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Warda
Ibrahim Sonallah
ACTES SUD
24,30 €
Épuisé
EAN :9782742739370
Le Caire, septembre 1992 Dès lors que j?ai décidé de faire ce voyage, j?ai cessé de la voir en rêve. Jusqu?à ce jour, elle hantait mon sommeil. Je la voyais toujours au milieu d?une foule de gens couchés sur des sofas, comme dans les tableaux romains, ou comme au paradis. Nous étions dans une salle très vaste, ou sur le pont d?un navire. A chaque fois, elle se tournait vers moi avec un regard mystérieux, à la fois interrogateur, complice et séducteur. Je me rapprochais d?elle, étonné de son consentement, jusqu?à la côtoyer. Elle m?encourageait d?un sourire discret. J?approchais davantage, je la touchais, plaquais une jambe contre la sienne. Alors, me faisant face de tout son corps, indifférente aux gens autour de nous, elle m?attirait à elle; je sentais contre mon corps tendu chaque courbe et chaque repli caché de son corps. Tandis que je jetais des regards furtifs vers les autres, de peur qu?on ne remarque notre manège, mon plaisir montait en puissance, mais avant qu?il n?atteigne son terme, la scène changeait brutalement. De rares fois seulement, mon émotion était si forte qu?elle emportait tous les barrages et me laissait, au réveil qui venait aussitôt après, trempé, enflammé, comblé. Cette vision d?elle, toujours forte, extraordinairement claire et marquante, me poursuivait bien au-delà du réveil; je restais alors sous l?effet de sa présence active, ayant perdu tout sens du réel, incapable de distinguer entre le rêve et la réalité, un moment en proie à l?illusion que je pourrais retrouver le souvenir de quelque chose qui était vraiment arrivé. Et je m?émerveillais des circonstances qui voulaient que ce fût elle qui remonte à la surface de tous les événements et de toutes les femmes de ma vie depuis la dernière fois où je l?avais vue, il y a plus de trente ans, alors que je ne l?avais jamais connue de près et que notre relation n?avait jamais pris la tournure intime qu?elle avait dans le rêve. Pourquoi avait-elle choisi, ou plutôt pourquoi avais-je choisi, moi, ce moment précis pour qu?elle apparaisse avec cette force et cette soudaineté, ce moment où j?entrais à grands pas dans la sixième, et peut-être dernière, décennie de ma vie? Mascate, septembre 1992 ? Mets la ceinture, mon vieux, sinon on est foutus, dit Fathi en bouclant la sienne. Ici, c?est pas comme chez nous, ils ne rigolent pas avec le code de la route. Ce n?est plus chez nous, avais-je envie de lui dire, mais je me suis abstenu, pour nous éviter une vaine discussion politique. Tandis qu?il quittait le parking de l?aéroport, je me suis soumis. Je dus m?y reprendre à deux ou trois fois pour boucler la ceinture, m?attirant une réflexion moqueuse de Fathi. Un peu plus âgé que moi, plus gros, plus gai aussi, il fredonnait sans arrêt toutes sortes de mélodies: musique arabe, classiques européens, opéras, ou des airs de sa composition ? c?est son métier. Il était en chemise à manches courtes; à côté de lui, avec tous mes vêtements, j?avais une drôle d?allure. Je voulus ôter ma veste, mais il m?arrêta: ? Garde-la, la voiture est climatisée. ? Je ne m?attendais pas à cette chaleur. Je n?ai pris que des vêtements d?hiver. ? Ce n?est pas un problème. Demain on ira t?acheter tout ce qu?il te faut. Il conduisait sa voiture japonaise sur une chaussée lisse comme la soie, éclairée par des réverbères, vierge de toute trace de vie, parsemée de gendarmes couchés où il ralentissait et braquait légèrement pour les franchir à l?angle adéquat, exactement comme il faut. Après plusieurs ronds-points, l?espace de part et d?autre de la route commença à se remplir de maisons d?habitation, la plupart d?un seul étage. ? Souviens-toi toujours de cette route, c?est la principale. Avenue Qabous. C?est la plus longue du pays, elle finit au port. Le port Qabous. Peu après, il ajouta: Maintenant, on va passer devant Qabous City, à droite. ? Tout porte son nom? ? Exactement comme chez nous. Mais lui, il le mérite. Ce pays n?était rien avant qu?il ne prenne le pouvoir. Bien qu?il y eût très peu de circulation, il conduisait prudemment, au contraire de son habitude au Caire autrefois. Il s?arrêta même à un feu rouge alors que nous étions la seule voiture de part et d?autre du carrefour et qu?on ne voyait pas l?ombre d?un piéton. Tout s?expliqua quand une voiture de police apparut à côté de la nôtre. ? Si tu veux conduire ici, il te faut un nouveau permis, et l?examen est sérieux, me dit-il en redémarrant. Ils ne reconnaissent pas le permis égyptien. ? J?ai un permis international. ? Inutile. Il faut le permis omanais. Ils savent comment on obtient le permis chez nous. Il se mit à fredonner le dernier tube de Cheb Khaled, puis s?arrêta un instant pour me dire: ? Ça ne m?étonne pas que tu aies attendu ton visa des mois, c?est courant. L?étonnant, c?est qu?ils aient fini par te le donner. Il n?y a pas vraiment de quoi s?étonner. Beaucoup d?eau a coulé sous les ponts, depuis longtemps. Après avoir longé des masses sombres, nous sommes arrivés dans un quartier de construction récente, bien éclairé et ordonné, à l?entrée duquel s?élevait l?inévitable Sheraton. ? On est arrivés. Des voitures sont alignées de part et d?autre de rues tranquilles, bordées de vitrines éclairées regorgeant d?appareils électriques, de vêtements, de lunettes, de jouets. Il a fallu tourner longtemps avant de trouver une place. Je me libère de ma ceinture. Il m?aide à sortir mon sac de voyage du coffre, me demande de patienter une seconde, le temps de mettre en route l?alarme. ? Il y a beaucoup de voleurs? ? Rares sont ceux qui s?y risquent. La police est implacable. Il suffit d?être soupçonné de vol pour se faire expulser. ? Où? ? Dans ton pays. Un Omanais ne peut pas voler, il n?en a pas besoin. Le voleur est donc forcément un travailleur étranger. Indien, pakistanais, philippin. Ce sont eux qui font les boulots mal payés. Nous parcourons plusieurs rues à pied, tenant chacun le sac par une poignée, avant d?arriver au seuil d?un immeuble neuf de quatre étages, dont le rez-de-chaussée est occupé par un bureau de fret. L?ascenseur nous laisse au troisième. ? Chafika dort depuis deux heures, dit-il en sortant une clé de sa poche. Il ouvre sans bruit. Nous traversons une petite pièce meublée d?une grande table, pour gagner un salon éclairé où trône un grand meuble de rangement contenant quelques livres, des bibelots et une énorme télévision. Je me jette sur un fauteuil tandis qu?il allume la télévision avec la télécommande. Le portrait du sultan Qabous apparaît derrière le présentateur du dernier journal télévisé. Une rose rouge qui porte le nom du sultan a été présentée dans une exposition florale quelque part en Europe. Je retiens Fathi qui veut changer de chaîne. Le présentateur retrace l?histoire de la rose: créée par une association hollandaise après deux ans de travail et d?expériences, elle se distingue par sa couleur éclatante, son parfum suave et sa longue tige? Baptisée Qabous en hommage à la contribution personnelle de l?illustre sultan au développement des relations internationales, la rose, qui portera à jamais son nom, lui a été remise à l?occasion des fêtes du vingtième anniversaire du sultanat.
Sonallah Ibrahim ; Fourcade Jean-François ; Mardam
Nouvelle édition. Dans la chaleur torride de l'été, le narrateur prend le train du Caire à Assouan. C'est l'époque glorieuse du Haut-Barrage édifié par Nasser. Les maîtres de la Technique transforment la nature comme le sculpteur métamorphose le marbre. Mais l'irrépressible vocation de l'Egypte à la démesure du monumental confirme la bureaucratie dans sa pesanteur... et la police dans sa suspicion. Ce roman puissant tire sa beauté et sa complexité du bouleversement des entrailles d'une Egypte qui se veut à la hauteur de son éternité.
Résumé : En 1973, Choukry prépare une thèse de doctorat à Moscou. Boursier du gouvernement égyptien dans le cadre des échanges culturels avec l'Union soviétique, il réside à la Maison des étudiants étrangers. Reclus dans ce lieu, ruminant sa solitude et ses frustrations sexuelles, il observe son petit monde en voyeur, n'ayant pu nouer aucune relation humaine en dehors de la résidence internationale. Écrit à sa manière directe et économe par un communiste convaincu, connu pour son opposition à toutes les dérives libérales en Égypte et dans le monde, Le Gel est probablement le premier récit en langue arabe à dénoncer vigoureusement le "socialisme réel", naguère adulé.
Un universitaire égyptien, professeur d'histoire comparée, est invité par un collègue et compatriote émigré aux Etats-Unis à enseigner pendant un semestre à San Francisco. Nous sommes à l'automne 1998, au moment où le président Clinton s'embourbe dans l'affaire Monica Lewinsky. Le roman s'ouvre sur ses premiers pas, timides et maladroits, dans l'univers hyper-réglé, qui lui est totalement étranger, de l'Amérique contemporaine. L'histoire se refermera sur la fin de son séminaire, quatre ou cinq mois plus tard. Au fil du récit, le lecteur comprend que le héros/narrateur a accepté cette invitation aux Etats-Unis pour échapper, ne fût-ce que pour quelques mois, à l'atmosphère de plus en plus étouffante de l'université du Caire, où ses travaux novateurs sur l'histoire islamique ont compromis sa carrière. Si Sonallah Ibrahim ne manque pas de conférer à ce roman la dimension sociologique ou politique dont toute son entreprise littéraire est profondément irriguée, Amrikanli, par-delà le thème de la confrontation de deux cultures et de deux mondes, se démarque quelque peu des ?uvres précédentes en raison de l'approche plus personnelle que l'écrivain propose de son protagoniste. Ce vieux célibataire, qui a l'Histoire pour seule véritable compagne et l'Egypte pour seul authentique ancrage, fait ici l'expérience radicale d'un déracinement tant individuel que philosophique. A la fois sobre et âpre, l'écriture de Sonallah Ibrahim sait à merveille faire entendre, dans l'assourdissant silence affectif où s'abîme son héros, les harmoniques douloureuses d'un intellectuel exigeant et lucide.
Des années de formation à la maturité, la fin des illusions d'une petite-bourgeoise égyptienne d'aujourd'hui qui se résigne à accepter le sort qu'elle partage avec des millions de ses compatriotes tandis que menacent les dérives islamistes.
Biographie de l'auteur Née en 1962, Yoko Ogawa a obtenu en 1988 le prix Kaien pour son premier roman, puis le prestigieux prix Akutagawa en 1991. Son oeuvre, traduite dans le monde entier, est publiée en France par Actes Sud.
L'agriculture biologique comme mode de production agricolereste peu ou mal connue des citoyens et fait toujours l'objet denombreuses approximations, tantôt positives, tantôt négatives.Chacun interprète le sujet à travers ses présupposés, sonenthousiasme ou ses réticences. C'est ainsi que se succèdentles affirmations encourageantes sur les bénéficesenvironnementaux ou sanitaires de la bio et les inquiétudes surses rendements plus faibles ou ses difficultés techniques.Passéistes pour les uns, pionniers pour les autres, lesagriculteurs biologiques sont sujets du débat, mais rarementconvoqués à la barre. L'ouvrage de Jacques Caplat combleainsi une lacune. A partir d'une connaissance intime de laréalité de l'agriculture biologique en tant que fils d'agriculteur,ancien conseiller agricole de terrain puis chargé de sondéveloppement à l'échelle nationale et européenne, JacquesCaplat explique les fondements et les pratiques concrètes del'agriculture biologique telle qu'elle a été définie et telle qu'elleest mise en oeuvre dans les champs. Il relate l'expérienced'hommes et de femmes, notamment dans les pays du Sud,pour qui la bio est une innovation stimulante et un espoir àlong terme. Clair et pédagogique, l'ouvrage s'adresse à toutconsommateur, curieux des enjeux réels autour du contenu deson assiette, comme à tout citoyen, soucieux de pouvoir sepositionner sur des débats de fond comme celui des OGM, del'adaptation de l'agriculture biologique aux réalités desterritoires en France et dans le monde, ou encore desproblématiques sanitaires associées à l'alimentation... Il donneainsi une vision transversale et globale de l'agriculturebiologique en reliant des sujets souvent considérés jusqu'àprésent de manière isolée et partielle.
Dvorák a cinquante et un ans lorsqu'il débarque sur le sol américain. Il est ébloui par le port de New York, sa rumeur, le brouhaha et les émanations musicales qui s'en élèvent çà et là. Nommé en 1892 à la tête du Conservatoire de la ville, il se passionne pour la musique du continent, ses mélodies et ses rythmes, puis se lance, l'année suivante, dans la composition d'une symphonie intégrant partiellement ces éléments. Aussi son oeuvre se colore-t-elle de thèmes inspirés de la musique noire ou indienne, mais également du folklore porté par les immigrants venant des quatre coins de l'Europe, le tout mêlé aux réminiscences de sa vieille Bohème. Certes, Dvorák n'est pas véritablement le pionnier de la musique américaine mais, par sa symphonie aux accents pluriculturels, il en cristalise l'esprit, lequel fera école chez Gershwin, Copland, Cage ou Bernstein... La Symphonie n°9 s'imposera vite comme le chef-d'oeuvre de son auteur et deviendra l'un des monuments de la littérature pour orchestre. Sous la baguette de Paul Daniel, l'ONBA offre une lecture lyrique d'un luxuriant "Nouveau Monde". Composée en 1878 dans un registre plus intimiste, la trop rare Sérénade en ré mineur complète l'enregistrement.
Chargé de l'enquête sur un assassinat commis à Édimbourg, Fin Macleod est envoyé sur son île natale de Lewis, en Écosse, quand un second cadavre apparemment exécuté selon le même modus operandi y est découvert. Persuadé que les deux affaires ne sont pas liées, Fin doit composer avec un décor et des gens qu'il a quittés dix-huit ans auparavant... Sur fond de traditions ancestrales d'une cruauté absolue, Peter May compose un roman palpitant parsemé de fausses pistes, de scènes glaçantes et de personnages aussi frustes que menaçants.Notes Biographiques : Né à Glasgow en 1951, Peter May habite dans le Sud de la France. Passionné par la Chine, il a été nommé membre honoraire de l'Association des écrivains de romans policiers à la section de Pékin. Il est notamment l'auteur d'une série publiée aux éditions du Rouergue qui met en scène le commissaire Li Yan et Margaret Campbell.
Faysal, Palestinien trentenaire, reçoit un mystérieux faire-part de décès. Mais qui est donc cette tante Rita ? Intrigué, il abandonne son amant et sa vie en Europe pour retourner à Jabalayn, son village natal. Dans le palais déserté de son enfance, il erre. Le passé resurgit, fastueux et lourd de secrets. Alors que plane la menace d'une annexion imminente, qu'une famille et un pays sont au crépuscule, l'esprit de Faysal bascule. Karim Kattan nous donne à lire un premier roman troublant, à la fois tendre et violent, qui explore les contradictions de l'engagement politique et de la mémoire. A l'ombre des amandiers en fleurs, se dévoile une Palestine devenue lieu de l'imaginaire, intime et insoumise.
Revue de presse Rabee Jaber est né en 1972 à Beyrouth. Aux Éditions Gallimard ont paru Berythus, une ville sous terre (2009) et Amerika (2013). Les Druzes de Belgrade a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du monde arabe, l'International Prize for Arabic Fiction.
Résumé : Tout commence par la mort d'une jeune femme, Salma, condamnée par ses proches à périr lentement, cruellement, dans le secret d'une cave obscure, accusée d'avoir souillé "l'honneur de la famille". L'événement a lieu dans un petit village à la terre basaltique et aride, dans le Sud de la Syrie, où la vie de tous les jours est réglée par de rigides traditions ancestrales. Une orpheline en manque d'amour et d'affection a été mariée encore adolescente à un homme fruste qui est aussitôt parti chercher fortune en Amérique latine, la livrant aux exactions d'une belle-mère dépravée et jalouse. Salma est alors séduite par un maître d'école, sincèrement amoureux, qui l'incite à fuir avec lui, mais elle finit par tomber dans les griffes de ses oncles, dévorés par le désir d'ascension sociale et qui mènent une vie dissolue sous des dehors rassurants.
À la fin du XIXe siècle, alors que l?Égypte de l?Empire Ottoman est sous dominationbritannique, un officier cairote nommé Mahmoud est envoyé à Siwa comme gouverneur pour y collecter les impôts. Son prédécesseur n?a pas survécu à la mission, les habitants de l?oasis affichant une violente défiance face au pouvoir en place. Mais Mahmoud n?a pas le choix: sans relations haut placées, impossible d?échapper à cette affectation dangereuse qui n?enchante finalement qu?une seule personne, Catherine, son épouse irlandaise. Passionnée d?archéologie, elle est fascinée par Alexandre le Grand dont elle veut retrouver la trace. Or, si sa théorie est exacte, c?est à Siwa qu?il a désiré se faire enterrer. Face à eux, une population scindée en deux communautés belliqueuses, les Gharbiyin et les Charqiyin, les accueille avec une froideur inquiétante. Si le cheikh Yahya tente de faire rayonner sa sagesse et ainsi éviter un nouveau conflit, le poids de la tradition peut en un instant faire exploser l?inhibition artificielle qui régit l?oasis. C?est alors qu?arrive Fiona, la soeur de Catherine, tombée gravement malade. À mesure que sasanté se dégrade, Mahmoud est pris d?un amour grandissant pour cette femme qui s?éteint sous ses yeux impuissants. Il n?arrivera pas à supporter indéfiniment l?obsession de son épouse pour Alexandre alors que Fiona s?apprête à mourir dans cette région hors du temps? C?est une société vacillante que décrit avec intensité Bahaa Taher. Un complexe jeu de forces structure ce roman qui agence avec rugosité la tradition et la passion, l?histoire et le politique. Dans sa légèreté, l?écriture parvient à rendre possible la fuite vers les inconsistants mirages que renferme cette oasis tragique.