Depuis son règne au début du XIXe siècle, Chaka n'a jamais cessé de troubler les consciences, en Afrique comme en Occident. On a vu en lui un despotedément assoiffé de sang et un politique visionnaire, le fondateur par le fer et la guerre de la nation zouloue et l'un des derniers rois indépendants de l'Afrique précoloniale. Senghor lui a dédié l'une de ses pièces, les opposants à l'apartheid en firent une figure tutélaire de leur combat, et il alimente encore les fantasmes des romanciers et des historiens. Henry Francis Fynn, jeune anglais débarqué au Cap en 1818 en quête de fortune, parvint à le rencontrer alors qu'il était au faîte de sa puissance. Fasciné par la personnalité ambiguë du Roi, il devint l'un de ses familiers et s'installa une dizaine d'années chez les Zoulous, dont il apprit à connaître en profondeur les m?urs et la langue. Les notes qu'il prit sur le terrain - conservées dans ses pérégrinations aventureuses au creux d'une oreille d'éléphant -, ont plus tard été révisées par ses soins pour donner lieu au "journal" que l'on va lire, à la croisée de la chronique historique, du récit d'exploration et du carnet ethnographique. Dans ce portrait de la société zouloue de l'époque, Fynn apparaît tour à tour acteur et témoin de la naissance de l'Afrique du Sud et d'une épopée africaine devenue légendaire.
L?histoire que Fynn raconte aujourd?hui s?est passée il y a une trentaine d?années. Fynn avait dix-neuf ans, il rôdait dans le quartier des docks de l?East End londonien, un soir brouillardeux de novembre, et il découvrit, assise sur une marche, une petite fille crasseuse, meurtrie et terrifiée. Il l?emmena chez lui et la confia à sa mère, vigoureuse Irlandaise qui accueillait tous ceux et celles que ses enfants lui amenaient. Anna avait pour intérêt principal dans l?existence sa familiarité avec Dieu. « Mister God ». Elle comprenait le sens de la vie et la signification de l?amour. A six ans, elle était théologienne, mathématicienne, philosophe, poète et jardinière. A sept ans elle mourut dans un accident, son beau visage traversé d?une petite grimace, et disant : « Fynn, j?parie que Mister God m?laissera entrer au ciel à cause de ça. »Fynn évoque toute cette histoire en disant de lui-même : « Je m?appelle Fynn. Enfin ce n?est pas mon vrai nom, mais qu?elle importance ? Tous mes amis m?appellent Fynn, ça m?est resté? Je mesure un mètre quatre-vingt-cinq, je pèse cent deux kilos, j?adore la gymnastique, ma mère est Irlandaise et mon père Gallois? Mon passe-temps favori ? Me balader dans le quartier des docks, la nuit, par temps de brouillard. »Cette étrange histoire racontée par un étrange témoin, dont le préfacier nous certifie l?existence, ressemble à un conte : Alice au pays des docks ou Anna Crusoë dans l?île de l?absolu. Mais non, c?est une histoire vraie, et c?est bien pourquoi elle semble incroyable.
Résumé : Fynn a dix-neuf ans, il rôde dans le quartier des docks de l'East End londonien. Un soir, il découvre, assise sur une marche, une petite fille crasseuse, meurtrie et terrifiée. Il l'emmène chez lui et la confie à sa mère. Anna a un centre d'intérêt principal dans la vie : Dieu. Qu'elle appelle Mister God. A six ans, elle est théologienne, mathématicienne, philosophe, poète et jardinière. A sept ans elle meurt dans un accident. Un conte d'éveil philosophique.
Revoici Anna, la petite fille familière de Mister God, qui " trouvait Dieu dans les choses les plus insolites : les tickets de tram, l'herbe, les mathématiques, et même dans la crasse de ses mains ". L'histoire d'Anna, avec ses vérités éternelles, vit dans l'esprit et le coeur d'innombrables lecteurs d'Anna et Mister God. Après sa mort, il restait peu de chose d'elle - ; sauf quelques fragments précieux de ce qu'elle avait écrit. Ce sont ces fragments que nous offre le témoin étrange et fraternel de sa courte vie, Fynn. Traduit de l'anglais par Marie-France de Paloméra.
Revoici Anna, Fynn, Maman, Millie et, bien sûr, Mister God. Avec lui, Anna entretient, onrts qui décoiffent. Mais voici encore une nouvelle connaissance : Mister John. Mister John est un vieux monsieur qui fut naguère le professeur de Fynn, le narrateur. Il a cette particularité d'être incroyant, de considérer les religions " comme des foutaises ", de ne croire qu'à ce qu'il est possible de prouver. Mais Mister John, le " Cavalier noir ", est pris et emporté par le tourbillon Anna qui a, sans en avoir l'air, réponse à tout. Et voilà qu'en fréquentant la petite rouquine, à ne plus pouvoir s'en passer, il découvre que le conformisme des idées n'est pas toujours là où les esprits forts le mettent... Ceux qui ont aimé la perle rare qu'est Anna et Mister God, ainsi que Le Cahier d'Anna, retrouveront ici la fraîcheur d'un récit où la vérité des grandes personnes sort de la bouche des enfants.
Sam Kenoi, Apache Chiricahua interrogé dans les années 1930 sur la réserve de Mescalero, se souvient du Geronimo de son enfance. Il n'appréciait guère cet "emmerdeur [...] trouillard comme un coyote". L'épopée du célèbre chef apache s'en trouve écornée, mais c'est aussi le moyen de faire entendre - malgré a dévastation apportée par les Blancs - la voix du peuple chiricahua, qui survécut à une déportation de vingt-cinq ans avant de pouvoir retrouver ses terres ancestrales. Un récit vif, dense et poignant, parcouru d'un humour cabotin - signe de vie. Ce livre, apparenté aux documents tels que les Lettres à sa fille de Calamity Jane, forme un contrepoint aux célèbres Mémoires de Géronimo.
White Richard ; Desbarats Catherine ; Cotton Frédé
Immense fresque narrative, l'ouvrage de Richard White a bouleversé la conception que l'on se faisait de l'histoire de l'Amérique du Nord. Il rapporte comment, du XVIIe au début du XIXe siècle, Indiens et Européens établirent les pratiques d'un monde commun, le Middle Ground, fondé sur des accommodements précaires, traversé de conflits et néanmoins mutuellement compréhensible. Mais il raconte aussi comment ce monde partagé a pris fin dès lors que les jeunes Etats-Unis d'Amérique ont refoulé une fois pour toutes les Indiens dans les limbes de l'exotisme, les figeant dans une altérité radicale qui ouvrait la voie à la "Conquête de l'Ouest". Un livre fondateur, palpitant, qui possède le souffle dévastateur des chefs-d'oeuvre de la littérature historique.
Capturé en mer au mois de mai 1597 par des corsaires de Malte, Ma?cûncizâde Mustafa Efendi, cadi ottoman de Chypre, passa deux années pleines dans le bagne de La Valette. Il y composa un ouvrage racontant son quotidien, à travers des lettres de suppliques adressées au Sultan de Constantinople ou à des dignitaires ottomans en vue d'obtenir son rachat. L'ouvrage qui en résulte est un témoignage rare sur les nombreux captifs musulmans dans les geôles des grands ports de la Méditerranée chrétienne à l'époque moderne ; il nous renseigne également sur la politique de La Porte vis-à-vis de la captivité de ses sujets en Europe. Fin lettré, Ma?cûncizâde compose en outre une pièce littéraire dont la traduction permet de saisir les saveurs fleuries de l'ottoman, si bien méconnu France.
Oh, pauvres de vous, vendus comme des chiens, infortunés et maltraités! Votre courage s'est-il donc pétrifié? Désormais n'agirez-vous donc plus et serez-vous éternellement des serviteurs alors que vous pourriez être des seigneurs et venger les affronts et les humiliations qui vous sont faits ?". Le mardi de Pâques 31 mars 1282, la Sicile tout entière se révolte contre Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, qui occupe le royaume depuis près de vingt ans. Au signal donné à l'heure des vêpres, la population se précipite dans une chasse aux Français qui va faire près de 8000 victimes puis refouler Charles d'Anjou hors de l'île et y installer pour finir la Couronne d'Aragon. A la fois chant populaire et chronique historique, le bref récit de la fin du XIIIe siècle ici présenté met en scène Jean de Procida, l'âme de la rébellion. Héros bafoué mais rusé comme Ulysse, il tisse tambour battant un immense complot à travers toute la Méditerranée, de Byzance à Barcelone en passant par Rome et Palerme. Ce Complot de Jean de Procida, évocation épique de la Sicile insoumise, est aussi à sa façon l'un des tout premiers romans d'espionnage.