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L'humain étranger au monde. Une anthropologie philosophique
Anders Günther ; Ellenberger Annika ; Wilhelm Perr
FARIO
33,00 €
Épuisé
EAN :9791091902892
Si l'un des gestes les plus significatifs de Günther Anders fut d'accepter de sortir du langage technique de la philosophie académique en raison de l'urgence qu'il y avait à penser et à intervenir devant la destruction à l'oeuvre dans le siècle, on aurait tort d'oublier que sa conception de l'obsolescence de l'homme repose d'abord sur une tentative de discernement de ce qu'est cet humain qui n'a plus cours. Le présent volume se présente donc comme prolégomènes et socle de ce qui deviendra la critique impitoyable de son époque, qui est aussi la nôtre. L'anthropologie philosophique dont il est question ici, dans le sillage de Max Scheler et de Helmut Plessner est une façon d'échapper à l'analytique existentiale de Heidegger. A la différence de l'animal, immergé dans un monde qui lui est donné comme un matériau a priori, l'homme, d'abord sans monde, "libre de monde" , n'accède à un monde qu'après coup, en devenant homo faber et en construisant a posteriori le monde qui lui manque. Absolument libre, cet homme fait en même temps l'expérience d'une absence irréductible de liberté. S'il peut disposer librement de son moi, le fait d'être ce moi le dépasse. Il est irrévocablement lui-même et personne d'autre, mais cette existence en tant que moi est en même temps hautement contingente. D'où un problème d'identification avec soi. Chez l'athée qu'est Günther Anders, l'homme ne se sauve pas de ces tentatives d'identification ratées par un saut dans la foi, à la manière de Kierkegaard, mais par un saut dans l'action. Penser l'homme comme étranger au monde, comme a posteriori, l'oblige à envisager la relation a priori du vivant au monde et à thématiser un "a priori matérial" qu'il explore à travers des objets comme l'instinct, le besoin, la veille et le sommeil. Mais le parcours d'Anders ne s'arrêtera pas là, puisqu'il insiste finalement sur les limites d'une telle anthropologie, et remet en cause l'anthropocentrisme dont elle peut procéder. Il ne peut que constater la tension voire la dimension "schizophrénique" dont sera marqué sa pensée, entre une distance envers l' anthropocentrisme et son intérêt fervent pour une humanité parvenue au stade de la survie.
Anders Günther ; Ellenberger Annika ; Wilhelm Perr
Résumé : Les lecteurs de Günther Anders connaissent déjà la Molussie, pays imaginaire auquel il fait souvent référence dans ses ouvrages philosophiques. Il s'agit d'un pays totalitaire où, dans les sous-sols de la prison d'Etat, des détenus se transmettent de génération en génération un savoir exposé sous forme d'histoires -? jusqu'au jour où il pourra remonter à la surface et éclairer celles et ceux qui seront enfin prêts à l'entendre. Seul grand écrit romanesque d'Anders, achevé en 1938, La Catacombe de Molussie est un mélange de littérature et de philosophie unique en son genre. Elaborées hors du temps, dans l'obscurité d'une cellule sans fenêtre, les histoires qui composent cette dystopie doivent autant à Brecht qu'à Swift, tout en rappelant Kafka et en annonçant Orwell. A travers la description de la Molussie, l'auteur révèle les dispositifs d'aliénation, de mise au pas et de propagande à l'oeuvre dans la société industrielle et coloniale de son époque. Il y pose les bases de sa critique de la société de consommation, dont il ne cessera de dénoncer le totalitarisme à partir des années 1950. Traduit pour la première fois en français, ce texte d'une admirable lucidité apporte un nouvel éclairage pour comprendre non seulement les dérives et travers de notre monde, mais aussi l'oeuvre d'un des penseurs majeurs de la technique et de la culture de masse.
Ancien étudiant de Heidegger, dont il deviendra par la suite l'un des plus pertinents critiques, il commence par être journaliste à Berlin au début des années 1930. En 1933, fuyant le nazisme, il s'installe en France avec Hannah Arendt, dont il fut l'époux de 1929 à 1937, puis émigre aux Etats-Unis. Après la guerre, de retour en Europe, il collabore à la fondation du mouvement antinucléaire allemand et publie en 1956 son maître livre L'Obsolescence de l'Homme. À partir de 1859, il entretient une correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de l'avion de reconnaissance qui accompagnait le bombardier d'Hiroshima. Eminent théoricien de l'emprise technique, il apparaît aujourd'hui, comme le penseur de référence de la question nucléaire.
L'ensemble d'essais "L'Art est en danger" de George Grosz et Wieland Herzfelde a paru aux éditions Malik Verlag à Berlin, en 1925. Il donne son titre à ce volume qui comprend également "La canaille de l'art" de George Grosz et John Heartfield et enfin "Sur le photomontage" du militant et philosophe Günther Anders.
Anders Günther ; Cornille Sabine ; Ivernel Philipp
Les deux lettres ouvertes de Günther Anders adressées au fils d'Adolf Eichmann constituent un petit traité, avec mode d'emploi, sur la condition humaine aujourd'hui, considérée sous l'angle d'une catastrophe à répétition, qui entraîne l'obsolescence toujours croissante de l'humain lui-même. L'homme apparaît ici, de nouveau, comme le détenteur d'une capacité de production infiniment supérieure à sa capacité de représentation, et tout aussi bien à sa capacité de sentir. Dans ce contexte, l'idée même de responsabilité se trouve profondément atteinte ou profondément pervertie, de sorte que nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, des enfants d'Eichmann. Plus exactement, nous sommes tous devant un choix comparable à celui auquel Günther Anders confronte le destinataire de ses deux lettres : le choix de la continuité ou de la rupture. Un choix d'autant plus urgent que se réduit de jour en jour la marge de jeu dont dispose l'humain dans le monde tel qu'il devient.
Ausländer Rose ; Blum Klara ; Celan Paul ; Mathieu
Aux confins de l’empire austro-hongrois, Czernowitz fut au début du vingtième siècle un foyer exceptionnel d’activités et échanges culturels, mêlant des communautés linguistiques et religieuses très diverses et cultivées, comme d’une autre façon a pu le faire Sarajevo ; c’est dans cette ville de Bucovine que naquirent Paul Celan, Röse Auslander ou Aharon Appelfeld. Occupée par la Roumanie après la première guerre mondiale, la ville fut ensuite envahie par les troupes russes puis, à partir de 1941, à nouveau reprise par les Roumains alliés à l’Allemagne. Aux déportations vers l’Est et la Sibérie succèdent alors la violence d’un ghetto, les exécutions massives et la déportation vers les camps sous contrôle nazi. Ce livre est une création originale, constitué de proses, de lettres, de fragments de journaux intimes, de poèmes, écrits entre 1941 et 1944 par des écrivains et artistes juifs de langue allemande originaires de Czernowitz. La chronique de ces années relate à la fois la déportation et la vie dans le ghetto. Les textes, hantés par la tentative de survie par et dans l’écriture, se succèdent pour tisser une série de témoignages croisés dont émergent des fragments poétiques d’une grande intensité, d’une certaine façon rendus à la matrice des jours dont ils sont tout ensemble le fruit et la transfiguration. Cet ensemble constitue un témoignage inédit sur ce que les historiens ont appelé la « Shoah par balles ». François Mathieu avait déjà entrepris un premier travail de traduction de poètes de Czernowitz (Poèmes de Czernowitz. Douze poètes juifs de langue allemande, éditions Laurence Teper, 2008). Les sources en sont ici multipliées, débordant le cadre de la seule écriture poétique et faisant appel à des textes témoignages de prosateurs et d’artistes. Des cartes et une introduction en précisent le cadre historique et géographique.Les textes assemblés puisent dans un très grand nombre d’ouvrages publiés en allemand et pour la plupart jamais traduits. Parmi les auteurs assemblés ici, citons Rose Ausländer, Paul Celan, Alfred Gong, Alfred Kittner, Jacob Meltzer, Ilana Shmueli, Immanuel et Isaac Weissglas, ou le peintre Arnold Daghani.
Une destination, apparente ou souterraine, peut assurer à des pages disjointes, écrites au cours de quelques années, une même focale. C'est du moins ce dont l'éditeur a pris conscience et ce dont l'auteur a bien voulu se laisser convaincre. La destination apparente, c'est un lieu, puisque la revue fario a publié une première version des cinq premiers textes de ce petit volume. Le sixième, L'éloquence de la perruche, est inédit. La destination souterraine, au lecteur de la dessiner, mais on ne peut écarter ceci, une hypothèse : la margelle du temps où nous nous tenons en déséquilibre est celle des effondrements et des désastres à une échelle qu'on aurait eu naguère peine à imaginer. Elle conduit à une inévitable et hélas nécessaire opération, que seule une sensibilité encore aiguisée peut effectuer à l'intention des hommes nouveaux que nous devenons : un inventaire de ce qui tenait à l'âme et au corps de ceux que nous pensions pouvoir demeurer.
Il ne suffit pas de changer le monde. Nous le changeons de toute façon. Il change même considérablement sans notre intervention. Nous devons aussi interpréter ce changement pour pouvoir le changer à son tour. Afin que le monde ne continue pas ainsi à changer sans nous. Et que nous ne nous retrouvions pas à la fin dans un monde sans hommes." C.A.