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Autonomie et altérité
Guibal Francis
CERF
55,00 €
Épuisé
EAN :9782204046268
Soucieux d'interroger la dynamique fondamentale de notre expérience historique et culturelle, ce travail prend pour fil conducteur la notion de subjectivité, telle notamment qu'elle s'est trouvée inscrite dans notre civilisation par la tradition judéochrétienne avant de donner lieu à reprise et élaboration systématique dans la pensée hégélienne. L'auteur est ainsi amené à suivre et à évaluer certains déplacements majeurs des théories et pratiques contemporaines, qui tendent à questionner le pôle identitaire de l'ipséité au nom des résistances et des appels d'une extériorité multiple et ineffaçable. Ce qui invite à proposer un sens renouvelé de "l'être-soi": autonomie ouverte qui n'est telle qu'à se laisser traverser et inquiéter, toujours-déjà, par le désir de l'altérité, exposition responsable à la fois inaliénable et radicalement infinie.
Ce livre met l'accent sur la cohérence originale d'une pensée attentive à une inspiration d'expérience habituellement tenue pour étrangère au logos conscient de soi. Il retrace le cheminement d'une pensée qui s'élève de l'aventure anthropologique de la temporalité à l'intrigue de responsabilité éthique qui s'y dessine, avant de se risquer à évoquer la signifiance théologique du témoignage prophétique inscrit dans les Ecritures bibliques. Il montre que le sens éthique de la responsabilité, au coeur de l'oeuvre, est inséparable de son enracinement anthropologique et de ses prolongements métaphysico-religieux.
Dans l'ombre immense de Hegel et de Heidegger, deux juifs philosophes s'engagent dans l'aventure philosophique en renouant à leur manière avec les orientations critiques de la pensée kantienne. Mais là où Weil dégage le sens formel d'une universalisation raisonnable soucieuse de prendre en charge la totalité concrète du réel, Levinas en appelle, lui, à l'intrigue dissymétrique d'une responsabilité pour l'autre, relation éthique paradoxale qui ne cesse de déchirer la trame du discours cohérent. Qu'il puisse y avoir des rapprochements entre ces trajectoires contrastées n'autorise ni à les identifier ni à les "relever" à l'intérieur d'une dialectique englobante. Mais les laisser se provoquer et se répondre dans une sorte "d'entretien infini" pourrait contribuer à maintenir vive, en nous et entre nous, la vigilance jamais assez réveillée d'une liberté appelée à la responsabilité.
Résumé : Le sensoriel, le vectoriel et le conceptuel se conjoignent dans le mot sens, ce " diamant " de notre langue qui " évoque un surgissement, un avancement " (F. Cheng), une sorte de poussée explosive où s'atteste la joie de la création. La flèche de l'adresse emporte tous les dits intelligibles et les fait circuler à l'infini entre les voix qui les énoncent et les relancent : l'espace du sens, d'un sens toujours " ab-sens " (jamais donné), s'engendre de cet envoi, de ce passage et de ce partage infixables. Les avancées se croisent, se nouent et se dénouent, se provoquent et se répondent : loin de toute maîtrise possible, nous sommes voués au (x) sens, aux intrigues du et des sens. Pour Emmanuel Levinas, ces versions du sens sont celles d'une proximité éthique irréductible à aucune prise intentionnelle. C'est en allant de l'unicité singulière de l'un à l'altérité irréductible de l'autre que le sens advient ou survient, déjouant l'insistance ou le règne de l'être : appel à répondre, sans condition, qui nous traverse et nous excède, venant en nous de plus loin et de plus haut que nous, nous inclinant les uns vers les autres d'une obligation antérieure à tout choix qui est peut-être l'envoi secret - ou l'élection - de la liberté responsable. Que la vulnérabilité éthique ne signifie ni une passivité de victime ni un refuge de compensation, mais qu'elle invite au risque de (re) penser autrement les dimensions et les tensions d'un " entre nous " que son " à-dieu " même voue étrangement à l'histoire et au monde, voilà sans doute la conviction de fond qui amène ici à prolonger librement les explorations lévinassiennes en montrant comment elles peuvent continuer à inquiéter des approches contemporaines plus soucieuses, apparemment, de justice politique ou de radicalité ontologique.