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Les monnayeurs du langage
Goux Jean-Joseph
GALILEE
23,00 €
Épuisé
EAN :9782718602547
Est-ce un hasard si la crise du réalisme romanesque et pictural en Europe coïncide avec la fin de la monnaie or ? N'y a-t-il pas là un effondrement des garanties et des référentiels, une rupture entre le signe et la chose qui défait la représentation et inaugure un âge de la dérive des signifiants ? Dans une première partie, l'auteur montre comment Les Faux Monnayeurs d'André Gide est, à ce titre, une oeuvre exemplaire le langage et la monnaie, dans leur statut étroitement homologique, sont atteints ; mais aussi la valeur de la paternité et toutes les autres valeurs qui règlent les échanges, trahissant une crise fondamentale qui est aussi celle du genre romanesque. Dans la deuxième partie, nous découvrons comment, grâce à cette rupture historique entre "le langage or" d'un Zola ou d'un Hugo et "le langage jeton" de Mallarmé, Valéry, Saussure et quelques autres, il devient possible de rendre compte des traits majeurs de notre façon de symboliser.
Cet ensemble ne cherche pas à gommer par des ponts et des raccords le disparate des préoccupations, l'aléatoire des sollicitations. Il forme toutefois un ouvrage qui a ses obsessions, ses retours, ses insistances. Le cours de l'Histoire et les philosophies qui ont cherché à le comprendre, la place dominante prise aujourd'hui par le discours économique, les quêtes extrêmes de sens, aux limites de la raison, la fidélité à des causes qui ont pu passer pour utopiques, voilà quelques tracés qui se rendent visibles. Quoi de commun entre l'espoir fou d'Antonin Artaud de "guérir la vie" en transgressant les frontières de la rationalité occidentale, et la tentative d'Emmanuel Lévinas de fonder l'éthique sur le visage de l'autre pour subvertir la tyrannie de l'universel et de l'impersonnel ? Quoi de commun entre la temporalité anhistorique de l'Islam et l'espoir militant d'une libération des femmes qui ouvre une autre Histoire ? Dans le choc des réflexions aux prises avec l'inattendu, dans l'irruption des conjonctures inquiétantes, ces effets de brisures, ces fractures du temps, ne contredisent pourtant pas un souffle d'irréversible, qui confirme ce que les pensées de l'Histoire et leur foi dans l'avenir ont pressenti. J.J.G.
Suivant différents angles d'attaque, mais reliés par le même fil conducteur théorique, les essais réunis ici ont pour but d'élucider les conflits du visuel qui ont traversé le siècle qui vient de s'écouler et se prolonge dans celui qui commence. La question de l'image dans sa dimension esthétique, mais aussi politique, philosophique, théologique, n'a cessé depuis longtemps de condenser une multitude d'enjeux souvent brûlants et conflictuels. Mais le siècle précédent a été, de ce point de vue, explosif. Secoué par l'art moderne avec ses défigurations cubistes et ses échappées non-figuratives, décontenancé par la psychanalyse avec ses forages dans la profondeur des images oniriques, bouleversé par la nouveauté des moyens mécaniques de saisie de l'apparence des choses et des êtres (photographie, cinéma), le siècle passé a connu la refonte complète de la visualité gréco-romaine et renaissante. En quelques décennies le régime visuel a basculé dans une nouvelle ère". J. -J. G.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.