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La couleur de l'aube
Lahens Yanick
SABINE WESPIESE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782848050638
La couleur de l'aube. Angélique se lève tous les matins la première, dans la petite maison des faubourgs de Port-au-Prince qu'elle partage avec sa mère, sa s?ur Joyeuse, et son jeune frère Fignolé. Dans l'aube grise de février, l'inquiétude l'étreint: Fignolé n'est pas rentré et toute la nuit les tirs n'ont cessé de gronder au loin... Angélique la sage est une fille soumise, une s?ur exemplaire, une femme de trente ans en apparence résignée. Sa famille, le fils qu'elle a eu par accident, les malades de l'hôpital, constituent son unique horizon. Joyeuse, la belle, la sensuelle, n'a pas abdiqué, elle, sa liberté, sa révolte, son désir de bonheur et d'une vie meilleure, malgré la misère, la violence, les rackets et les enlèvements qui sont lot quotidien. Epaulées par leur mère, figure protectrice et pivot du foyer, à l'image de ses chères divinités vaudou, les deux femmes tentent de retrouver la trace du jeune homme. Au fil de la journée et de leur enquête, Angélique et Joyeuse, en réalité les deux visages du même désespoir, dessinent de la ville une géographie apocalyptique. Fignolé, militant déçu du parti des Démunis, s'est perdu dans les méandres d'une impossible lutte, dans les hasards du désordre absolu. Yanick Lahens, en dépeignant avec une remarquable économie de moyens le destin d'une famille hélas ordinaire, construit l'allégorie d'un pays où la monstruosité voudrait se faire loi. Mais son livre est poignant parce qu'à chaque page sourd la révolte et éclate la volonté de vivre.
Résumé : " Une communauté sanglante de destins et un cri d'effroi, celui d'une poésie crue - incandescente et extralucide. " Le Nouveau Magazine Littéraire Envoûtante comme un air de saxophone dans la nuit de Port-au-Prince, l'histoire d'amour au goût d'impossible que met en scène L'Oiseau Parker dans la nuit laisse le lecteur suspendu aux harmoniques de Yanick Lahens. Toutes les nouvelles rassemblées ici sont autant d'évocations des enchantements, des épiphanies, mais aussi des tragédies, des violences (urbaines ou rurales), des croyances séculaires, des pesanteurs, qui sont lot quotidien en Haïti. Yanick Lahens vit en Haïti. Lauréate du prix Femina en 2014 pour Bain de lune (également disponible chez Points), elle a été, en 2019, la première titulaire de la chaire Mondes francophones au Collège de France. Parus entre 1994 et 2006, ces nouvelles signent la genèse de ses romans futurs.
Oncle Héraclès débordait d'enthousiasme et me regardait en riant presque. Ce rire était à l'opposé de la peur des autres. Et ce n'est que plus tard, bien plus tard, que je compris la peur que pouvaient inspirer et ces danses et le tambour. Ils rappelaient trop l'Afrique et le corps. Et pour tous ceux d'entre nous qui, dans cette île, regardaient ailleurs, le corps comme l'Afrique faisaient peur. L'Afrique, ce ventre chaud et turbulent du monde. " Une enfance pieuse et tranquille, des robes à smocks et dentelles, Alice Bienaimé, dans sa treizième année, ressent vibrer en elle l'appel lointain des rythmes anciens. Habitée par la soif du monde, elle ira au bout d'elle-même : la danse, l'amour, l'exil. Nous sommes à Port-au-Prince en Haïti en 1943. Une voix singulière, à la fois ouverte et intimiste, qui conte les déchirements et laisse affleurer les masques de la société haïtienne.
« Le 12 janvier 2010 à 4 heures 53 minutes, dans un crépuscule qui cherchait déjà ses couleurs de fin et de commencement, Port-au-Prince a été chevauchée en moins de trente secondes par un de ces dieux dont on dit qu?ils se repaissent de chair et de sang. Chevauchée sauvagement avant de s?écrouler cheveux hirsutes, yeux révulsés, jambes disloquées, sexe béant, exhibant ses entrailles de ferraille et de poussière, ses viscères et son sang. Livrée, déshabillée, nue, Port-au-Prince n?était pourtant point obscène. Ce qui le fut c?est sa mise à nu forcée. Ce qui fut obscène et le demeure, c?est le scandale de sa pauvreté ». Ainsi débute ce court texte mû par la double nécessité de dire l?horreur que fut la catastrophe haïtienne et celle de la surmonter. Déambulant dans les rues de sa ville détruite, l?écrivain part de sa propre expérience: avant le séisme, elle projetait d?écrire un roman d?amour. Revisitant le décor ravagé de sa fiction, tentant de la mettre en oeuvre, elle est saisie par l?histoire immédiate. Que peut-on écrire, comment peut-on écrire alors que la réalité même s?est dérobée? Pour Yanick Lahens, la faille géologique qui a englouti Haïti en janvier dernier interdit de faire comme si les autres failles, sociale, politique, économique, qui depuis des décennies laminent son île n?existaient pas. Ils étaient nombreux à savoir le danger couru: Port-au-Prince a été par le passé deux fois détruite, et les prévisions des sismologues étaient sans ambiguïté.Ils sont nombreux aussi à savoir que les failles de surface menacent d?entraîner Haïti à sa perte. Le déni ne saurait être, une fois encore, la réponse de l?impuissance. Il n?y a pas de fatalité dans l?exode rural, la paupérisation, la dégradation de la production agricole et de l?environnement: telle est la conviction de l?écrivain qui appelle de ses voeux une intelligence du malheur. Texte de combat, texte animé par l?urgence, texte de compassion aussi, Faille(s) tente de désigner, avec une magnifique pudeur, servie par une écriture à la pointe sèche, l?innommable qu?a été le 12 janvier en Haïti, mais aussi de prévenir de l?irresponsabilité qui consisterait pour les Haïtiens à ne pas changer leurs perceptions et leurs comportements.
Extrait Après une folle équipée de trois jours, me voilà étendue là, aux pieds d'un homme que je ne connais pas. Le visage à deux doigts de ses chaussures boueuses et usées. Le mépris dans une puanteur qui me révulse presque. Au point de me faire oublier cet étau de douleur autour du cou, et la meurtrissure entre les cuisses. Difficile de me retourner. De remonter les jambes. De poser un pied par terre avant que l'autre suive. Pour franchir la distance qui me sépare d'Anse Bleue. Si seulement je pouvais prendre mes jambes à mon cou. Si seulement je pouvais m'enfuir jusqu'à Anse Bleue. Pas une fois je ne me retournerais. Pas une seule fois. Mais je ne le peux pas. Je ne le peux plus... Quelque chose s'est passé dans le crépuscule du premier jour de l'ouragan. Quelque chose que je ne m'explique pas encore. Quelque chose qui m'a rompue. Malgré mes yeux figés et ma joue gauche posée à même le sable mouillé, j'arrive quand même, et j'en suis quelque peu soulagée, à balayer du regard ce village bâti comme Anse Bleue. Les mêmes cases étroites. Toutes portes et toutes fenêtres closes. Les mêmes murs lépreux. Des deux côtés d'une même voie boueuse menant à la mer. J'ai envie de faire monter un cri de mon ventre à ma gorge et de le faire gicler de ma bouche. Fort et haut. Très haut et très fort jusqu'à déchirer ces gros nuages sombres au-dessus de ma tête. Crier pour appeler le Grand Maître, Lasirenn et tous les saints. Que j'aimerais que Lasirenn m'emmène loin, très loin, sur sa longue et soyeuse chevelure, reposer mes muscles endoloris, mes plaies béantes, ma peau toute ridée par tant d'eau et de sel. Mais avant qu'elle n'entende mes appels, je ne peux que meubler le temps. Et rien d'autre... De tout ce que je vois. De tout ce que j'entends. De tout ce que mes narines hument. De chaque pensée, fugace, ample, entêtante. En attendant de comprendre ce qui m'est arrivé. L'inconnu a sorti son téléphone portable de sa poche droite : un Nokia bas de gamme comme on en voit de plus en plus au All Stars Supermarket à Baudelet. Mais il n'a pas pu s'en servir. Il tremblait de tous ses membres. Tant et si bien que le téléphone lui a échappé des mains et est tombé tout contre ma tempe gauche. Encore un peu et le Nokia aurait achevé de m'enfoncer l'oeil... L'homme a reculé d'un mouvement brusque, le regard épouvanté. Puis, prenant son courage à deux mains, a plié lentement le torse et allongé le bras. D'un geste rapide, il a attrapé le téléphone en prenant un soin inouï à ne pas me toucher. Je l'ai entendu répéter tout bas, trois fois de suite, d'une voix étouffée par l'émotion : «Grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde.» J'entends encore sa voix... Elle se confond avec la mer qui s'agite en gerbes folles dans mon dos.
La route des Balkans. Dans une forêt hongroise, après des mois d'errance, Asma, une jeune Syrienne, attend, avec d'autres réfugiés, un véhicule pour l'Allemagne. Son père, pharmacien à Damas, a été exécuté, son frère a rejoint la rébellion. Pour sa sécurité, sa famille l'a alors envoyée en Europe. Lorsqu'arrive enfin un camion frigorifique, elle éprouve presque du soulagement à s'y entasser. Même si, dans la bousculade, elle perd son sac... et son cahier rouge ? le journal intime qu'elle tient depuis l'arrestation de son père en 2006. Tamim parvient à le récupérer. Il le conservera précieusement. Sur les routes depuis trois ans, contraint à chaque étape de travailler pour payer la suivante, il a quitté l'Afghanistan à quatorze ans, après l'assassinat de son père et de ses frères par les talibans. Lui aura plus de chance qu'Asma ? abandonnée à bord du fourgon avec ses compagnons d'infortune sur une aire d'autoroute, et dont la fin tragique agira comme un électrochoc sur la politique et l'opinion. A Munich, en cet été 2015, Helga entend avec effarement la nouvelle. Elle se souvient d'avoir été une réfugiée elle aussi, fuyant l'Armée rouge qui marchait sur Königsberg en 1945. Et, quand la chancelière Angela Merkel prononce son désormais célèbre "Wir schaffen das, nous y arriverons", Helga, comme tant de ses concitoyens, va tout naturellement proposer son aide aux demandeurs d'asile affluant sur le territoire allemand. Revenant sur cet élan de générosité et sur l'espoir suscité, Christine de Mazières, dans ce roman polyphonique qui retrace le parcours des victimes, mais aussi des acteurs de ce drame, nous interroge avec force sur le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.
Résumé : Le champ. Comment caractériser une vie entière ? Les voix qui s'élèvent ici sont celles des habitants du cimetière, qu'on nomme "le champ" dans la petite ville de Paulstadt. A la concision des épitaphes, l'écrivain substitue les mots des défunts. Par un souvenir, une sensation fugace, une anecdote poignante, chacun de ces narrateurs évoque ce que fut son existence. Au fil de la lecture émerge le portrait d'une bourgade comme tant d'autres, marquée par le retour de la prospérité au mitan du siècle dernier. La vie tourne autour des figures locales : le maire, la fleuriste, le facteur, le curé dévoré par les flammes dans l'incendie de l'église, le marchand de légumes... Les voix se font écho, s'entrelacent, se contredisent parfois, formant le tableau d'une communauté riche d'individus et de sensibilités différentes. Subtil interprète de l'âme humaine, Robert Seethaler se penche sur leur intimité : les amours naissantes, les amours heureuses, ou moins harmonieuses - quand les fantasmagories de la femme signent pour son époux échec, malheur et drame. Le plus saisissant dans ce texte est l'émotion qui sourd de chaque histoire : non celle de savoir le protagoniste disparu, mais l'empathie que parvient à susciter l'auteur pour ces êtres si vivants, leurs espoirs, leurs doutes, leurs ambitions, leur solitude. Le Champ est un livre sur la vie, que Seethaler réussit à dire avec autant de simplicité que de profondeur.
Résumé : Chicago. Un soir d'automne, Ramona débarque à Chicago avec sa lourde valise et s'installe chez sa logeuse, à quelques blocks du campus. Arrivée d'Europe, elle vient enseigner le français pendant un an. Le lac, l'éclat scintillant de la ville, l'obsession de la performance qu'affichent ses étudiants, de même que leur zèle à se couler dans le moule américain ? toute cette efficacité de façade trouble la jeune femme, surtout curieuse de l'envers du décor. Convaincue que "Chicago n'est pas une page blanche d'où surgissent les gratte-ciels", elle part en quête de son coeur battant. Au concert, à l'opéra, elle ne cesse de croiser un étrange jeune homme dégingandé qui semble partout un intrus, mais comme elle entièrement absorbé par l'émotion du spectacle. Quand, dans un club de blues, elle les rejoint, lui et l'amie plus âgée qui l'accompagne, c'en est fait de sa solitude. Ces trois-là ne vont plus se quitter. En visite de fin d'année chez son père à Londres, Ramona se garde bien de lui révéler qu'elle occupe tout son temps libre à explorer la face cachée de Chicago avec un garagiste et une esthéticienne.
Dans cette ville du Michigan où elle est née, entre supermarché, autoroute et lycée, tout destine Amy à l'adolescence sans histoire d'une jeune Américaine type. Tel est bien le souhait de sa mère, juive polonaise venue sur ce continent tout neuf pour tenter de fuir le passé familial. Mais dans la maison de tôle de Veronica Lane, les fantômes ne se laissent pas oublier. Les nuits d'Amy sont hantées par d'horribles cauchemars, où ressurgissent étrangement les suppliciés de la Deuxième Guerre mondiale, comme aussi le visage de sa soeur aînée morte à la naissance. Ses jours eux sont habités par de sourdes obsessions, qui peu à peu se matérialisent dans une course contre la montre pour échapper à la malédiction familiale, dont le ciel toxique de Bay City se fait l'écho. Le roman détaille les jours cruciaux de 1979, pendant lesquels le destin de la narratrice va basculer: le 4 juillet, fête de l'Indépendance et jour de ses dix-huit ans, la maison de tôle prend feu. La famille entière part en fumée, dans un saisissant retour de l'histoire, laissant Amy face à son présent. Tout l'enjeu de ce livre puissant et inspiré est bien dans la volonté désespérée de son héroïne d'en finir avec le passé. Devenue pilote de ligne pour échapper enfin à la poussière et à la cendre, elle n'aura de cesse d'interroger le ciel serein et indifférent... Grand roman américain en ce qu'il ne cesse de croire possible l'avenir de ses personnages, Le Ciel de Bay City interroge avec une effrayante justesse la capacité d'un peuple à oublier son histoire.