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Esquisse d'un pendu
Jullien Michel
VERDIER
16,00 €
Épuisé
EAN :9782864327097
La Machine n'est qu'ossature, rien mieux qu'un emboîtage architectural éviscéré, cubique, sans complexité de construction. C'est une pile creuse faite de niveaux amoncelés sur un empierrement mastoc, à répétition d'étages, une cage vide, libre au vent, des parois criblées de fenêtres sans vitres et protection. Sa fonction fut d'exposer, de magasiner, de remiser à la vue dans une série de casiers verticaux des rufians, des ribauds, des malandrins et malfrats trépassés, de les montrer pendus, à tous, au plus grand nombre - dans l'avant-goût des grands cinémas -, non pas d'exécuter. Érigée pour cela, réparée quand il le fallait, rafistolée au plus bas des finances, remise à neuf quand les caisses de France le permettaient, dressée pour sa fonction sur une éminence, un tertre gypseux, cinq siècles durant, du douzième au dix-septième, la Machine servit les grandes démonstrations morbides. Et pendant cinq siècles, quand chacun l'eut sous l'oeil, en attraction, aux barrières de Paris, il semble qu'une lassitude spectaculaire ait fini par la banaliser au point que très peu de témoins la signalent dans la durée, comme si, au bout du compte, a contrario de sa démonstration pédagogique, chacun l'ayant connue, personne ne l'ait vue et retenue. Peu représentée, sinon deux fois par Jean Fouquet dans des versions distinctes, dite par Villon. Peu peinte et peu citée dans la période. Il fallut que cette folie de pierrasses fût désaffectée, qu'elle finisse par s'abattre toute seule, se désagrège, qu'elle disparaisse tout à fait de sa piètre motte pour que les romantiques s'en entichent bien après, lui reconnaissent un charme, que renaisse la légende, les annales, la fantasmagorie de Montfaucon.S'appuyant sur les «Comptes et ordinaires de la prévôté de Paris» d'Henri Sauvai, un jeune historien de la monarchie de Juillet, Arthur Nouail de Lavillegille, en fournit la plus juste description dans une brochure inaperçue, saluée des érudits, résumée à parution, en 1836, par un chroniqueur d'alors, monsieur Saint, dans le Journal de l'Institut historique, cinq ans après que Victor Hugo eut composé le «Mariage de Quasimodo», l'épilogue de son roman parisien. Pour d'autres visées - compilation de génie civil -, l'opuscule servit encore Viollet-le-Duc, duquel il puisa l'essentiel de la trame afin de mettre au point, à la lettre F, entre «Four» et «Frise» de son Dictionnaire de l'architecture, l'entrée «Fourches patibulaires». Le livret primitif d'Arthur de Lavillegille sera honnêtement pillé par un certain Firmin Maillard en 1863, huit ans avant la Commune, lequel en tira une plaquette consacrée à la Machine, espèce de Who's Who des vieux pendus de Montfaucon.Fourche, de furca - poteau, amarrage, étançon, etc. Patibulum désigne la transversale de la croix où supplicier. Par suite, par amalgame, glissement, la mine des suspendus, bel et bien trépassés, s'arrogea à elle seule le nom du tronçon mis en support dans l'équation des pendaisons puis, de là, le sinistre minois des pendus affichés, après nouvelle dérive de langue, servit à désigner le louche chez de certains mauvais visages, vivants, rencontrés, frôlés à portée d'épaule, prêts à un mauvais coup. Les deux mots accolés, fourche, patibulaire, ne sont rien de plus que le raccordement de trois traverses, deux verticales, une horizontale, une construction primaire et simplissime.
Résumé : Deux alpinistes autrichiens tentent l'ascension du mont Blanc. Rattrapée par la tempête, gagnée d'incertitudes, la cordée se sépare. L'un d'eux entreprend alors une longue et pitoyable descente par les glaciers de la face nord. Durant ce temps dans la vallée, aisément installés à l'hôtel, des touristes ont braqué la grande lunette télescopique sur le spectacle de cet homme éperdu ; ils vont suivre son lamentable cheminement le long des pentes piégeuses, certains allant jusqu'à parier sur son sort... vu d'un cercle. Pour cruel qu'il soit, ce récit joue de tendresse et d'humour, comme les douze autres qui composent ce recueil, pudiques, d'une délicate âpreté. L'affection singulière de Michel Jullien pour chaque personnage, chaque vie, sa généreuse observation des gestes qui disent au plus près les caractères, son comique de velours, nous révèlent des destins aussi modestes qu'émouvants.
Résumé : Quelque part en Amérique du Sud, un pèlerinage en terrain équatorial. Chacun a son voeu, griffonné sur un bout de papier, et va cheminer sur des kilomètres jusqu'au terme de la procession où se campe une madone miraculeuse. Ils sont des milliers. La longue route de dévotion est parcourue d'une corde que l'on doit tenir d'une main sans jamais lâcher. Tomber, perdre la corde, s'en dessaisir ne serait-ce qu'une fraction de seconde, c'est voir son voeu brisé, remis d'un an. Deux étudiantes, Andrea et sa soeur Ezia, vont se mêler au ruban des pèlerins, prendre la corde, être des grandes bousculades. L'écriture baroque et intense de Michel Jullien nous porte, par une suite de plans larges et rapprochés, au coeur même de cette procession, dont il s'inspire librement, dans une espèce d'exotisme à rebours où se mélangent l'humour et la brutalité, l'outrance des foules et la tendresse qu'il nourrit pour ses deux personnages.
Qu'elle s'exalte dans la gloire ou se dissolve dans la déchéance, la dignité humaine ne va pas sans une part d'absurde, d'ironie saugrenue, de dérision subsidiaire. C'est ce que relève Bernanos lorsqu'il affirme que " le ridicule n'est jamais très éloigné du sublime ". Dans une suite de tableaux aussi tendres que cruels, Michel Jullien décline cette loi en l'appliquant à une galerie de héros des siècles passés. Hommes, femmes, enfants, animaux se débattent sous nos yeux, en plein risible, lorsque vacille leur destin, quand s'interrompt pour eux l'agitation vaine du monde. Ovide chez les Barbares, Sarah Bernhardt amputée face à Roald Amundsen conquérant du pôle Sud, l'éléphant neurasthénique de Léon X enfermé au Vatican, un condamné devenu appât des sauvages sur la route des Indes, l'athlète Astylos de Crotone voué à l'anathème par ses concitoyens... toute une humanité qui, face à l'adversité du monde - guerre, racisme, ostracisme, exil, maladie - ou en quête de prodiges dérisoires ou admirables, tantôt s'effondre, s'efface ou enchérit, tantôt consent à sa condition.
À travers une suite de quinze textes courts, Michel Jullien propose une quête du toucher, il évoque le souvenir de sensations issues de l'enfance, communément partagées et souvent oubliées. Comme tempo, il est donné que l'ennui fut un apprentissage inéluctable avec lequel l'enfant devait compter. Pour mieux y faire face, afin de le tromper, de contrecarrer l'attente, il crée un univers clos dans lequel s'établissent des connivences particulières, des "compagnies tactiles" : avec un aimant, un vélo, une clarinette démontée, une machine à écrire, une bougie de voiture, l'algue, la figue... Autant de variations sur les fétiches qui ont sa faveur. Avec eux, il construit des conversations hésitantes, menées à voix basse, des dialogues intimes, des modulations sensuelles. Ces objets, ces matières formant des mondes aimés, sont à ce point disséqués que les quinze pièces introspectives constituant ce recueil - qui n'est pas sans rappeler la manière de Ponge - finissent par former elles-mêmes des objets palpables : à son tour la lecture devient tactile.
Car nous sommes dans un temps où les vents soulevés charrient de la poussière des confins du désert, car nous sommes dans des villes où nos pas hésitants arpentent nos faillites, détaillent nos abandons, où nos regards brouillés par le sable d'Afrique semé par les grands vents ne discernent plus rien du chemin à tracer, des directions à prendre, car nous sommes en passe de devenir fantômes, frères de déréliction de ceux à qui hier nous tendions des aumônes, fantômes vivants pourtant, tributaires de nos tripes, de nos muscles, de nos désirs éteints, nos regrets murmurés, suspendus aux rumeurs nous n'avons plus de lieux où poser nos fardeaux." M. R. Nous avons souhaité accompagner la publication posthume du dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes, Eclats de l'année deux mille quinze, d'un ensemble de textes d'écrivains que nous savons particulièrement sensibles à son oeuvre. Mathieu Riboulet est né en 1960 dans la région parisienne. Après des études de cinéma et de lettres, il a réalisé des films de fiction et des documentaires avant de se consacrer à l'écriture. Il est mort à Bordeaux le 5 février 2018. Suivi de A contretemps, décidément de Mathieu Riboulet.
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu'ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs. Car ce monde en lambeaux, il s'agit malgré tout de l'habiter, de s'y vêtir et d'y trouver des raisons d'espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.
Bashõ est l'une des figures majeures de la poésie classique japonaise. Par la force de son oeuvre, il a imposé dans sa forme l'art du haiku, mais il en a surtout défini la manière, l'esprit : légèreté, recherche de la simplicité et du détachement vont de pair avec une extrême attention à la nature. Le haiku naît donc au bord du vide, de cette intuition soudaine, qui illumine le poème, c'est l'instant révélé dans sa pureté.La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement vouée à la poésie. Agé de treize ans, il apprend auprès d'un maître du haikai les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l'actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l'habit de moine, et s'installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashõ, offert par l'un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d'amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haiku à ses disciples éplorés, il cesse de s'alimenter, brûle de l'encens, dicte son testament, demande à ses élèves d'écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashõ.
Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.Notes Biographiques : Née en 1974 en banlieue parisienne, Anne Pauly vit et travaille à Paris. Avant que j'oublie est son premier roman.