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Boire la mer à Gaza. Chronique 1993-1996
Hass Amira ; Farge Arlette ; Marelli Joëlle
FABRIQUE
23,40 €
Épuisé
EAN :9782913372160
L'historien, comme l'a dit Walter Benjamin, est comme un prophète qui regarde en arrière. Boire la mer à Gaza, qui traite des années 1993-1996, annonce et éclaire les terribles événements qui se déroulent à la fin de la " décennie de la paix " à Gaza comme en Cisjordanie. Le long boyau de béton où s'entassent à l'aube les ouvriers palestiniens qui vont travailler en Israël, les allées sableuses des camps de réfugiés, les tentes où l'on pleure les militants assassinés, les sermons dans les grandes mosquées, les tribunaux nocturnes, tels sont les lieux de ce livre. Les anciens prisonniers, chauffeurs de taxis, entrepreneurs en bâtiment, réfugiés auxquels Amira Hass donne la parole ont d'infinies ressources de fierté et d'humour pour dire l'exil, le deuil, l'occupation, la désillusion et l'opiniâtre espoir. Comme l'écrit Arlette Farge, " l'histoire, par moments, ressemble à un arbre familier ; l'écorce nous en est bien connue, tandis que nous échappe ce qu'elle recouvre... Amira Hass creuse cette écorce et tient dans ses mains fragiles et fermes ce qui, en dessous, est friable et vivant. "
Ce matin, en croquant dans une tartine, Arthur perd une dent : sa première dent de lait. Waouh ! Il est trop content. Il sait que cette nuit la petite souris va venir dans sa chambre. Cependant Arthur est un petit malin ! Une idée lui trotte dans la tête. Mais laquelle ?
Marie, la trentaine, professeur de français est folle de joie lorsqu'elle apprend qu'elle attend un enfant ; en ménage depuis trois ans avec Franck, elle lui donne rendez-vous au restaurant pour lui annoncer la nouvelle. Dès qu'il arrive, il lui demande d'annuler le dîner et de rentrer immédiatement. Il a l'air complètement bouleversé. Inquiète, Marie le suit. Trois jours plus tard, Franck déménage ses affaires.
Amira Hass est, selon sa propre expression, une " spécialiste de l'occupation ". Ses articles sur les territoires palestiniens occupés ont été écrits en immersion totale, d'abord à Gaza dans les années 1993-1996 (d'où est issu Boire la mer à Gaza, La fabrique, 2001) puis à Ramallah, en Cisjordanie, où elle vit depuis 1997. Lire aujourd'hui dans leur continuité les articles réunis dans ce livre, c'est lire la progression de l'invivable : c'est observer au jour le jour l'étouffant contrôle israélien sur la vie et les territoires palestiniens tout au long des " années Oslo ", c'est anticiper l'insurrection, c'est discerner les modalités et les conséquences de sa répression, du saccage des villes, des entraves mises aux mouvements des Palestiniens, de la multiplication des morts parmi les civils, les vieux, les femmes, les enfants. Sans ménager la direction palestinienne, sans faire l'économie d'une interrogation sur les formes de l'insurrection, sur le défaut de stratégie de la résistance et sur le culte de la mort, Amira Hass s'en prend avant tout à la volonté de ne pas savoir des siens, ceux à qui s'adresse son travail : les Israéliens. En cherchant à leur montrer ce qui se commet en leur nom, elle tente aussi de leur faire connaître cette société palestinienne, si proche et si lointaine à la fois.
Un enfant qui continue à faire pipi au lit est-il un handicapé? Celui qui refuse d'ouvrir ses livres est-il un dyslexique? Le gamin turbulent est-il atteint de TDAH (trouble-déficit de l'attention avec hyperactivité)? Faut-il lui prescrire une cure de Ritaline? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles s'attaque ce livre. Grâce à une langue médico-sociale (LMS) élaborée, en s'appuyant sur une version totalement dévoyée de la psychanalyse, l'Etat normalise et évalue à tout-va tandis que l'industrie pharmaceutique invente des maladies et des molécules pour les traiter. Ces deux forces conjuguées, si on les laisse faire, finiront par abattre les lieux, créés après la Libération, où un enfant peut encore parler de son symptôme.
Le réchauffement climatique est le problème vital de notre époque. Chaque nouvelle étude scientifique vient confirmer que la situation est pire que prévu, presque irréversible. Pourtant au premier rang des responsables identifiés, l'économie fossile continue de tourner à plein régime, comme si de rien était, avec le soutien affirmé ou discret des dirigeants politiques dont l'incapacité à faire face à l'écueil se révèle, de COP en COP, plus évidente. Le paradoxe est d'autant plus saisissant que le mouvement pour le climat a pris une ampleur sans précédent, organisant ces derniers mois dans les pays du Nord global des rassemblements massifs pour exiger des mesures des gouvernements. Dans le même temps, les investissements dans les énergies fossiles n'ont pas cessé d'augmenter. Comment cesser d'être à ce point inoffensif ? C'est en tant qu'acteur de ces luttes qu'Andreas Malm entreprend ici une discussion critique des principes et des pratiques du mouvement pour le climat, dont la plupart des théoriciens plaident pour la non-violence et revendiquent l'héritage des Suffragettes, de Gandhi ou de Martin Luther King. Replongeant dans l'histoire de la désobéissance civile, Malm rappelle que la mise en oeuvre de stratégies non violentes a toujours eu pour condition de possibilité l'existence d'une aile radicale, laquelle manque aujourd'hui à des organisations telle qu'Extinction Rébellion qui s'en trouvent neutralisées. La question n'est pas de choisir entre violence ou non-violence, mais de distinguer entre différents types de violence ? et de savoir quand, comment, y recourir à dessein. Or lutter contre le réchauffement climatique n'est pas la même chose que combattre un dictateur, une armée d'occupation ou un Etat ségrégationniste. C'est à l'infrastructure fossile qu'il faut s'attaquer en premier lieu, l'occasion de raviver toute une tradition de sabotage des équipements pétroliers et gaziers ? jusqu'à celui récent opéré avec succès par deux militantes catholiques contre un pipeline dans l'Iowa. La consommation est l'autre versant du problème et Malm invite à faire la différence entre les émissions de CO2 "de subsistance" ? auxquelles Macron a cru bon de s'attaquer, déclenchant la révolte des Gilets jaunes ? et celles "de luxe" des ultra-riches, véritable "étendard idéologique" qui transforme un crime contre la planète et ses habitants en idéal de vie. Là encore, le mouvement pour le climat doit savoir identifier ses cibles et intégrer à sa grille politique les rapports de classe et de race. Enfin s'il doit ajouter à son répertoire tactique la destruction matérielle, il lui faut garder à l'esprit les périls d'un extrémisme qui serait contre-productif, du substitionnisme et de la répression étatique. Nous n'avons plus le temps d'attendre, tout ce qui n'a pas été tenté doit l'être, et les militants pour le climat de demain ? potentiellement des millions ? doivent apprendre dès maintenant à lutter dans un monde en feu.
Platon, Aristote, l'invention de la démocratie : c'est une tout autre image de la Grèce que montre ce livre, celle d'un pays sacrifié et humilié - comme il l'est aujourd'hui. On y verra comment la Résistance grecque, l'une des plus actives et efficaces de l'Europe occupée par les nazis, fut mise au pas et massacrée par les collaborateurs et les Anglais en 1944 : il fallait ramener le roi sur le trône, rétablir l'ordre social d'avant-guerre, éviter que la véritable démocratie de la Résistance ne s'impose à la Libération. On y découvrira une image peu flatteuse de Churchill, capable de tout et même de nuire à l'effort de guerre pour maintenir la Grèce dans l'orbe britannique. On assistera au flottement fatal de la direction du Parti communiste, lâché par l'URSS et acculé aux compromis. On verra, en 1945, la terreur, lancée par le gouvernement et les bandes armées d'anciens collaborateurs, qui s'abat sur les résistants désarmés, les syndicalistes, les démocrates. Les lignes de front sont tracées et la Grèce s'apprête à vivre trois années de guerre civile qui laisseront le pays exsangue. Trois années pendant lesquelles ce sont les Américains, dans le contexte de guerre froide, qui prennent la relève des Anglais dans la répression du mouvement populaire. Tout ce qui va advenir par la suite, de la dictature des colonels à la mise à mort actuelle du pays, sommé de payer "sa dette", est en germe dans cette histoire tragique de la Résistance grecque.
Comment un certain désir s'y prend-il pour impliquer des puissances tierces dans ses entreprises ? C'est le problème de ce qu'on appellera en toute généralité le patronat, conçu comme un rapport social d'enrôlement. Marx a presque tout dit des structures sociales de la forme capitaliste du patronat et de l'enrôlement salarial. Moins de la diversité des régimes d'affects qui pouvaient s'y couler. Car le capital a fait du chemin depuis les affects tristes de la coercition brute. Et le voilà maintenant qui voudrait des salariés contents, c'est-à-dire qui désireraient conformément à son désir à lui. Pour mieux convertir en travail la force de travail il s'en prend donc désormais aux désirs et aux affects. L'enrôlement des puissances salariales entre dans un nouveau régime et le capitalisme expérimente un nouvel art de faire marcher les salariés. Compléter le structuralisme marxien des rapports par une anthropologie spinoziste de la puissance et des passions offre alors l'occasion de reprendre à nouveaux frais les notions d'aliénation, d'exploitation et de domination que le capitalisme voudrait dissoudre dans les consentements du salariat joyeux. Et peut-être de prendre une autre perspective sur la possibilité de son dépassement.