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Sans rien savoir des vagues. Anthologie poétique 1992-2014
Forcano Manuel ; Frayssinet Dani
RUMEUR LIBRE
17,00 €
Épuisé
EAN :9782355770845
La poésie de Manuel Forcano est délicate, profonde et sensuelle. Elle s'est nourrie au lait des humanismes et à l'eau de Méditerranée: des lyriques grecs et latins de l'Antiquité, des classiques arabes et hébreux qu'il a traduits. Pourtant, elle reste limpide, simple, toujours liée à l'expérience vécue, à la quotidienneté. Le voyage, très souvent, ou le souvenir du voyage, sont les prétextes du poème. Pour un rien, soudain, les souvenirs affleurent et avec eux remonte la chaleur des touchers, la géographie des corps et puis bien sûr la nostalgie. Nostalgie de ce qui fut et qui n'est plus. Nostalgie même de ce qui n'est jamais advenu. Superficielle nostalgie, car, sous la peau du souvenir, le désir est une plaie encore ouverte et la vie ne demande qu'à exulter. Les poèmes choisis pour ce recueil sont autant de pages arrachées au carnet de bord d'un marin revenu à sa table, au terme de bien des périples. Carnets tendrement désabusés où le désir et le plaisir ont pris le nom des vents et des courants qui portèrent le navire d'une escale à une autre, d'un amour à un autre, tout autour de la Méditerranée. Manuel Forcano dit lui-même dans l'un de ces textes: "Se souvenir / c'est être la vigie d'un navire coulé / et crier sous la mer / Terre en vue!". Lire ce recueil revient à s'embarquer à son bord, aveuglé, impatient, sans rien savoir des vagues.
En 1954, frappé du verdict sans appel d'inaptitude à la vie religieuse par la Société de Marie qui lui interdit de renouveler ses voeux, Marius Alliod perd sa raison d'être en ce monde. À l'âge de 24 ans, il se voit exilé dans une forteresse de silence, bien loin de l'espace enchanté où son coeur s'était enflammé. C'est près de cinquante ans plus tard qu'il entreprend cette correspondance fictive avec son directeur spirituel d'autrefois, ce "Père" auprès de qui il dépose sa plainte tragique et son indignation. Trente lettres demandant raison de cette exclusion sans parole, sans confrontation avec ses juges ; éprouvés posthumes devenus pures réminiscences d'un chagrin si puissant qu'il le laissa dans la stupeur du deuil de son désir et la honte angoissée d'avoir failli à son devoir d'amour. Chaque lettre verse le flot furieux de prières et de plaidoyers malheureux destinés à briser cette chape de silence et affronter une hiérarchie coupable d'avoir usurpé le pouvoir de valider l'appel de Dieu ! C'est une âme qui se sonde jusqu'à l'épuisement de toute raison, qui entend la détresse d'une enfance captive de la souffrance d'une mère abîmée en un puits sans fond de mélancolie. Au lendemain de son renvoi, elle lui adressera les dernières lignes écrites de sa main : lamentation sans espoir devant la perte de sa vocation, mais aussi cri ultime d'amour auquel répondent peut-être toutes ces lettres, insistantes et belles dans la pureté d'une langue tendue jusqu'à se rompre, modulant tour à tour au sein de l'ample bercement de la rhétorique ce tremblement intérieur d'une poésie du coeur et la violence éruptive d'une voix qui cherche encore ce lieu où s'éprouve la présence du maître de la Parole.