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Le médiéval sur la scène contemporaine
Gally Michèle ; Hubert Marie-Claude
PU PROVENCE
28,01 €
Épuisé
EAN :9782853999618
Dans la production théâtrale actuelle, la référence médiévale est très présente comme si les siècles médiévaux constituaient une sorte de réservoir de scénarios, de figures, d'images, qui ne cessent d'être revisités à la faveur de multiples réappropriations. L'importance quantitative d'un corpus théâtral à sujet ou à référence médiévale depuis le début du XXe siècle repose sur une sorte de paradoxe, celui de la quasi-absence de pièces du répertoire proprement médiéval sur la scène vivante. Ce point est interrogé ici dans la mesure où le Moyen Age a souvent accompagné un certain développement dramaturgique, donnant aux dramaturges des sujets différents de ceux de la scène classique, permettant des expérimentations d'écriture ou de mise en scène. Ce volume traite des enjeux et des modalités, des raisons et des limites d'une telle représentation du "médiéval" sur la scène contemporaine : pourquoi ce choix et comment le concrétiser, à quel moment se produit-il dans l'oeuvre d'un dramaturge, dans quel but, et avec quel succès ? Les sujets et les résurgences médiévales émargent, en effet, à tous les registres religieux, comique, historique, ils nourrissent la satire, se concilient avec le burlesque comme avec le pathétique, le sérieux ou la dérision. Ils traversent aussi différents genres : le romanesque médiéval prête volontiers ses héros à la dramaturgie moderne, la poésie médiévale génère mise en voix et en espace. Fonctionnant comme métaphores de notre temps, ces pièces, en outre, prennent volontiers une coloration politique et servent à questionner les conflits et les impasses du monde d'aujourd'hui.
De La chambre des dames à Game of Thrones, d'Umberto Eco à Carole Martinez ou Marc Graciano, mêlant réalisme et fantastique, histoire et légende, aventure et ésotérisme, le Moyen Age nourrit des oeuvres en tous genres comme autant d'avatars que l'on regroupe désormais sous le terme de "médiévalisme". C'est à ses diverses actualisations que l'on s'intéresse ici, sans distinguer "grande" et "petite" littérature. Elaborant une représentation à partir de motifs récurrents, de lieux communs et de figures-types, l'inspiration médiévale nivelle en effet, partiellement, les niveaux d'écriture, et en un sens les unifie. C'est pourquoi, quoiqu'issue du roman historique, la littérature médiévaliste tend à sortir de l'Histoire, et à se fonder sur une achronie, recréant un passé qui n'exista jamais. Un passé ouvert à tous les fantasmes, disponible à toutes les projections, offert à tous les rêves.
Humanités: un vocable "ringardisé", pour une réalité désormais presque "hors-la-loi", comme le prédisait Calvino. Le latin, le grec... on peut vivre sans? Admettons! Mais la formation des esprits à la compréhension intime des textes, la relance, à chaque génération, de notre culture fondatrice? Trouver cela inessentiel en dit long sur notre aplatissement intellectuel et moral. Michèle Gally rend compte avec une lucidité qui fera grincer bien des dents d'une marginalisation progressive, d'une éviction éducative qui s'est parée d'oripeaux "égalitaristes" et "modernistes", mais a joué le jeu de la déculturation. Son grand mérite est de dépasser toute position "réactionnaire" et de montrer que l'étude des lettres anciennes (et de la littérature) reste l'un de nos derniers recours pour résister à un air du temps de plus en plus aliénant. Parce que ces lettres, précisément, sont non modernes? Sans aucun doute. Mais aussi parce que notre démocratie n'est pas inscrite dans la nature, elle est la fille "accidentelle" des noces de l'Antiquité et de l'Humanisme. Sa survie, à l'heure de la confluence au sein de la Nation d'une diversitéinédite des origines, passe aussi par l'offre, à notre jeunesse, d'un ensemble élargi de références et de pratiques culturelles à partager.
Pour les Médiévaux, l'amour est d'abord poésie, puis un code, la fin'amor. L'intelligence de l'amour, selon l'expression du poète dans la Vita Nova, est à la fois savoir d'amour et savoir poétique, qui ensemble conduiront Dante à son "Poème sacré". Car l'amour, au Moyen Age, demeure pris entre amour de Dieu et aventures dangereuses du désir. Il ne cesse d'être le thème d'un enjeu entre laïcs et religieux, clergie et chevalerie, poésie et théologie. Au XIIe, siècle les discours sur l'amour se multiplient, en latin chez les théologiens, en français dans les traductions plus ou moins fidèles de l"Art d'aimer d'Ovide. Plus qu'une réponse inaboutie et toujours reprise à une définition de l'amour, ces dernières indiquent la tentative des clercs pour faire pièce à la fin'amor lyrique. Dans le sillage à la fois des trouvères et d'Ovide se construit alors en deux temps la somme poétique et savante du Roman de la Rose." Art d'aimer "et" miroir aux amoureux ", elle change la donne et propose une alliance: l'aventure amoureuse se fond dans le savoir encyclopédique. A la fin du VIXe, siècle, les Echecs amoureux confirment que la quête amoureuse n'a de sens que d'être quête de connaissance. L'ars amandi se mue en libido sciendi. Quant aux poètes, de Richard de Fournival à Guillaume de Machaut, si leur discours lyrique se fait plus savant, s'ils font désormais entrer le monde dans leurs vers, c'est pour séduire leur dame. L'intelligence de l'amour ne saurait se déprendre de l'intelligence de la poésie."