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De l'expérience poétique
Jackson John E.
BRUIT DU TEMPS
22,00 €
Épuisé
EAN :9782358731867
Depuis le jour où, adolescent, il a été saisi par un sonnet de Baudelaire, John E. Jackson n'a cessé de s'interroger sur ce qu'est la poésie dans l'espoir d'en dégager les qualités distinctives chez des écrivains que tout oppose a priori. Qu'y a-t-il en effet de commun, notre émotion de lecteur mise à part, entre les chansons du troubadour Jaufré Rudel et le minimalisme inquiet d'un Samuel Beckett ? entre François Villon, celui de la "ballade pour prier Nostre-Dame" , et un Paul Celan qui, écrivant après Auschwitz, profère une sorte de louange à Personne ? et même entre Sapho et Labé, Ronsard et Rückert, Racine et Goethe, Hölderlin et Dante, Eliot, Apollinaire, Shakespeare, Bonnefoy ou Mallarmé ? Aussi familier que Jackson soit de cette constellation de poètes, l'énigme foncière de la poésie lui résiste ; elle mérite néanmoins qu'il y ait consacré le gros de ses efforts d'interprète, ne serait-ce que pour reconnaître l'énormité de la dette affective contractée auprès de ces oeuvres qui l'ont accompagné toute sa vie. Dans les différents chapitres de ce nouvel essai, Jackson appréhende plusieurs facettes du mystère. Dans le premier, intitulé "Musiques du sens" , il fait l'hypothèse que la musique des mots prend le relais de notre désir de compréhension frustré "en instituant des modes de signification qui révèlent des dimensions allusives ou imageantes du langage que la parole ordinaire a tendance à recouvrir ou à masquer" . Dans un deuxième chapitre, convaincu qu'un poète est avant tout une voix, il s'efforce de la définir : "elle n'est pas, ou pas seulement, une façon de parler, elle est l'accent particulier qu'une dimension presque insaisissable donne à cette façon, une modulation qui fait frémir les mots mais sans se laisser réduire à eux" . Il constate ensuite que la poésie, aussi bien médiévale que moderne, a toujours eu besoin des dieux, et se penche sur les raisons de ce nécessaire souci de la transcendance avant d'aborder la question difficile de la réalité que le poème est en mesure de cerner. Bien loin d'être un pur miroir de la psyché de son auteur, la poésie se nourrit pour lui "d'une ambition ontologique qu'il convient d'analyser même si c'est pour reconnaître en elle le caractère inachevable d'une dialectique de l'objectif et du subjectif" . Cet essai vaut par aussi pour l'émouvante profession de foi critique à laquelle Jackson se livre in fine ; cet art de la lecture qu'il défend exige précision et respect de la parole du poète : "Ce qu'il importe de se rappeler quand on cherche à interpréter de la poésie, c'est que celle-ci, quand elle est authentique, n'est jamais que la recherche d'une réalité ou d'une vérité dont son auteur dispose d'autant moins qu'il n'a, précisément, que son poème pour la chercher lui-même. ''La réalité, écrivait Paul Celan, n'est pas. La réalité demande à être cherchée et conquise. '' L'acte de l'interprétation ne peut être, au mieux, qu'une tentative seconde".
Les neuf essais qu'on trouvera réunis ici tournent tous, de façon plus ou moins explicite, autour d'une même notion, d'un même phénomène, le phénomène de l'Autre. Cet Autre, c'est Rimbaud qui, le premier, l'a désigné, en affirmant dans sa lettre à Paul Demeny "car JE est un autre". A travers cette formule, qui a fait fortune, se trouve affirmée une structure qui est devenue constitutive, selon nous, de la modernité poétique. Celle-ci commence avec ce geste qui rompt l'unité indentificatoire du sujet lyrique et avec ce sujet l'unité de l'être du monde qu'il se donnait pour objet. Ainsi naît une fracture, qui ouvre à son tour un espace de métamorphoses. Inversement, cet ébranlement, dont Rimbaud est l'index, permet de déchiffrer autrement la poésie qui a précédé. De Nerval à Jacques Dupin, les chapitres de ce livre cherchent à se mettre à l'écoute de quelques-unes des oeuvres poétiques qui ont surgi de la libération ainsi proclamée, même si cette liberté n'a cessé d'avoir pour contrepartie une conscience souvent tragique des conséquences qui en découlaient.
Dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Hans Sachs expose à son protégé ses conceptions : le travail du poète est de fixer et de comprendre sa rêverie. Non seulement les rêves révèlent le plus profond espoir du rêveur, mais encore toute poésie, toute écriture poétique se résout, en dernière analyse, à clarifier le rêve ou sa vérité. Ce lien entre oeuvre et rêve, qui nous semble maintenant aller de soi, n'a émergé en fait qu'avec le renversement romantique dont Rousseau fut le prophète. L'intériorité subjective devient le nouvel horizon poétique. Cette intériorité va reconnaître tout ensemble le rêve, comme l'une de ses dimensions, et le négatif. Le négatif étant à la fois ce que la conscience se découvre ne pas être et la destruction des certitudes diurnes dont le sujet se croyait le détenteur. Le négatif est donc une épreuve, une ordalie de la subjectivité. Cette problématique définit un des aspects essentiels du lyrisme européen. A travers elle, J. E. Jackson éclaire d'un jour nouveau Nerval, Jean-Paul, Rimbaud, Laforgue, Baudelaire, Wagner et Proust notamment.
Qui es-tu que j'appelle ? Quand je penche mes lèvres pour boire à la source de ton ombre, le passé se trouble et tu disparaîs dans la transparence de l'eau qui n'est plus que matière froide glissant pour un baptême de néant.
Professeur de littérature américaine, traducteur et essayiste, Marc Amfreville est l'auteur de Charles Brockden Brown. La part du doute (Belin, 2000), Herman Melville, Pierre or the Ambiguities. L'ombre portée (Ellipses, 2003), et Ecrits en souffrance (Michel Houdiard, 2009). En 2006, il a reçu le prix Maurice Edgar Coindreau pour sa traduction du livre de Monique Truong, Le Livre du sel, Rivages, 2005.
C'était le paysage humain qui l'émouvait. II semble que la Beauté, pour toucher les sens de Flush, dût être condensée d'abord, puis insufflée, poudre verte ou violette, par une seringue céleste, dans les profondeurs veloutées de ses narines; et son extase, alors, ne s'exprimait pas en mots, mais en silencieuse adoration. Où Mrs. Browning voyait, Flush sentait; il flairait quand elle eût écrit. "Virginia Woolf, Flush, une biographie,1933."
Nouvelle édition établie et présentée ("Je ne mourrai pas tout entier") par Luba Jurgenson. Traduction du russe par Nina Berberova et Mina Journot. révisée et complétée par Luba Jurgenson. Enfin publié ici dans son intégralité pour la première fois au monde et sous son titre original, Voyage au pays des Ze-Ka est l'un des plus bouleversants témoignages jamais écrits sur le Goulag. Le livre était paru en France en 1949 sous le titre La Condition inhumaine, bien avant les chefs-d'oeuvre de Soljenitsyne et de Chalamov. Cet hallucinant récit de cinq années passées dans les camps soviétiques ne le cède en rien à ceux de ses célèbres successeurs, ni pour la qualité littéraire, ni pour l'acuité de pensée et la hauteur de vue avec lesquelles l'auteur s'efforce de donner un sens à son expérience, aux limites de l'humain.
Publié en 1924 et traduit en français dès l'année suivante, Route des Indes est le dernier et le plus complexe des romans de Forster. La tentative de relier deux mondes que tout oppose, déjà au coeur de ses livres antérieurs, y acquiert une tout autre dimension, confrontant cette fois la réalité infiniment confuse et mystérieuse, insaisissable, de l'Inde à l'orgueil et aux préjugés britanniques. Le roman est ici suivi d'Au fil de l'Inde, recueil d'articles écrits par Forster à la suite de ses voyages, en 1914 et 1923, et réunis par lui sous ce titre en 1936.