Il ne manque pas de manuels d'histoire de la pensée sociologique. Mais rares sont les ouvrages qui, comme ceux de Talcott Parsons (The Structure of Social Action) ou Robert Nisbet (La Tradition sociologique) par exemple, se hasardent à proposer une interprétation et une discussion systématiques du contenu de pensée central de la sociologie, qui se demandent ce que, considérée dans son ensemble, elle a voulu dire et pourquoi a émergé au XIXe siècle un type de discours sur le lien social irréductible à celui de la philosophie ou de l'économie politiques. La grande force du livre de Christian Laval est de montrer que tous les sociologues classiques ont en commun d'avoir voulu répondre au défi de l'économie politique, en laquelle la plupart voyaient l'incarnation par excellence de l'esprit scientifique appliqué à l'étude de l'histoire et de la société, et d'y avoir fortement objecté en historicisant les catégories que les économistes ont tendance à naturaliser. En définitive, c'est sur la représentation économique de la société capitaliste, prise comme allant de soi par les économistes, qu'ils ont fait porter le soupçon en mettant en cause les fondements utilitaristes de l'économisme. À l'heure où la société-monde qui s'ébauche semble vouloir se réduire à un gigantesque marché, rien n'est sans doute plus urgent que de renouer avec l'esprit de la sociologie classique. Le présent livre y aidera puissamment en offrant au lecteur une introduction lumineuse aux grands auteurs de la tradition sociologique.
Résumé : Ces dernières années, on observe dans les pratiques comme dans les réflexions théoriques une véritable " explosion " du thème du " commun ", devenu une référence centrale pour de multiples foyers d'expérimentations politiques et économiques (mouvements altermondialistes et écologistes, défense des services publics, résistances paysannes, coopératives, expérimentations numériques collectives). Avec une vitesse rare pour une notion nouvelle, le commun s'est mondialement imposé en tant que grand concept politique de ce début de XXIe siècle. Il admet pourtant des acceptions fort différentes, parfois contradictoires. Cet ouvrage, issu d'un colloque de Cerisy, est consacré aux enquêtes et terrains permettant d'éclairer les enjeux théoriques, pratiques et historiques de ce concept, ainsi qu'aux propositions stratégiques qui en font aujourd'hui le principe de l'alternative au capitalisme.
Il ne manque pas de manuels d?histoire de la pensée sociologique. Mais de rares sont les ouvrages qui, comme ceux de Talcott Parsons (The Structure of Social Action) ou Robert Nisbet (La tradition sociologique) par exemple, se hasardent à proposer une interprétation et une discussion systématiques du contenu de pensée central de la sociologie, qui se demandent ce que, considérée dans son ensemble, elle a voulu dire et pourquoi a émergé au XIX e siècle un type de discours sur le lien social irréductible à celui de la philosophie ou de l?économie politiques. La grande force du livre de Christian Laval est de montrer que tous les sociologues classiques ont en commun d?avoir voulu répondre au défi de l?économie politique, en laquelle la plupart voyaient l?incarnation par excellence de l?esprit scientifique appliqué à l?étude de l?histoire et de la société, et d?y avoir fortement objecté en historisant les catégories que les économistes ont tendance à naturaliser. En définitive, c?est sur la représentation économique de la société capitaliste, prise comme allant de soi par les économistes, qu?ils ont fait porter le soupçon en mettant en cause les fondements utilitaristes de l?économisme. A l?heure où la société - monde qui s?ébauche semble vouloir se réduire à un gigantesque marché, rien n?est sans doute plus urgent que de renouer avec l?esprit de la sociologie classique. Le présent livre y aidera puissamment en offrant au lecteur une introduction lumineuse aux grands auteurs de la tradition sociologique. Cet ouvrage a précédemment paru dans les éditions La découverte en 2009.
Résumé : Deux des intellectuels français parmi les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, Michel Foucault et Pierre Bourdieu, ont choisi de caractériser - le premier à la fin des années 1970, le second dans les années 1990 - le moment historique qu'ils traversaient par le même concept : "néolibéralisme". Pour autant, leurs parcours théoriques et leurs styles de recherche se sont révélés très différents et, surtout, ils ont l'un et l'autre laissé inachevés leurs travaux sur cette question, rendant cet ouvrage, véritable enquête sur leurs enquêtes, indispensable. La grande force de ce livre est de faire comprendre, dans une démarche à la fois politique et pédagogique, l'originalité et la cohérence de chacune d'elles, sans oublier leurs points aveugles et leurs limites. L'ouvrage montre en quoi Foucault et Bourdieu éclairent de façon à la fois différente et complémentaire ce qu'est le néolibéralisme. Et comme celui-ci se prolonge d'une manière à la fois plus manifeste, plus radicale et plus violente, leurs analyses s'avèrent incontournables pour comprendre le mode de pouvoir actuel et pour rouvrir la question : quelle nouvelle politique faut-il inventer pour mener ce combat central du XXIe siècle ?
Résumé : Le néolibéralisme entend triompher partout dans le monde comme la norme unique d'existence des êtres et des biens. Il n'est pourtant que la pointe émergée d'une conception anthropologique globale qu'au fil des siècles l'Occident a élaborée. Celle-ci pose que l'univers social est régi par la préférence que chacun s'accorde à lui-même, par l'intérêt qui l'anime à entretenir les relations avec autrui, voire l'utilité qu'il représente pour tous. La définition de l'homme comme "machine à calculer" s'étend bien au-delà de la sphère étroite de l'économie, elle fonde une conception complète, cohérente, de l'homme intéressé, ambitionnant même un temps de régir jusqu'aux formes correctes de la pensée, à l'expression juste du langage, à l'épanouissement droit des corps. Cette anthropologie utilitariste, fondement spécifique de la morale et de la politique en Occident, fait retour avec le néolibéralisme contemporain sous des formes nouvelles. En retraçant, dans un vaste tableau d'histoire et de philosophie, les racines du néolibéralisme, Christian Laval donne à voir la forme, le contenu, la nature de la normativité occidentale moderne telle qu'elle s'affirme aujourd'hui dans sa prétention à être la seule vérité sociale, à se poser en seule réalité possible.
Harper Kyle ; Pignarre Philippe ; Rossignol Benoît
Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s'est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ? On ne peut plus désormais raconter l'histoire de la chute de Rome en faisant comme si l'environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L'Empire tardif a été le moment d'un changement décisif : la fin de l'Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l'évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais "les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d'une écologie des maladies qui ont assuré leur perte". Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l'Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d'Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé. Face à ces catastrophes, les habitants de l'Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l'islam, ont alors triomphé des religions païennes.
En tant que femmes, nous sommes tous les jours les cibles d'interpellations, de harcèlement, d'agressions verbales, physiques ou sexuelles plus ou moins graves, plus ou moins violentes, au travail, dans l'espace public et privé. Souvent nous ne savons pas comment réagir, comment dire non, et comment faire comprendre que, lorsque nous disons non, c'est non. L'autodéfense pour femmes - qui n'a rien à voir avec du kung-fu -, ce sont tous les petits et grands moyens de se sentir plus fortes, plus sûres de soi et plus aptes à se protéger et à se défendre dans toutes les situations de la vie quotidienne, que ce soit au niveau mental, émotionnel, verbal ou, en dernier recours, physique. Comment reconnaître et prévenir une situation d'agression ? Comment réagir efficacement, savoir se protéger et éviter la violence ? Ce guide pratique propose une série d'astuces simples et faciles pour poser ses limites et se sortir de situations difficiles : identifier le type d'agression et la psychologie de l'agresseur, utiliser et gérer ses émotions, prévenir la violence par la défense verbale et la désescalade du conflit, mobiliser des tactiques de diversion et de fuite, faire jouer la solidarité, savoir où frapper pour faire mal... Contre tous les stéréotypes qui interdisent habituellement aux femmes de prendre leur sécurité en main, il faut apprendre à dire non et oser se défendre.
Narcisses pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisses vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d'humilité, les Narcisses sont de tous les fronts et font recette. Pour s'en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire. Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse occupent des positions de pouvoir au sein des affaires ou des médias, voire à la tête des Etats. Certains observateurs, confondant narcissisme et confiance en soi, considèrent que le renforcer permettrait d'affronter les maux de l'époque. Pourtant, les " psys " dénoncent régulièrement le rôle désastreux du narcissisme ambiant sur leurs patients : solitude, souffrance au travail, désordres amoureux... Pour comprendre cette réalité paradoxale, Marie-France Hirigoyen propose une enquête détonante nourrie de sa clinique. Elle pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d'avoir suffisamment confiance en soi pour s'affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle reprend la genèse de ce concept dans la psychanalyse freudienne, puis dans la psychanalyse américaine, qui l'a transformé en mettant l'accent sur l'" estime de soi " - participant ainsi d'un glissement de sens emblématique. Emaillé de nombreuses études de cas, histoires et récits de vie, ce livre explique ainsi de manière vivante et originale les dérives du monde moderne, où de plus en plus d'individus sont centrés sur eux-mêmes, " scotchés " à leurs écrans, " accros " aux réseaux sociaux pour se valoriser et exister uniquement dans le regard de l'autre. Mais il invite aussi, grâce à un dialogue renouvelé entre psychanalyse et sociologie, à mieux comprendre les traits narcissiques pour contrer l'ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.
Que signifie "protéger la nature" ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de "nature" ne va plus de soi. On a pris l'habitude d'aborder l'environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine. Ces oppositions tranchées n'ont plus lieu d'être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l'artifice. On peut continuer à parler de "nature" et même en parler mieux, parce qu'il n'y a plus à choisir entre l'homme et la nature, mais plutôt à se-soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l'on s'intéresse à la protection de l'environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu'il est possible de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l'équité entre les hommes ; et qu'il existe aussi des manières d'agir avec la nature et pas contre elle.