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Critique N° 788-789, janvier-février 2013 : Georges Bataille, d'un monde à l'autre
Hollier Denis ; Didi-Huberman Georges ; Kunz Weste
MINUIT
14,50 €
Épuisé
EAN :9782707322791
Il y a cinquante ans mourait Georges Bataille. La France littéraire a discrètement célébré cet anniversaire. Parler de Bataille, il est vrai, n'a jamais été chose aisée. Pour relever ce défi, nous avons choisi le grand écart : entre la fin des années trente et le IIIe millénaire ; entre le cénacle du Collège de sociologie et le collège planétaire de ses lecteurs d'aujourd'hui. Premier volet, donc : le petit monde du Collège, monde éprouvette où la tragédie historique côtoie la farce d'une déroutante mondanité d'avant la catastrophe. Pierre-Antoine Fabre et Muriel Pic ont réuni des études portant sur Bataille et ses associés, Caillois et Leiris. S'y ajoutent les témoignages de Walter Benjamin et d'Edith Boissonnas, la seule femme qui ait assidûment suivi les réunions du Collège. La seconde partie de ce numéro s'ouvre au vaste monde. On y découvrira un Bataille "mondialisé" par les développements que sa pensée a trouvés au Japon et en Russie, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Italie - sans oublier la France.
Résumé : Le Collège de Sociologie aura été un groupe littéraire d'avant-garde. Un de plus, c'est vrai. Mais aussi le dernier de la série: il met un point final à l'entre-deux-guerres qui leur a été si complaisant. Lancées au moment de la désagrégation du Front populaire, ses activités, après avoir traversé la crise de Munich, se concluent avec la Seconde Guerre mondiale: elles auront duré deux ans, 19737-1939. De ce fait, un passage à la limite s'y effectue. Car non seulement Bataille, Caillois, Leiris, dans la meilleure tradition de l'avant-garde (Dada, le surréalisme), se groupent pour s'instituer en Collège. Mais ils ébranlent cette même tradition en agissant pour objet à leur réunion l'étude des réunions: un "collectif" sur le collectif. D'où la référence à la sociologie. Disant en clair ce qu'un siècle de littérature avait plus ou moins explicitement pressenti: si Dieu est mort, la société reste notre dernier devoir.
Résumé : Le Collège de Sociologie aura été un groupe littéraire d'avant-garde. Un de plus, c'est vrai. Mais aussi le dernier de la série : il met un point final à l'entre-deux-guerres qui leur a été si complaisant. Lancées au moment de la désagrégation du Front populaire, ses activités, après avoir traversé la crise de Munich, se concluent avec la Seconde Guerre mondiale : elles auront duré deux ans, 1937-1939. De ce fait, un passage à la limite s'y effectue. Car non seulement Bataille, Caillois, Leiris, dans la meilleure tradition de l'avant-garde (Dada, le surréalisme), se groupent pour s'instituer en Collège. Mais ils ébranlent cette même tradition en assignant pour objet à leur réunion l'étude des réunions : un "collectif" sur le collectif. D'où la référence à la sociologie. Disant en clair ce qu'un siècle de littérature avait plus ou moins explicitement pressenti : si Dieu est mort, la société reste notre dernier devoir.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "