Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Sibylles. 0
GUIDACCI MARGHERITA
ARFUYEN
12,96 €
Épuisé
EAN :9782908825145
Par la voix puissante et sombre des grandes inspirées des temps anciens, Margherita Guidacci met à jour ce qui pourrait être le mythe fondateur d'une parole poétique de la femme, alors que si longtemps la poésie s'est identifiée à la figure héroïque d'Orphée : "Abandonnées dans les profondeurs du temps et désormais réduites au silence, note Margherita Guidacci, les Sibylles évoquent à mes yeux ces Mères goethéennes, comme elles, assises au pied des montagnes, gardiennes d'un secret tout proche encore du coeur même de la vie auquel, plus intimement reliée peut-être que l'homme, la femme peut avoir plus d'accès" (Comment j'ai écrit Sibylles). Pendant de longs mois, la Cimmérienne, la Libyque, la Persique, l'Erythréenne, la Tiburtine et les autres sibylles, l'une après l'autre, ont surgi des profondeurs du sommeil pour livrer à leur modeste soeur d'aujourd'hui leurs paroles inspirées. Par la force ou par la séduction, par l'intimidation ou par la ruse, chacune selon son caractère, elles lui ont imposé leurs règles et leurs conditions comme des mères, en effet, mais impérieuses, abusives, ensorcelantes. Et plus d'une fois il lui a fallu une longue patience, une étonnante abnégation pour obtenir, après des mois d'absence, qu'elles daignent à nouveau apparaître en ses rêves et lui révéler un peu de leurs secrets. "C'était le soir, se souvient Margherita Guidacci, et je me mis au lit, certaine que je passerais une nuit blanche et espérant seulement qu'elle vienne, qu'elle me fasse ce don. Et elle vint. Elle veilla sur moi toute la nuit, restant auprès de moi comme une soeur ou un ange, et au matin, quand le soleil commença à poindre, je pus le saluer avec les mots de l'Hymne à Apollon" (Comment j'ai écrit Sibylles). L'écriture de Margherita Guidacci est cette eau profonde et pure où la vision la plus étrange, la plus oubliée de notre conscience ordinaire, peut resurgir dans l'évidence originelle : "Seul ce qui est limpide / contient intacte la vision". Ainsi parle la Tiburtine. Et ce visage lointain qu'elle nous montre n'est que notre propre image, le regard de la sibylle qui soudain se vide est la seule réponse à notre insistant questionnement. Et écoutons, bien différente de sa soeur, la parole lourde de mélancolie de l'Hellespontique : "Assise sur le rivage de l'Hellespont, / je regarde le flux et le reflux des eaux / entre la Grèce et l'Asie. Je les regarde depuis des siècles, / à présent dérobée au regard des hommes. Mon visage / se confond avec les parois rocheuses, mais la lumière / ambiguë de l'aube ou du soir y dessine parfois / comme un sourire. Car j'ai vu / pareilles à ces flots les troupes de Xerxès / monter à l'assaut des plages grecques et y mourir, / cherchant la gloire et ne trouvant que déshonneur, / j'ai vu se briser comme se brisent les eaux / la puissance du roi ! Par le chemin opposé / j'ai vu ensuite s'éloigner Alexandre / comme un vent resplendissant, pour lever / tous les reflets de l'Asie". Invitée par la Maison de la Poésie de Paris en décembre 1989 grâce à Marie-Claire Bancquart et Jean-Pierre Lemaire, Margherita Guidacci avait séjourné à Paris pour la première fois depuis plus de vingt ans. Le texte de la postface de la présente édition française, Comment j'ai écrit Sibylles, a été rédigé par Margherita Guidacci en italien en signe de gratitude dès son retour à Rome. Magherita Guidacci accédait ainsi au souhait que lui avait exprimé son traducteur français de recueillir en quelques pages les confidences peu banales qu'elle lui avait faites, le soir, rue Le Marois, au cours d'un repas, sur la manière dont s'était passée l'écriture de Sibylles. Ce texte autobiographique si révélateur est parvenu au traducteur au début de janvier 1990, quelques jours avant qu'elle ne soit frappée par la maladie. Il reste entièrement inédit en italien.
Résumé : De passage en Alsace en 1932, Picasso avait été frappé par les dimensions et la puissance du Retable d'Issenheim, peint par Grünewald et aujourd'hui conservé au musée Unterlinden à Colmar. Achevé en 1937, Guernica en porte l'empreinte. Face au Retable, Margherita Guidacci (1921-1992) médite la présence du mal et de la violence dans l'homme à travers les siècles. Car la beauté renversante des peintures fait apparaître avec plus de cruauté encore le cortège de souffrances et de malheurs dont, hier et aujourd'hui, l'homme est tout à la fois le coupable et la victime. "Confrontons / nos cauchemars, Mathis : lesquels choisirons-nous ? ", s'interroge-t-elle. D'un côté, l'humanité du XVIe siècle, frappée par les épidémies, les guerres, les famines. Grünewald nous montre les corps mutilés et pourrissants, les visages affolés, les hurlements. De l'autre, le monde moderne, où le mal prend le visage des armes les plus sophistiquées et du terrorisme. Et quel plus terrible symbole de ce dernier que l'attentat à la gare de Bologne, le 2 août 1980, le plus meurtrier en Europe jusqu'aux événements de 2015 à Paris ? Sur le mur de la gare de Bologne, l'horloge reste aujourd'hui encore bloquée à 10 h 25, heure de l'explosion. Margherita Guidacci a publié ses deux grands cycles poétiques, Le Retable d'Issenheim (1980) et L'Horloge de Bologne (1981), à un an de distance. Avec le recul du temps les deux font résonner la même éternelle plainte de l'humanité souffrante.
Le 2 août 1980 au matin, un terroriste inconnu déposa à la gare de Bologne une valise pleine d'explosif. La détonation eut lieu à 10 h 25 : à cette minute précise les aiguilles de l'horloge de la gare s'immobilisèrent et cette image, reproduite dans tous les journaux, devint comme un symbole du terrible événement. Le jour des Morts, trois mois après le massacre, Margherita Guidacci se trouve à Bologne. " Le 3 novembre, écrit-elle, je fus réveillée par un silence étrange. J'ouvris la fenêtre et vis les toits recouverts d'une épaisse couche de neige. Tandis qu'immobile je contemplais ce spectacle inattendu, me revint en mémoire la dernière page des Dubliners de Joyce, cette neige qui tombe "sur tous les vivants et sur tous les morts". Et à ce moment même me vint le désir de composer un Requiem pour ceux qui étaient morts dans cette ville. " En cet attentat, le plus meurtrier qui ait jamais été commis en Europe, Margherita Guidacci reconnaît la terrifiante figure de ce siècle qui, à travers guerres, goulags et génocides, a porté la violence jusqu'à des extrémités encore insoupçonnées. Requiem pour notre temps, requiem pour une histoire tout entière marquée par l'héritage d'un même mal : " De la première étoile de sang naît tout un firmament. "
L'oeuvre de Rilke n'a cessé d'accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié six ouvrages, souvent réédités : Le Vent du retour, trad. Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad. Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L'Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad. Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; " Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas " (2006), enfin Ainsi parlait Rainer Maria Rilke, trad. Gérard Pfister (2018). Le Livre de la vie monastique (Das Buch vom mönchischen Leben) a été écrit par en 1899 au retour de son premier voyage en Russie (avril-juin 1899) avec Lou Andreas-Salomé, à qui il est dédié. Il constitue la première partie du Livre d'heures publié en 1905. Lou Andreas-Salomé en conservait le manuscrit original qui sera publié en fac-similé en 1936 : y figurent à côté des poèmes de nombreux et précieux commentaires sur les lieux, les circonstances et l'état d'esprit dans lesquels ils ont été écrits par le " moine " réputé en être l'auteur. Ils sont reproduits ici pour la première fois avec les poèmes. Ecrit dans des circonstances exceptionnelles, ce texte est une des oeuvres les plus fortes, les plus " nietzschéennes " de Rilke, l'une de celle qu'Etty Hillesum gardait toujours avec elle. Peu et souvent très mal traduite en français (car très difficile à rendre), elle reste à découvrir par le public français.