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Cartographies schizoanalytiques
Guattari Félix
GALILEE
42,00 €
Épuisé
EAN :9782718603490
Ce livre réunit les matériaux d'une recherche en cours et quelques monographies schizoanalytiques. L'élaboration théorique se veut ici essentiellement spéculative, sans prétendre pour autant surcoder pied à pied les pratiques de la subjectivité : elle voudrait seulement contribuer à leur donner de l'air. Afin qu'on ne puisse la laisser de côté, elle tend à fonder la problématique de l'énonciation à partir de quatre paramètres : les Flux sensibles et signalétiques, les Phylum de propositions machiniques, les Territoires existentiels et les Univers de référence incorporels. Aucun discours "psy" ne peut se soutenir s'il ne s'engage pas dans la mise en place conjointe, sous un nom ou sous un autre, de ces quatre dimensions. A cet égard, le roman familial d'un névrosé se situe sur le même plan que le roman épique de la théorie psychanalytique : l'un et l'autre ne trouvent leur efficace que dans la mesure où ils parviennent à donner consistance à un Agencement d'énonciation. Au-delà de la signification et de la dénotation, c'est la fonction de récit a-signifiant qui joue là, comme dans les sociétés archaïques, le rôle de support essentiel d'une subjectivité en acte - individuelle ou collective. Le caractère fragmentaire des développements présentés ici correspond au fait qu'aucun récit ne peut prétendre se soutenir comme récit de tous les récits, sauf à sombrer dans un réductionnisme dogmatique. Il faut, dans ce domaine, savoir s'arrêter à temps, pour que puissent s'ouvrir d'autres champs de possible En fait, c'est beaucoup plus sous un paradigme esthétique qu'un paradigme scientifique-scientiste que se situent les présentes recherches.
Le présent volume présente l'inventaire, composé et commenté par Félix Guattari, des soixante-cinq rêves présents dans le Journal et les correspondances de Kafka, ainsi que de plusieurs textes rares ou inédits sur l'oeuvre de celui-ci. Ultérieurs à la publication (avec Gilles Deleuze) de Kafka. Pour une littérature mineure (Éditions de Minuit, 1975), ils témoignent de la passion inchangée de Félix Guattari pour l'une des oeuvres majeures du XXe siècle.
La réédition des "Années d'hiver", épuisé depuis presque vingt ans; répond à plusieurs motifs qui sont autant de nécessités, théoriques et politiques. Plus que l'argument d'une puissance à contretemps des vraies pensées critiques, on pourrait simplement faire valoir la stupéfaction que suscitent ces quelques textes: stupéfaction face à leur pleine actualité, sans séparer le sens philosophique du terme cher à Félix Guattari et Gilles Deleuze (celui d'un concept incarné, à l'oeuvre, en devenir) de son sens plus familièrement journalistique - tant sont flagrantes ici, presque à chaque ligne, l'acuité brûlante, la force anticipatrice, la valeur d'éclairage et d'outillage pour aujourd'hui de ces remarques éparses,"avancées il y a un quart de siècle. Car cet hiver mondial des premières années 1980, avec ses poussées droitières, son triomphe du marché et ses nouveaux esclavages subjectifs, Guattari en pressent avec une puissance inouïe la dimension de mutation historique et de tournant anthropologique. Par la diversité de leur énonciation, conférentielle ou confessionnelle, théorique ou anecdotique, et surtout de leurs objets (technologie, art, politique, psychanalyse, épistémologie...), ces fragments d'une oeuvre elle-même éparse en révèlent, mieux qu'aucun autre texte, l'extension formidable, la richesse circulatoire, les univers hétérogènes en même temps que la cohérence contagieuse. Outre qu'ils constituent des clés d'entrée dans l'univers guattarien, ces quelque trente textes peuvent être lus à la lumière de l'injonction que formulera Deleuze quelques années plus tard:" Il n'y a pas lieu de craindre ou d'espérer, mais de chercher de nouvelles armes. "C'est à la constitution d'un arsenal politique, théorique, subjectif, pour affronter les" années d'hiver "présentes ou à venir, qu'invite cet ouvrage."
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...