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Aphorismes. Edition bilingue français-allemand
Kafka Franz ; Fillion Guy ; Coelho Alain
JOSEPH K
10,00 €
Épuisé
EAN :9782910686833
A côté des rares volumes de nouvelles qu'il publia, Franz Kafka songea, à partir de 1917, faire paraître un recueil d'aphorismes. On trouvera ici les deux grandes séries collationnées par lui de ses "pensées" éparses, délimitées par Brod et Schoeps, et conformes à l'édition allemande. La première, préparée par Kafka jusqu'en 1919, entre Prague et ses retraites à la campagne, est marquée par l'ombre menaçante de la tuberculose, par l'oscillation et le rejet dont témoignent ces années de relations convulsives avec la femme, l'impossible alma rêvée, Félice, Julie, ... Milena ; la seconde série, articulée sur le "il" (dont Kafka a dit que cette troisième personne du verbe signa son passage de la quête initiale à la littérature effective), à l'orée de 1920, tandis qu'il délaisse son volumineux journal, commencé dix années plus tôt, et comme venant étrangement s'y substituer, datant à présent sur quelques pages de ses "cahiers bleus", plutôt que les numérotant, ses pensées et aphorismes. Comme en marge de la visée littéraire de Kafka, mais l'éclairant singulièrement, l'enjeu et la nature de ces aphorismes ne laisseront pas de surprendre. Et on pourrait dire, avec Claude David qui attira l'attention sur leur extrême importance, que c'est en effet, pour une réelle connaissance de Kafka, là sans doute "le fond permanent de sa pensée qui apparaît".
On raconte que c'est grâce aux éditions clandestines du samizdad - et donc, sans nom d'auteur - que fut introduite en Union soviétique la traduction du Procès. Les lecteurs pensèrent, dit-on, qu'il s'agissait de l'oeuvre de quelque dissident, car ils découvraient, dès le premier chapitre, une scène familière : l'arrestation au petit matin, sans que l'inculpé se sût coupable d'aucun crime, les policiers sanglés dans leur uniforme, l'acceptation immédiate d'un destin apparemment absurde, etc. Kafka ne pouvait espérer une plus belle consécration posthume. Et pourtant, les lecteurs russes se trompaient. Le projet de Kafka n'était pas de dénoncer un pouvoir tyrannique ni de condamner une justice mal faite. Le procès intenté à Joseph K., qui ne connaîtra pas ses juges, ne relève d'aucun code et ne pouvait s'achever ni sur un acquittement ni sur une damnation, puisque Joseph K. n'était coupable que d'exister. Crime capital et à la fin du livre, deux "messieurs" l'emmèneront dans une carrière abandonnée et le tueront "comme un chien".
Lorsque, à seize ans, le jeune Karl Rossmann, que ses pauvres parents envoyaient en exil parce qu'une bonne l'avait séduit et rendu père, entra dans le port de New York sur le bateau déjà plus lent, la statue de la Liberté, qu'il observait depuis longtemps, lui apparut dans un sursaut de lumière. On eût dit que le bras qui brandissait l'épée s'était levé à l'instant même, et l'air libre soufflait autour de ce grand corps...
Résumé : "Les textes narratifs de Kafka sont de longueur très inégale ; certains ont quelques lignes seulement. Fallait-il nous imposer une limite et rejeter en notes comme miettes inutilisables les passages trop courts ? La moindre réflexion montrait qu'il était impossible d'agir de la sorte. Le fragment est, pour Kafka, un mode d'expression qu'il convient de respecter. Il existe d'ailleurs différentes sortes de fragments : les uns - les plus nombreux - sont simplement des ébauches qui n'ont pas abouti. D'autres sont plutôt l'esquisse d'un récit à venir. D'autres encore contiennent en peu de mots un aperçu qui se suffit à lui-même. Tel texte que l'on dirait fragmentaire était peut-être achevé. Tel autre, que l'on croirait achevé (nous pensons, par exemple, aux petits textes de jeunesse, intitulés "Robes" ou "Les arbres"), est seulement un lambeau détaché d'un récit plus long et lui-même resté en suspens. Les grands récits de Kafka sont aujourd'hui connus de tout le monde. Il faut maintenant découvrir, à l'intérieur de cette ouvre qui n'a rien d'un champ de ruines, dans le moindre morceau de phrase, le témoignage d'une imagination inépuisable".
- Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc ici un château ? - Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est le château de M. le Comte Westwest. - Il faut avoir une autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit. - Il faut avoir une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda, comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients : - A moins qu'on ne puisse s'en passer ?...
En 1928, Détective, lancé par Gallimard avec l'aide des frères Kessel, prétend être le premier hebdomadaire de faits divers, à la fois journal et magazine : chaque jeudi, la petite fabrique de crimes alimente les kiosques de ses numéros sanglants pour des lecteurs venus chercher leur dose d'énigme et d'horreur. Ses photographies impressionnent, ses reportages passionnent, ses signatures prestigieuses (Carco, Mac Orlan, Kessel) attirent. Détective devient l'atelier où se forge une certaine vision de la France criminelle des années trente et où certaines affaires emblématiques (les soeurs Papin, la parricide Violette Nozière, Stavisky) sont exposées au public. Véritable succès de vente pour les éditions Gallimard mais aussi cible numéro 1 des critiques qui condamnent son immoralité et son manque de fiabilité, le journal ne laisse pas indifférent. Mais que connaît-on vraiment de son histoire ? Comment expliquer une telle réussite ? C'est cette composition savante - d'enquêtes rigoureuses et de "bidonnages" de l'information, de combats journalistiques et de recettes sensationnalistes -, que cet ouvrage se propose de redécouvrir.
Concernant ma modeste rubrique cinématographique, de nombreux lecteurs m'écrivent. Le dépouillement de ce courrier me tient lieu chaque matin de douche écossaise. Quel dommage, en vérité, que l'on ne puisse plaire à tout le monde ! Enfin... renonçant à faire, pour ou contre moi, l'unanimité, j'évolue tant bien que mal entre les envois de fleurs et les plus agressifs torpillages. On a beau s'y faire, il n'empêche que les fervents du Septième Art ont parfois la dent dure. Exception faite de vibrants (je n'ose écrire pertinents) hommages relatifs à ma clairvoyance et à mon objectivité en matière de pellicule, je me fais quotidiennement traiter de "rebutant crétin", "démolisseur obtus", "analphabète prétentieux", tandis que les épithètes "vendu" et "refoulé" (sic), sont monnaie courante. Certain correspondant (signant illisible et demeurant rue des Pyramides, Paris 2e) devrait toutefois se renseigner quant à ma date de naissance avant de me traiter péremptoirement de "vieux c..." comme il l'a fait dans une récente missive. Je ne discute pas l'épithète, mais je conteste l'adjectif." Michel Audiard, L'Etoile du Soir, "Courrier-spécial", 17-18 août 1946. 1946, le jeune Michel Audiard, âgé de vingt-six ans, reprend son métier de journaliste. Dans L'Etoile du Soir, privé de carte de presse pour avoir écrit dans des journaux collaborationnistes, il multiplie les reportages qu'il signe de divers pseudonymes. Sous celui de Jacques Potier, il tient la rubrique cinématographique où il bénéficie d'une totale liberté de ton pour fustiger la prolifération des films sur la Résistance ou le rôle de Jean Gabin dans L'Imposteur, pour encenser Citizen Kane et les nouveaux films de Billy Wilder, John Ford, Robert Siodmak, Leo McCarey ou Walt Disney, pour railler le jeu de Pierre Blanchar, acteur, metteur en scène et épurateur zélé, lui préférant Pierre Fresnay, Michel Simon, Paul Meurisse ou Michèle Morgan "dont l'Amérique n'est pas parvenue à sophistiquer les yeux de petite fille triste". Celui qui deviendra l'un des plus célèbres dialoguistes français est alors l'une des plumes les plus acérées de la critique cinématographique française qui poursuit à Cinévie sa défense d'un cinéma exigeant contre les choix des spectateurs dont le "mauvais goût est élevé à la hauteur d'un sacerdoce".
Claude Mesplède et son équipe proposent une édition revue, mise à jour et augmentée. Amoureux des dictionnaires, Daniel Pennac dit dans sa préface l'extrême importance de cette édition : "Si les littératures policières décrivent le monde et l'individu tels qu'ils ne vont pas, Le Mesplède, lui, décrit le monde des littératures policières tel qu'il va et où qu'il aille. Ce ne sont pas seulement des auteurs, des titres, des personnages, ou des thèmes qui sontrépertoriés ici, mais tout ce qui constitue la vie même autour de ces romans et de ces nouvelles : leurs collections, leurs séries, leurs maisons d'édition, leurs librairies, leurs fanzines, leurs historiens, leurs dessinateurs, leurs films, leurs festivals, leurs prix locaux et internationaux⦠Oui, c'est bien Le Mesplède que j'emporterais sur une île déserte ; ce dictionnaire si minutieusement achevé est un roman sans fin".