On l'ignore trop souvent, les Offices d'HLM jouent en France depuis quatre-vingt-dix ans un rôle pionnier en matière d'urbanisme et d'architecture. Cet ouvrage, illustré de nombreuses photos, montre l'actualité et la continuité du rôle des Offices publics dans l'histoire nationale du logement, depuis leur contribution aux constructions d'après-guerre et aux grandes périodes des bâtisseurs, jusqu'à leur intervention pour le logement moderne des salariés et, plus récemment, comme acteurs du droit au logement et de l'aménagement de l'habitat. Réunissant les contributions des meilleurs spécialistes de la question, ce livre rappelle l'inspiration décentralisatrice de l'action des Offices. Les auteurs resituent dans l'époque actuelle l'objectif populaire des HLM, indissociable d'un courant social et culturel d'intérêt public, volontaire et durable. Sous des angles différents et complémentaires, leurs contributions montrent la modernité et l'universalité de l'action des Offices, en faisant vivre l'urbanisme qu'ils ont bâti hier, en présentant celui qu'ils produisent et qu'ils gèrent aujourd'hui, et en associant à la vie de ces réalisations ceux qui y vivent...
Résumé : Après sa magistrale " histoire des commodités " (Les Lieux), Roger-Henri Guerrand nous propose un véritable récit d'aventures, celle du " métro " parisien, dont on célèbre en 2000 le centenaire. Du premier coup de pioche jusqu'à la fameuse campagne publicitaire " Chic et Choc ", Eole et Météor, en passant par les petits et grands incidents qui ont marqué la construction et l'exploitation des lignes, il éclaire tous les aspects méconnus de cette institution-symbole : personnalités des ingénieurs, des architectes et des artistes, réactions des usagers au cours des années, problèmes de rentabilité et de sécurité, modifications de l'administration et des contrôles sont évoqués dans un style précis et vivant. Mais l'auteur ne se contente pas des données techniques et historiques. Il étudie longuement la mythologie du métro transmise notamment par le cinéma, et complète son récit par une anthologie de textes dont le métro est le héros. Tous les Parisiens se passionneront pour ce véritable roman, ainsi que tous ceux qui s'intéressent aux exploits techniques des temps modernes.
Voici enfin le fameux "bidet" que les étrangers pensent être une invention aussi française que le béret et la baguette de pain. Ils ont bien raison de nous créditer de cette création majeure! Si l'on ne connaît ni le nom de son inventeur ni la date de son invention, le bidet est sans conteste l'oeuvre des meubliers parisiens du siècle de Louis XV; en cette période de libertinage, il joua le rôle de "confident des dame" avant de devenir l'indispensable objet du confort sanitaire moderne. Associé aux choses du sexe, à la nudité et à l'intimité, aux thérapies vénériennes et aux funestes secrets des familles, le bidet demeure pourtant, depuis sa création, l'objet de toutes les fascinations et de toutes les suspicions. Parce qu'il évoque un petit cheval et un enfourchement, il restera, malgré son importante diffusion, un objet trivial au nom impudique à prononcer. L'histoire de cet "indicible violon" restait à écrire car personne encore ne l'avait osé. C'est le mérite de cet ouvrage pionnier, oeuvre de deux chercheurs qui n'ont pas craint les difficultés de l'entreprise; entre l'inventaire technique et la tentation de propos teintés de légèreté, ils ont réussi la gageure d'un travail à la fois documenté et amusant. Biographie de l'auteur Julia Csergo, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lyon-2, travaille sur l'histoire de la santé, de l'hygiène, des loisirs, de l'alimentation. Elle a publié et dirigé de nombreux ouvrages parmi lesquels Voyages en gastronomie (Autrement, 2008). Roger-Henri Guerrand (1923-2006), historien hors norme de la vie quotidienne en milieu urbain, est l'auteur de nombreux livres, dont Cent ans d'habitat social: une utopie réaliste (Albin Michel, 1989, avec R. Quillot) et d'un livre de mémoires, A contre-voie: mémoires de vie sociale (Infolio, 2005).
Il y a maintenant plus de trente ans que la contraception est libre en France. Moins longtemps pour l'avortement, qui conserve des adversaires acharnés. On en viendrait à oublier qu'au cours du demi-siècle précédent les partisans du contrôle des naissances ont été fréquemment emprisonnés. Cette répression était d'autant plus dure que ces militants faisaient de la limitation volontaire des naissances une arme contre la misère et l'exploitation, le militarisme et la guerre. Née en 1890, Jeanne Humbert est entraînée par sa mère, qui abandonna son mari et ses autres enfants pour vivre avec un militant anarchiste. Sa longue vie a été celle de cent combats : pour l'anarchisme, la limitation volontaire des naissances, la liberté sexuelle, le pacifisme... En 1909, elle devient la collaboratrice d'Etienne Humbert, dont elle sera l'une des compagnes, puis l'épouse. Aux côtés de grandes figures de l'anarchisme, des féministes radicales et de nombreuses personnalités rebelles, elle mène le combat des néo-malthusiens de Génération consciente pour la liberté de la contraception et de l'avortement. Comme à Eugène Humbert, ce combat lui vaudra procès et séjours en prison, car la République voulait des enfants, toujours plus d'enfants, pour en faire des ouvriers et des soldats ! La loi de 1920 livra les néo-malthusiens à leurs ennemis : moralistes cléricaux, laïques ou rouges, populationnistes, nationalistes... sans parvenir à les faire céder ni, d'ailleurs, à freiner la baisse de la natalité. Aujourd'hui encore, en France, la propagande pour la limitation des naissances reste interdite par la loi. Jeanne Humbert n'abandonna jamais le combat libertaire, rejoignant par exemple May Picqueray lorsque celle-ci fonda Le Réfractaire en 1974 pour poursuivre l'action de Louis Lecoin. Un combat, comme sa vie nous le rappelle, qui vise à libérer femmes et hommes de l'empire de la nécessité et de la tutelle des puissants.
Résumé : Un homme remarquable, Manfred Klauda, a constitué naguère à Munich une collection improbable : six mille vases de nuit de toutes époques et de tous styles. Ce livre en présente les pièces les plus belles et les plus significatives, urinaux antiques, bourdaloues baroques, pots Art Déco. Il constitue un témoignage irremplaçable puisque la collection a aujourd'hui été dispersée.
Depuis une dizaine d'années, les caméras de vidéosurveillance ont envahi notre paysage urbain. Une frénésie sécuritaire qui fait déjà l'objet d'abondantes critiques mais qui dissimule encore ses véritables failles, systémiques, techniques, juridiques, tout en banalisant chaque jour un peu plus une idéologie d'autosurveillance généralisée. Depuis les années 2000, les caméras de vidéosurveillance et de vidéoprotection ont envahi notre paysage urbain. Cette nouvelle manière de protéger la population fait couler beaucoup d'encre. Or les prismes dominants (sécurité versus liberté) et les images mobilisées (du Panoptique à Big Brother, en passant par Minority Report), en disent plus sur les fantasmes collectifs que sur les réalités concrètes de ce dispositif. Dans ce récit d'enquête, au plus près des expériences et des représentations des acteurs publics et privés qui utilisent la vidéosurveillance au quotidien, Elodie Lemaire passe au crible les idées reçues sur cet oeil sécuritaire, pour mieux en identifier les vrais dangers. En nous faisant pénétrer dans les salles de contrôle et les coulisses des tribunaux, l'auteure montre que les usages de la vidéosurveillance sont loin d'être conformes à sa réputation de " couteau suisse de la sécurité " ou de " reine des preuves ". Mais ces limites cachent d'autres dérives bien réelles, comme la banalisation d'une idéologie qui construit progressivement notre vision sécuritaire du monde social.
Narcisses pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisses vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d'humilité, les Narcisses sont de tous les fronts et font recette. Pour s'en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire. Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse occupent des positions de pouvoir au sein des affaires ou des médias, voire à la tête des Etats. Certains observateurs, confondant narcissisme et confiance en soi, considèrent que le renforcer permettrait d'affronter les maux de l'époque. Pourtant, les " psys " dénoncent régulièrement le rôle désastreux du narcissisme ambiant sur leurs patients : solitude, souffrance au travail, désordres amoureux... Pour comprendre cette réalité paradoxale, Marie-France Hirigoyen propose une enquête détonante nourrie de sa clinique. Elle pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d'avoir suffisamment confiance en soi pour s'affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle reprend la genèse de ce concept dans la psychanalyse freudienne, puis dans la psychanalyse américaine, qui l'a transformé en mettant l'accent sur l'" estime de soi " - participant ainsi d'un glissement de sens emblématique. Emaillé de nombreuses études de cas, histoires et récits de vie, ce livre explique ainsi de manière vivante et originale les dérives du monde moderne, où de plus en plus d'individus sont centrés sur eux-mêmes, " scotchés " à leurs écrans, " accros " aux réseaux sociaux pour se valoriser et exister uniquement dans le regard de l'autre. Mais il invite aussi, grâce à un dialogue renouvelé entre psychanalyse et sociologie, à mieux comprendre les traits narcissiques pour contrer l'ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.
Crawley Quinn Josephine ; Pignarre Philippe ; Bonn
Qui sont les Phéniciens ? Un peuple de l'Antiquité auquel les Grecs auraient emprunté l'alphabet ? Des commerçants et des navigateurs exceptionnels partis du Levant (Tyr, Sidon, le Liban actuel) pour fonder Carthage, dont l'empire concurrencera les cités grecques en Sicile ou en Sardaigne, jusqu'à sa destruction par Rome ? Un peuple pratiquant une religion cruelle avec un dieu exigeant l'immolation d'enfants, source d'inspiration du Salammbô de Flaubert ? Pourquoi, comparés aux Grecs et aux Romains, sont-ils finalement presque insignifiants dans nos histoires et nos récits de l'Antiquité ? Comme dans une enquête policière, l'auteure retrace tout ce que l'on sait sur eux et qui renverrait à une " identité " phénicienne, à un peuple original. Elle explore successivement la langue, la religion, les colonies, l'influence régionale de Carthage. Elle s'appuie sur l'épigraphie, la numismatique, l'architecture, les dernières découvertes archéologiques. A chaque fois que l'on croit saisir cette identité, elle s'échappe... On n'est désormais même plus du tout certain que Carthage ait été une colonie de Tyr ou de Sidon... Les Phéniciens constituaient-ils un véritable peuple ? Etaient-ils reconnus comme tel par leurs contemporains ? Ce qui est certain, c'est qu'ils ont fait l'objet d'une multitude d'opérations d'instrumentalisation (et de fantasmes ! ) : par les Grecs, les Romains et, quelques siècles plus tard, par les Irlandais puis les Anglais et, enfin, les Français !
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.