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La Ballade des hommes-nuages
Finck Michèle
ARFUYEN
18,50 €
Épuisé
EAN :9782845903241
Michèle Finck poursuit l'élaboration d'une oeuvre à nulle autre pareille, où l'autobiographie tient une place essentielle et s'exprime d'emblée dans une polyphonie des formes d'expression artistique, musique mais aussi peinture et cinéma. Sur un piano de paille, son précédent recueil, se concluait sur ces derniers vers : "Poésie dire ce que c'est : la condition humaine. / La musique est l'autre face de la mort. / Sa face terrestre". C'est une autre face de l'humaine condition qui est au centre de ce nouveau livre : la maladie mentale, envisagée non de manière abstraite, mais à travers la figure de l'homme aimé. Un parmi tant d'autres "hommes nuages" enfermés dans la maladie : "Pitié pour les hommes-nuages / Qui combattent effroi aux frontières / De la folie" Ce livre n'est pas un recueil de poésie comme on l'entend. Il est d'un seul tenant, d'une seule coulée brûlante de douleur et de tendresse. Et dans le même temps totalement maîtrisé, construit avec un soin obsessionnel : "Etre poète, écrit-elle / Passer vie / A chercher / Mot qui manque. / Pas pour le mot. / Pour la guérison. / Pour l'amour. / Pour sauver l'autre". Les précédents livres de Michèle étaient des tombeaux, peuplés de pleurs et de cris, celui-ci est un chant d'amour et d'un paradoxal bonheur : "Sans toi homme-nuage / C'est la vie / Sans la vie" . "Homme-nuage / Femme-nuage : /Nous" .
La parution de l'oeuvre de Philippe Jaccottet en Pléiade permet de mesurer la dimension de l'altérité dans une poésie dont l'un des traits distinctifs est d'être fondamentalement dialogique. S'il n'y a pas d'expérience poétique sans une tension entre un principe de solitude et un principe d'altérité, l'oeuvre de Jaccottet est de celles qui assument cette tension tout en orientant le plus possible la parole vers l'exigence de l'altérité dont Mandelstam a donné la formule : "Pas de lyrisme sans dialogue" . Pour Jaccottet, comme pour plusieurs poètes de sa génération, la poésie est par sortie de soi, par ouverture à l'autre - ou n'est pas. Ecrire poétiquement, c'est répondre à l'autre et de l'autre ; il y va de la responsabilité du poète, qui engage aussi la responsabilité du lecteur.
Résumé : Depuis Balbuciendo (2012), son premier livre aux éditions Arfuyen, Michèle Finck poursuit une oeuvre d'une rare puissance et intensité. Non pas de simples recueils mais de gros livres très architecturés où l'autobiographie se mêle avec une immense culture, les formes poétiques les plus variées avec la prose, le chant avec les cris. Après de nombreux livres qui étaient comme autant de tombeaux, La Ballade pour les hommes-nuages (2021) laissait déjà entendre un chant d'amour et d'un paradoxal bonheur. Comme le dit assez son titre, La voie du large pousse plus loin cette ouverture : le thème marin, déjà présent dans les précédents recueils, communique à l'ensemble du recueil un peu de sa lumière et sa sérénité. Huit mouvements : "La langue au doute" , "Leçons de ténèbres" , "Intermezzo" , "Corres-pondances stellaires" , "Santa Reparata" , "Radiophilie" , "Cantillation du doute et de la grâce" . Du doute à la grâce, c'est la musique qui opère la métamorphose : "Musique / Rend // Translucide // Ce sourire / Des sons / Qui est / Larme / Est-ce / Ce qu'on appelle // La grâce ? " Car la musique est comme la mer, étreinte et délivrance, bienheureuse réparation : "Nager Ne plus savoir depuis combien / de temps Bientôt ne plus sentir si je nage / dans la mer ou lévite au-dessus / des montagnes Le bleu devient mental / est-ce lui ou moi qui lentement tournoie ? "
Le prix Goncourt de poésie 2018 décerné à Anise Koltz et la parution d'une anthologie dans la collection Poésie de Gallimard en 2016 justifient pleinement cette première étude d'ampleur consacrée à la poète luxembourgeoise Anise Koltz. Il y va d'une exploration tout à fait neuve des deux centres de gravité de l'oeuvre : l'inapaisement et le travail entre les langues d'une poète trilingue qui, après la mort de son mari des suites des tortures infligées par les nazis, a décidé de ne plus écrire en allemand, mais en français. Sont réunies ici, à la suite du colloque international consacré à Anise Koltz à l'université de Strasbourg en novembre 2016, treize interventions écrites par des universitaires, des poètes, des doctorants, une traductrice, qui tous questionnent la parole poétique dense, laconique, équarrie, inventée par Anise Koltz entre les langues.
Il y a une consubstantialité, encore insuffisamment explorée, entre la question du lyrisme et celle de l'épiphanie musicale. L'approfondissement de cette coïncidence s'impose d'autant plus que les études consacrées à la poésie moderne tendent à mettre en sourdine les « moments musicaux » au profit d'une prédilection pour les manifestations de la crise du son et du sens. La modernité poétique qui, tout en prenant en charge les syncopes de notre « temps de détresse », reste ouverte à l'épiphanie musicale, est nommée ici modernité de la clairaudience. Cet essai gravite autour de cinq poètes clairaudiants : Rilke (dont l'œuvre a valeur d'origine) et quatre poètes français, héritiers transgressifs de Rilke : Bonnefoy, des Forêts, Jaccottet et Vigée. Dans la modernité issue de Rilke, un épisode biblique peut se lire comme un emblème du pouvoir salvateur de l'épiphanie musicale : l'épisode dans lequel David guérit par sa cithare la mélancolie de Saül.
Résumé : " Quelle vie doit-on mener ? La vie que l'on aime. J'aime écrire, j'aime le changement, j'aime lancer mon esprit dans les hauteurs et attendre de voir où il va retomber. " Virginia Woolf écrit ses lignes dans le monumental Journal qu'elle a commencé de rédiger lorsqu'elle avait 15 ans et qu'elle tiendra jusqu'à sa mort. Et dans une lettre à Horace Walpole ce qu'elle écrit poursuit même interrogation : " Je pense parfois que seule l'autobiographie relève de la littérature ; les romans sont les pelures que nous ôtons pour arriver enfin au coeur qui est vous ou moi, rien d'autre. " C'est la vie qui intéresse Virginia Woolf, et rien d'autre. Qui l'effraie aussi : " La vie, pour les deux sexes est ardue, difficile, une lutte perpétuelle. Qui demande un courage et une force gigantesques. " Ces lignes, elle les écrit dans un recueil de conférences intitulé Une chambre à soi. Dans ses journaux, lettres, essais, il n'est rien dont Virginia Woolf ne fasse l'objet de son écriture. Car écrire, pour elle, c'est avant tout se libérer : " Le premier devoir de la femme écrivain, c'est de tuer l'Ange du Foyer " (Journal). Il faut avoir lu, bien sûr, les géniaux romans de Virginia Woolf ? Mrs Dalloway, Les Vagues etc. ?, mais elle ne ?y trompait pas : c'est dans les écrits autobiogra-phiques que nous arrivons avec elle " au coeur " : ce " coeur qui est vous ou moi, rien d'autre ".
Les Editions Arfuyen ont publié en 2007 un ouvrage intitulé Etty Hillesum, "histoire de la jeune fille qui ne savait pas s'agenouiller", présentant pour la première fois trois lectures de cette oeuvre : juive (Claude Vigée), chrétienne (Dominique Sterckx) et laïque (Charles Juliet). Cet ouvrage donnait aussi pour la première fois la parole à la famille d'Etty, à travers le témoignage de notre cousine Liliane Hillesum, seule survivante de la famille Hillesum. La collection Ainsi parlait nous offre l'occasion de donner cette fois encore une approche très nouvelle de l'oeuvre d'Etty en revenant au plus près du texte original. Etty y apparaît dans toute l'urgence et la spontanéité de son écriture, écrivain toute débutante rassemblant dans des notes improvisées le matériau de ses futurs livres, quand la guerre serait finie. On trouve ici toute la force et la liberté de pensée de cette jeune femme extraordinaire, affrontée à l'extermination méthodique de tous les siens. De très nombreuses phrases admirables mais perdues dans l'énorme masse du Journal et des lettres (plus de 1000 pages) sont ici mises en relief dans un phrasé qui permet de retrouver un peu le naturel de cette voix. Au travers de ces écrits, ce qui frappe, c'est l'importance et la permanence de Rilke dans sa méditation quotidienne. Au camp de Westerbork, c'est Rilke encore qu'elle emporte (le Livre d'heures) avec la Bible et son dictionnaire de russe. Rilke maître à écrire, mais aussi maître de vie. Et c'est toute une nouvelle approche d'Etty qui apparaît là, sur la ligne de crête entre littérature et spiritualité.
L'oeuvre de Rilke n'a cessé d'accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié six ouvrages, souvent réédités : Le Vent du retour, trad. Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad. Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L'Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad. Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; " Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas " (2006), enfin Ainsi parlait Rainer Maria Rilke, trad. Gérard Pfister (2018). Le Livre de la vie monastique (Das Buch vom mönchischen Leben) a été écrit par en 1899 au retour de son premier voyage en Russie (avril-juin 1899) avec Lou Andreas-Salomé, à qui il est dédié. Il constitue la première partie du Livre d'heures publié en 1905. Lou Andreas-Salomé en conservait le manuscrit original qui sera publié en fac-similé en 1936 : y figurent à côté des poèmes de nombreux et précieux commentaires sur les lieux, les circonstances et l'état d'esprit dans lesquels ils ont été écrits par le " moine " réputé en être l'auteur. Ils sont reproduits ici pour la première fois avec les poèmes. Ecrit dans des circonstances exceptionnelles, ce texte est une des oeuvres les plus fortes, les plus " nietzschéennes " de Rilke, l'une de celle qu'Etty Hillesum gardait toujours avec elle. Peu et souvent très mal traduite en français (car très difficile à rendre), elle reste à découvrir par le public français.
Sur scène, s'opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun: en aucun lieu au monde nous ne venons autant désadhérer. Et quitter la cause humaine. Et voir l'animal parler.