Que sait-on des écritures dramatiques contemporaines de Biélorussie ou des questionnements qui traversent les oeuvres des jeunes auteurs biélorussianophones et russophones de ce pays ? Dans ce panorama, inédit en son genre, où neuf auteurs nous parlent de la société biélorussienne post-soviétique qu'ils voudraient voir entrer en scène, c'en est fini des jeunes filles courant au ralenti dans les champs de blé vers l'avenir radieux, coiffées d'une couronne de fleurs dans leurs habits blancs brodés de rouge. Point de paysans assujettis ne rêvant jamais d'émancipation sociale ou de héros positifs se sacrifiant pour la collectivité au son de L'Internationale. Finies aussi la langue policée ou les images d'Epinal sur les vertus des sociétés " propres " et bien ordonnées. Désormais, le sexe existe, l'absurdité des rapports sociaux suscite un rire salvateur, le harcèlement moral est enfin dénoncé, les violences physiques sont transcendées en ballets classiques, la jeunesse urbanisée entretient un rapport délirant avec la cueillette des pommes, les personnages en costumes expriment leur malaise devant les plats de champignons qu'on leur sert et c'est à se demander si les moissons ne vont pas finir par se pratiquer en hiver. Dans l'attente, le jeune théâtre biélorussien post-soviétique semble s'être enfin emparé du réel, montrant que ses auteurs ne se posent pas tant des problèmes d'identité que d'humanité.
Voici un livre courageux, élégant et érudit. Au-delà du rapport du Coran à la femme qu'on retrouve le long du texte, au-delà de la représentation islamique finement décrite d'un corps féminin diabolisé ainsi que du statut quasi servile de la femme, le livre aborde des questions taboues, se rapportant à l'institution des "mères des croyants". Il en dévoile les non-dits en décryptant le texte sacré selon une démarche nourrie par les sources les plus autorisées. Comme le souligne l'introduction "le thème profond de ce livre est la contestation féminine à la naissance de l'islam et la façon dont les textes religieux, Coran et Sunna, l'ont étouffée et ligotée, en un mot enchaînée". Mohammed Ennaji "n'a pas froid aux yeux" dans son approche du sacré, l'expression est de Régis Debray dans sa préface à un autre titre du même auteur. Elle se vérifie à nouveau dans "Le corps enchaîné".
Un moment peu connu de la vie de Picasso. Un tournant dans son oeuvre. Déconcerté par l'art nouveau, victime de la drogue, le peintre allemand Wiegels (celui dont Mac Orlan ferait le héros de Quai des Brumes) se pendit dans son atelier de Montmartre, en 1908. Picasso, qui entretenait un rapport ambigu avec le jeune peintre homosexuel, fut durablement déstabilisé par sa fin tragique. Sa dépression s'accompagna d'une rupture dans son mode de vie et dans son premier style pictural, même si nombre de personnages de son oeuvre (les Arlequins) resteront "wiegelsiens". En même temps qu'elle s'attache au folklore et aux rapins de la Butte à la Belle Epoque, l'étude éclaire "l'homosexualité secrète" de Picasso, selon l'expression de Cocteau. Cette homophilie éclate parfois dans ses toiles et explique le caractère sado-masochiste larvé de certaines de ses amitiés, sa misogynie, son homophobie — exorcisme de protection.
Etat paria de la Corne de l'Afrique, l'Erythrée est aussi un pays superbe, de la mer jusqu'au ciel, de la côte de la mer Rouge aux hauts plateaux du centre. Héritier de l'Empire axoumite, marqué par la colonisation italienne, le pays est également riche en trésors architecturaux aux accents mauresques, Art déco, futuristes et modernistes. Asmara, perchée à 2 300 m d'altitude, ne serait-elle pas la «capitale du style en Afrique» ? Terre d'aventure depuis l'Egypte ancienne, parcourue par Rimbaud, Buzzati, Monfreid, Pratt, Waugh et Malaparte, le temps semble aujourd'hui s'y être arrêté. De vieux Erythréens évoquent toujours l'âge d'or des années 1930, tandis que les jeunes, fuyant chaque mois l'Etat prédateur par milliers, oscillent entre résignation et espoir d'ailleurs. Cet ouvrage est le premier livre de photographies sur l'Erythrée en français. Ses chapitres sur l'histoire, la culture, la société et la politique éclairent ce pays oublié, entre splendeur et isolement.