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Armand Robin et Anne Caprile. Une amitié d'artistes
Gury Christian
NON LIEU
10,00 €
Épuisé
EAN :9782352702252
Armand Robin (1912-1961) a traduit du persan des poésies d?Omar Khayyâm ; il a aussi traduit des poètes anglais, allemands, italiens, russes, polonais et hongrois. Il a écrit aussi ses propres poèmes, a été journaliste et homme de radio et il fut, après la Seconde Guerre mondiale, membre de la Fédération anarchiste. Armand Robin avait rencontré Anne Caprile au début des années 1950 dans le cadre de l?émission Poésie sans passeport, où elle lisait ses traductions. Anne Caprile était comédienne. Au théâtre d?abord, ayant, entre autres, appartenu à la première troupe du TNP de Jean Vilar. Au cinéma, ayant tourné avec Delannoy puis Rossellini (Socrate, Bouddha). A la télévision, ayant joué dans plusieurs films de "La caméra explore le temps" de Stellio Lorenzi. A l?occasion d?une rétrospective du travail cinématographique d?Anne Caprile, Christian Gury a retrouvé les lettres envoyé par Armand Robin à Anne Caprile en 1953 et 1954. Ces courriers ajoutent à la connaissance de l?écrivain et de son oeuvre. Ils disent son professionnalisme, son humanité, la violence de sa passion politique, son amitié ambiguë avec la comédienne.
Le tsar Ferdinand Ier de Bulgarie était passionné de fleurs et de bijoux - la duchesse de Guennantes se gaussait de ses bracelets -, et amateur de jeunes soldats blonds, "une pure coquine, une vraie affiche", selon le baron de Charlus, fin connaisseur en la matière. Ce Saxe - Cobourg, prince français par sa mère, louvoya longtemps, pendant la Grande Guerre, avant de se ranger du côté des Austro - Allemands, M. de Charlus expliquant ce choix par une solidarité de "soeur" avec d'autres souverains homosexuels. Le premier conflit mondial est, pour Proust, l'occasion de nombreuses allusions aux événements des Balkans, et d'une réflexion poussée sur la "neutralité" comme sur le "patriotisme", concepts relativisés et compris à partir de la vie privée des individus, le cas du Narrateur étant mis en parallèle avec celui du roi des Bulgares. Et le mot bougre dérivé de bulgare, jamais employé de manière innocente dans La Recherche, le diplomate emblématique des moeurs de la Carrière et accrédité près de l'ambigu Théodose à "trône oriental", M. de Vaugoubert, l'a tout entier dans son nom. A la suite, on propose: "Proust au tennis", où le sport a peu de place, et: "Le Zoo de Combray", bestiaire d'un exotisme inquiétant.
Roger Peyrefitte (1907-2000) fut un écrivain célèbre et sentant un peu le soufre. Si son oeuvre traverse actuellement un purgatoire, tout le monde connaît au moins le titre de son premier livre : Les Amitiés particulières, prix Renaudot 1944. Son thème devait conduire le romancier à devenir le parrain d'Arcadie, revue "littéraire et scientifique", dédiée à la "défense et illustration de l'homosexualité", qui parut de 1954 à 1982, dans le contexte d'une France homophobe. Et il avait choisi soigneusement le nom de cette publication. Par référence au mythe paradisiaque de l'Arcadie de la Grèce antique. En souvenir des Académies lettrées d'autrefois et, singulièrement, de l'Académie des Arcades. Et en clin d'oeil à Akadémos, le premier mensuel homophile français. L'entreprise d'Arcadie, le titre à comprendre comme un calembour-valise, était donc d'accord avec les centres d'intérêt personnels d'un chantre de l'amour et de la culture au masculin. Sous un dehors évoquant les bergerades champêtres, Roger Peyrefitte avait rêvé d'une Académie littéraire. Jean Cocteau était de l'aventure mais Marcel Jouhandeau la condamna, Julien Green ne fut pas élégant à l'endroit du projet si Marguerite Yourcenar l'honora d'avis intelligemment critiques. Et, Arcadie une encyclopédie à cahiers mensuels et, en son temps, un bulletin de soutien aux dissidents sexuels, les livres de son parrain ne furent pas sans connexions avec les travaux de l'institution - qu'il s'agisse des Clés de Saint-Pierre, de L'Exilé de Capri, de L'Illustre Ecrivain ou d'une fameuse trilogie sur Alexandre-le-Grand.
Dans l'ignorance, vraie ou feinte, des lois de son époque, Marcel Proust suspectait des homosexuels de sa connaissance, le romancier Abel Hermant ou le patron de presse Léon Bailby, d'être les étranges pères de jolis "fils adoptifs". Il craignait aussi, par une mauvaise interprétation du droit nobiliaire français, que le duc de Montmorency puisse, en épousant Mme Blumenthal, adopter le fils de cette dernière et lui transmettre son titre. Et il était scandalisé que son ami Pierre de Polignac ait accepté de se marier avec la fille naturelle et adoptive du prince de Monaco. Dans son snobisme et son conservatisme, Proust se disait horrifié qu'un roturier fût susceptible d'entrer par adoption dans une famille de vieille aristocratie ou que "la solennité des sacrements d'une forme juridique" vienne "parer" aux couleurs de "l'inceste" une "banale aventure d'homosexualité". Ainsi s'explique l'épidémie d'adoptions aberrantes d'A la recherche du temps perdu, le plus souvent punies par leur prolongement en mariages malheureux, les deux institutions du mariage et de l'adoption étant conçues comme équivalentes ou fonctionnant en synergie de passerelles sociales. Par exemple, faute d'adopter le Narrateur ou le jeune Morel de son coeur, le baron de Charlus adoptera la nièce de Jupien, dans l'espoir de s'introduire en tiers dans le couple qu'elle ira former avec un Léonor de Combremer de moeurs suspectes. Et M. de Forcheville adoptera Gilberte Swann, bientôt l'épouse d'un marquis de Saint- Loup amateur de garçons.
Né à Cherbourg le 12 novembre 1915, Roland Barthes se revendiquait cependant Gascon, et de Bayonne. Un choix, une élection d'origine. La ville de Cherbourg était pour lui un repoussoir, car associée aux idées de guerre et de mort du père dans un combat naval. Christian Gury s'attache à montrer que l'annulation psychique de la racine normande d'état civil ne fut pas sans conséquence sur la pensée du sémiologue. Cette étude est précédée de l'évocation par l'auteur d'une rencontre avec Barthes, en grand costume de M. de Charlus, au club masculin Arcadie : "Il est minuit, docteur Roland... "
Résumé : Terre incandescente et inhospitalière, Djibouti est le point de rencontre de trois rifts formant des paysages désertiques "de roc, de sable et de sel". Dénué de ressources naturelles autres que la mer, le soleil, le vent et la chaleur, ce petit Etat de l'Afrique de l'Est est pourtant un acteur essentiel de la région. Stratégiquement situé, Djibouti est la porte de la Corne de l'Afrique, et le port du géant éthiopien enclavé. Havre de stabilité entre l'Erythrée totalitaire et la Somalie décomposée, il est l'oeil du cyclone et accueille la plus importante base militaire française à l'étranger. Cette ancienne colonie française, indépendante depuis 1977, dispose surtout d'atouts touristiques spectaculaires où le minéral domine et le vivant est en sursis : de la banquise de sel du lac Assal aux cheminées de calcaire ocre aux formes surréalistes du lac Abbé, en passant par la mystérieuse forêt du Day et les mangroves de l'île de Moucha. Cet ouvrage est une invitation au voyage sur cette terre volcanique inondée "de lumières et d'espaces", qu'avaient décrite en leur temps Monfreid, Gary, Kessel et Rimbaud.
Ce livre, fruits de nombreuses études de terrain menées par l?auteure dans les années 1990, étudie le phénomène des vierges jurées, ces femmes qui deviennent hommes, dans le nord de l?Albanie. Il explique comment, pour clore un cycle de "reprise du sang", des femmes prennent socialement la place des hommes au sein de famille décimée par la vendatta. Le marqueur principal de cette "masculinisation" est l?habit. Pour devenir homme, la transformation doit être totale : ces femmes acquièrent le droit de porter le pantalon, interdit aux femmes dans cette région. L?accès aux prérogatives masculines (droit de boire, de fumer, de mener un troupeau, de porter le fusil, négocier les conflits familiaux) est aussi, et surtout, accompagné de l?obligation de chasteté. Devenant homme, ces femmes renoncent à tous rapports sexuels (essentiellement pour éviter l?enfantement, marqueur de la position sociale peu enviable de la femme dans la société). A partir d?une situation bien spécifique, le nord de l?Albanie régie par le code du Kanun, l?ouvrage d?Antonia Young montre en quoi la construction du genre est avant tout social, et non pas un phénomène naturel déterminé par des organes sexuels reçus à la naissance. Si la société n?a pas assez d?hommes pour assumer les tâches dévolues traditionnellement aux hommes, alors les femmes sont transformées en hommes par cette société. En plus de l?étude d?Antonia Young, traduit par Jacqueline Dérens, l?ouvrage comporte une préface de Nicole Pellegrin, éclairant les enjeux de la question du genre aujourd?hui. Il comporte également une douzaine de photographies noires et couleurs, un aparat critique enrichi, une annexe sur le Kanun, un index des lieux et une carte du nord de l?Albanie.
Un moment peu connu de la vie de Picasso. Un tournant dans son oeuvre. Déconcerté par l'art nouveau, victime de la drogue, le peintre allemand Wiegels (celui dont Mac Orlan ferait le héros de Quai des Brumes) se pendit dans son atelier de Montmartre, en 1908. Picasso, qui entretenait un rapport ambigu avec le jeune peintre homosexuel, fut durablement déstabilisé par sa fin tragique. Sa dépression s'accompagna d'une rupture dans son mode de vie et dans son premier style pictural, même si nombre de personnages de son oeuvre (les Arlequins) resteront "wiegelsiens". En même temps qu'elle s'attache au folklore et aux rapins de la Butte à la Belle Epoque, l'étude éclaire "l'homosexualité secrète" de Picasso, selon l'expression de Cocteau. Cette homophilie éclate parfois dans ses toiles et explique le caractère sado-masochiste larvé de certaines de ses amitiés, sa misogynie, son homophobie — exorcisme de protection.
Voici un livre courageux, élégant et érudit. Au-delà du rapport du Coran à la femme qu'on retrouve le long du texte, au-delà de la représentation islamique finement décrite d'un corps féminin diabolisé ainsi que du statut quasi servile de la femme, le livre aborde des questions taboues, se rapportant à l'institution des "mères des croyants". Il en dévoile les non-dits en décryptant le texte sacré selon une démarche nourrie par les sources les plus autorisées. Comme le souligne l'introduction "le thème profond de ce livre est la contestation féminine à la naissance de l'islam et la façon dont les textes religieux, Coran et Sunna, l'ont étouffée et ligotée, en un mot enchaînée". Mohammed Ennaji "n'a pas froid aux yeux" dans son approche du sacré, l'expression est de Régis Debray dans sa préface à un autre titre du même auteur. Elle se vérifie à nouveau dans "Le corps enchaîné".