au goulet, grossit de nouveaupuis s'étale, allégeant les bateaux- et tout serait vain si à chaque maréeles huîtres n'accroissaient leur coquille d'un onglesi dans le grand ciel au-dessus des piquetsn'apparaissait soudain le silence.