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Jours de Mai
Harang Jean-Baptiste ; Enard Mathias
VERDIER
13,50 €
Épuisé
EAN :9782864329633
En Mai, je faisais ce que je pouvais. J'avais dix-neuf ans, un bon poste d'observation, étudiant à Nanterre. J'étais curieux, timide et politiquement oblique ? : depuis quelque temps j'étais bénéficiaire du statut d'objecteur de conscience et tout entier requis par un amour nouveau, des études de lettres et de cinéma, et la conviction confortable que seule la non-violence valait qu'on se batte. Si bien que, malgré la fascination que j'éprouvais pour le désordre, je pris bien tard le train révolutionnaire en simple figurant, peu de barricades, quelques manifs, un peu de Sorbonne et d'Odéon, et le convoyage de tracts à Flins et ailleurs puisque, faute d'engagement politique vindicatif, je disposais d'une automobile que je mis courageusement à la disposition d'activistes plus convaincus, tant que le réservoir de la 4 ? CV le permit. J'écoutais Europe 1 jusqu'à pas d'heure pour y entendre des récits qui me font aujourd'hui une mémoire. Trente ans plus tard, on me proposa d'écrire dans Libération une chronique au jour le jour sur Mai, je me souvenais que je n'y étais pas pour grand-chose. ". .
« Mon père n'a connu que des hommes qui n'étaient pas son père, on lui en trouva un, de père, lorsqu'il avait dix ou douze ans, on changea son nom, et même son prénom pour le défaire de son passé, il s'appelait Raymond Quisserne et devint tout à trac Roger Harang, il nous a donné ce nom d'emprunt sans nous dire jamais qu'il n'était pas le sien. » Jean-Baptiste Harang Dans la maison de ses grands-parents paternels, à Dun-le-Palestel, dans la Creuse, tombant par hasard sur le livret militaire de son grand-père, Jean-Baptiste Harang apprend la véritable identité de son père, alors décédé. Cette découverte tardive, qui met en cause son propre nom et lui laisse entrevoir une généalogie inconnue, bouleverse aussi le regard de l'auteur sur l'homme, qui, jusque dans la mort, choisit de dissimuler à ses enfants le mystère de sa naissance. De la maison qui recela si longtemps le secret de l'identité paternelle, Jean-Baptiste Harang dessine l'architecture intime, de pièce en pièce, pour tenter de cerner l'énigme familiale. De la chambre du cousin Arthur à celle des grands-parents, de la cuisine au grenier, de la « gare » (le grand-père était « correspondant SNCF ») à l'escalier, il exhume les souvenirs au long du siècle, jusqu'à retrouver sa propre enfance ; redonnant vie aux êtres qui tour à tour peuplèrent la maison de Dun, il traque dans ces lieux familiers les pans d'ombre, en quête d'une histoire clandestine. Dans la chambre de la Stella, une gravure coquine est depuis toujours accrochée au mur au-dessus du lit. Elle s'intitule « La visite du docteur »... Pélerinage de la mémoire, archéologie d'un mensonge et roman-vrai des origines, le dernier livre de Jean-Baptiste Harang émeut autant qu'il impressionne par la concision et la force de son style.
Résumé : Comment dire l'indicible ? Guillaume Fox est un écrivain un peu fantasque, vaguement dilettante, il commence un roman pour dire un chagrin, une absence, une douleur extrême. Pour s'en délivrer. Il se perd en route, et reste sans voix devant une statue du Jardin des Plantes, "Le dénicheur d'oursons" : elle représente le combat à mort d'une ourse et du chasseur qui vient de tuer son petit. Guillaume a égaré son manuscrit, la peau de l'ourse est hors de portée, quelqu'un a disparu, et il n'y a plus personne pour le dire. Le texte enfin retrouvé n'a pas assez de mots, il n'a pas la force de l'aveu. Il dit à la première personne une histoire prometteuse, des vacances en famille dans une île inventée où tout devrait bien finir et qui ne finit pas. Il bute sur une indicible : cette disparition au bout du vide de la page blanche. Guillaume s'y remet, mais l'écriture ne peut pas tout. Ses efforts conduisent à des impasses. Il lui faut tout effacer, sortir de là à reculons. Se terrer et se taire. Même la statue a pris la fuite. L'échec de l'entreprise littéraire de Guillaume Fox sous la plume de Jean-Baptiste Harang devient la réussite d'un texte tragi-comique, poétique, cocasse et empathique. L'impuissance à écrire l'indicible est lourde comme un roman qu'on aurait sur le bout de la langue.
Trois personnages : Georges Dun presque centenaire, son fils Etienne soixante-sept ans et Odette soixante-dix ans, qui a été l'amante du fils et plus tard celle du père. Etienne : retraité quoiqu'il n'ait rien fait dans sa vie, dit-il, sinon des articles que d'autres signaient. A traduit les paroles de deux chansons ineptes qui connurent un succès colossal, avant de partir en Amérique où il gagna sa vie en récitant des poèmes... Entre-temps Odette est devenue la maîtresse de son père. Aujourd'hui, après plus de trente ans qu'il n'a vu celui-ci, il n'imagine pas que l'on puisse regarder comme son enfant un homme de son âge. Il a renâclé, sa vie durant, au travail. Il renâcle à l'amour, s'y soustrait. Cultive le dégoût de soi. Aller au bordel ou prendre l'avion ? Deux choses qu'il n'a jamais faites de sa vie... Odette : peintre disciple d'André Lhote (elle est née en 1920), elle représente la vie entre ce père et ce fils qui ont été ses amants successifs. C'est elle qui enterre Etienne, mort dans un accident aérien au cours de son seul voyage. La vie, elle n'y pense pas de trop. Georges : centenaire donc, flux d'une mémoire où s'entrecroisent les souvenirs dans un espace qui n'a plus de "point de vue" : Etienne ne serait pas son fils mais celui d'une certaine Odette...
La vie est une porte qu'on nous claque lentement au nez, et lorsque l'ouverture se réduit à une fine fente de lumière, nous tâchons de nous souvenir de ce merveilleux paysage qu'elle nous offrait jadis, grand ouvert, le panorama d'un avenir sans fin. Cet avenir meurt ce jour même où je me souviens. J.-B. HarangLe narrateur reçoit une lettre anonyme qui, curieusement, lui raconte sa propre enfance: la colonie de vacances, l'abbé T. et le coussin de ses genoux, les marches forcées, le Jura, ces amitiés qu'on prenait pour de l'amour, Agathe. Non, pas Agathe. On ne répond pas à une lettre anonyme. Sinon par un roman.
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard est une oeuvre monumentale, sans équivalent au cinéma, dans l'histoire de l'art et même dans les manières d'écrire l'Histoire. Le cinéma y apparaît enfin tel qu'il est : la forme d'art majeure du XXe siècle et son centre, au-delà du spectacle divertissant pour lequel on le tient généralement et même de l'objet d'amour particulier des cinéphiles. "Le cinéma a fait exister le XXe siècle", il en a été la fabrique. A l'écoute de ce qui est à l'oeuvre dans Histoire(s) du cinéma, ce dialogue, entre le créateur et le critique, est une approche esthétique, philosophique et historique de ses conditions de possibilités : le cinéma dans le siècle et le siècle dans le cinéma, impliquant le tout de l'homme du XXe — de l'imaginaire des salles obscures, de l'horreur réelle des désastres, aux tentatives de rédemption par l'art.
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l'aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l'art est là justement où n'est pas la toute-puissance : j'ai appelé cet homme par commodité Watteau. C'est encore quelqu'un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l'art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l'art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j'ai voulu qu'un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela.
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu'ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs. Car ce monde en lambeaux, il s'agit malgré tout de l'habiter, de s'y vêtir et d'y trouver des raisons d'espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.
Vite, des cabanes. Pas pour s'isoler, vivre de peu, ou tourner le dos à notre monde abîmé ; mais pour braver ce monde, l'habiter autrement : l'élargir. Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, les places, les rives, cabanes de pratiques, de pensées, de poèmes. Cabanes bâties dans l'écoute renouvelée de la nature - des oiseaux qui tombent ou des eaux qui débordent -, dans l'élargissement résolu du " parlement des vivants ", dans l'imagination d'autres façons de dire nous.