Ce numéro, qui marque le vingtième anniversaire d' "Histoire & Mesure ", est fidèle aux deux grandes orientations de la revue : la réflexion sur les conditions d'élaboration des mesures et l'histoire des catégories statistiques, d'une part ; la présentation d'outils de traitement et d'usages du chiffre, dans la mesure où ils offrent des résultats historiques inédits, d'autre part. Dans la continuité du numéro thématique " Mesurer le travail " de décembre 2005, R. Boulat et N. Hatzfeld envisagent les mesures de la productivité, à l'échelle de l'usine ou du pays, et celles des maladies professionnelles : à chaque fois, les conflits d'expertises se mêlent aux difficultés d'observation. Sur un terrain bien différent, M. Thébaud-Sorger évoque également la construction sociale d'une mesure, celle de l'altitude - qui implique aussi bien l'opinion publique que les savants du XVIIIe siècle. G. Minaud, lui, rappelle que les chiffres ont également une signification symbolique, qui peut passer par des modes d'expression variés. Les articles d'E. Buyst et al. Et de V. Loonis proposent, avec une grande rigueur méthodologique, des applications de méthodes économétriques à l'histoire, sans pour autant réduire la réalité (économique ou politique) à leurs modèles, et en faisant l'effort d'y intégrer nombre d'effets de contexte, spatial, social ou temporel. B. Moreno Claverias, elle, propose une appréciation critique tant des théories de la " consumer revolution " que de la source que constituent les inventaires après décès.
L'objectif de cet ouvrage est de sortir de ce cercle en reprenant dans des termes renouvelés la question posée par les pères fondateurs de la sociologie, et abandonnée après eux, de la définition de la religion. L'auteur s'attache à l'élucidation de la modalité particulière du croire qui caractérise en propre le phénomène religieux: la référence à «une mémoire autorisée», c'est-à-dire à une tradition.
Danièle Hervieu-Léger explore depuis cinquante ans le devenir des religions dans les sociétés occidentales contemporaines. Faisant de la scène catholique son principal terrain de réflexion, elle s'éloigne du prisme classique de la sécularisation du monde moderne pour traiter le "? croire ? " comme un rapport au temps, à l'espace et au monde. Dans cet entretien avec Pierre Antoine Fabre, elle restitue son parcours personnel, spirituel, politique et professionnel, en accordant une large part aux rencontres, mais aussi à l'engagement institutionnel qui fut le sien comme présidente de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, dont elle a contribué à inventer l'avenir dans un paysage universitaire en plein bouleversement. Elle nous donne ainsi à voir la recherche scientifique dans ce qu'elle a de plus théorique, mais aussi de plus quotidien.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.