Hemon Aleksandar ; Hel-Guedj Johan-Frédérik
Revenons à mes amis. Pronek et Mirza, quelquefois ensemble, d?autre fois séparément, se rendaient dans la montagne de Jahorina pour les vacances d?hiver, et ils passaient des semaines à skier et à traîner, et ils se mettaient en ménage dans le chalet d?un ami de la famille, ou dans la chambre d?hôtel de quelqu?un, tout ça grâce à leurs talents d?amuseurs. Voici l?inventaire de leurs plaisirs hivernaux: ciels bleus, neige blanche, visages bronzés, air vif, vitesse, pentes, feux de cheminée, chambres douillettes, et puis entendre le craquement des pas dans la nuit froide, la lune brillante comme une pièce d?argent. C?était dans un chalet, à Jahorina, après une interprétation particulièrement inspirée d?une suite de chansons des Beatles, parmi lesquelles on avait inclus en douce If You Know Her Name, le tout couronné par une deuxième partie à base de sevdah, plus ? une fois atteint le paroxysme de la fête ? quelques chansons pseudo-gitanes, générant quelques glapissements de pseudo-abandon? c?est (permettez-moi de tout reprendre depuis le début) dans un chalet de Jahorina que Pronek monta dans une chambre à l?étage avec Aida. Elle avait envie de le laisser explorer « la jungle située sous l?équateur ». Pourtant, dans cette jungle, Pronek se perdit complètement: il n?arrêtait pas de se cogner les genoux sur les flancs du lit et la tête contre le mur. Il eut la plus grande difficulté à retirer son jeans serré à Aida, réussissant tout de même à le lui baisser jusqu?aux chevilles, après quoi il rampa entre ses cuisses. Avec son caleçon bloqué à l?Antarctique de ses pieds (la pièce n?était pas chauffée, si ce n?est par leur encombrante passion), il tenta de pénétrer sa culotte, convaincu d?être confronté à un hymen robuste. Cela s?acheva sur un complet fiasco ? elle fut prise d?un rire incontrôlable, quand Pronek, au beau milieu de toute l?entreprise, toujours porté à la poésie, lui déclara: « Laisse-moi simplement t?aimer. » Ils prirent davantage de temps pour se démêler qu?il ne leur en avait fallu pour s?enchevêtrer. Cette nuit-là, Pronek se confia à Mirza, qui s?était attendu à des histoires du même niveau que celles de ces lettres de lecteurs, dans la revue de ses parents. Pronek lui raconta qu?il ne parviendrait jamais à comprendre comment faire l?amour pouvait procurer du plaisir. À titre de preuve, il lui exhiba (en se plaçant d?un point de vue tout théorique) ces bosses sur sa tête, ces griffures aux genoux et ces bleus au pénis.
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