Au-delà de l'emplacement d'une caméra et d'un micro produisant ce qu'on appelle communément un point de vue et un point d'écoute, la technique ne pourrait-elle pas participer activement à la production du sens d'un film ? Le point de vue n'est en effet pas seulement une question de positionnement dans l'espace imaginaire que produit le cinéaste, pas plus que la technique ne se limite à la manière dont les techniciens manipulent et placent leurs appareils de prise de vues et de prise de son au sein d'une scène filmée. Partant de ce constat, l'ambition des textes ici réunis est de proposer une approche liant ouvertement la technique à la désignation et aux implications du point de vue/point d'écoute au cinéma. Cette approche est bien sûr plurielle, variée, se révélant d'une extrême richesse, la réflexion concernant à la fois la question des formats, du son, des caméras, de la couleur, du montage, de la 3D relief, des objectifs, etc., c'est-à-dire de tout ce qui a trait à la dimension technique de la création cinématographique. Les divers dispositifs sont ici abordés sous des angles esthétique, historique, théorique ou encore sociologique à partir d'exemples très variés.
Cet ouvrage collectif questionne l'évolution du documentaire de création à consonance politique en ce début de XXIe siècle à travers l'analyse d'un grand nombre d'oeuvres proposant de nouvelles formes d'engagement. Avec l'avènement du numérique au XXIe siècle, l'art documentaire a, comme tant d'autres domaines, subit de très profondes transformations et se décline désormais dans différents lieux et sous divers formats, allant de la salle de cinéma aux plateformes du web en passant par les musées ou les galeries. Le présent ouvrage porte un regard sur cette évolution récente du documentaire de création à consonance politique. L'analyse d'un grand nombre d'oeuvres, diverses tant dans leurs modes de production que dans leurs propositions esthétiques, y révèle un profond renouvellement des pratiques et des formes artistiques qui ont en commun des modalités inédites d'engagement. Douze textes et trois rencontres avec des cinéastes (Maria Kourkouta, Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, Mila Turajlic), organisés en trois parties - respectivement axées sur la parole politique, le déracinement et l'exil, les processus d'appropriation d'images et de sons produits par d'autres - démontrent la grande vitalité de l'art documentaire qui, à défaut de changer le monde, l'inscrit et le réfléchit. Antony Fiant et Isabelle Le Corff sont professeurs en études cinématographiques, respectivement à l'Université Rennes 2 et à l'Université de Bretagne occidentale à Brest.
En une vingtaine d'années et autant de films, Hong Sang-soo s'est imposé comme l'un des auteurs les plus singuliers du cinéma contemporain. Dépeignant avec acuité les affects et les atermoiements de ses "congénères" aux prises avec les affres de la passion amoureuse, ses films se sont constamment démarqués au sein de la production cinématographique sud-coréenne par une forme aisément identifiable et le choix de thématiques récurrentes. Son oeuvre, qui s'enrichit de nouveaux opus à un rythme toujours plus soutenu, n'en témoigne pas moins d'une évolution artistique certaine que viennent souligner de multiples récompenses et rétrospectives dans les festivals du monde entier. D'une exemplaire économie de moyens semblent découler une invention narrative et une esthétique toujours plus assurée dans sa discrétion même. Tenter d'appréhender les spécificités de cette oeuvre dont l'évidence est aussi admirable que déroutante, se présente ainsi comme une nécessité. Pour ce faire, Les Variations Hong Sang-soo, décliné en deux volumes, se propose de réunir les contributions d'une douzaine de critiques ou universitaires et de donner la parole à certains des proches collaborateurs du cinéaste, ou à ceux qui ont oeuvré à la diffusion de ses films en France et en Corée. Cette double approche doit permettre de dessiner les contours d'une poétique propre à cet artiste, de cerner la singularité de sa méthode, les spécificités de son style ou encore ses audaces dramaturgiques, tout en précisant le rôle de ceux qui accompagnent son processus de création.
Né en 1917 à Canton, dans le Sud de la Chine, Hou Hsiao-hsien et sa famille, dans une période particulièrement trouble, se réfugient dés 1918 sur l'île de Taiwan. C'est là où il grandit, devient vite orphelin et cède à la délinquance avant de découvrir le cinéma. Dans les année 1980 il devient l'un des principaux cinéastes de la Nouvelle Vague taiwanaise. Ces années d'apprentissage, comptant déjà quelques grandes réussites (notamment Un temps pour vivre, un temps pour mourir) précédent la reconnaissance internationale. Le Lion d'or obtenu en 1989 pour La Cité des douleurs consacre en effet un cinéaste qui comptera parmi les plus importants des années 1990 et 2000. Entre films consacrés à l'histoire de Taiwan, films autobiographiques, films montrant la jeunesse contemporaine et expériences à l'étranger, les oeuvres marquant profondément cette période et unanimement saluées par la critique sont nombreuses : Le Maître de marionnettes, Goodbye South, Goodbye, Millennium Mambo ou encore Café Lumière. En s'interrogeant plus particulièrement sur le traitement de l'espace, du temps et du son à l'oeuvre dans l'ensemble de la filmographie du cinéaste taiwanais, les 14 textes constituant cet ouvrage collectif tentent de mettre en évidence les qualités formelles de l'un des plus grands cinéastes de notre temps.
Antony Fiant est maître de conférences en études cinématographiques à l'université Rennes 2. Il a publié en 2002 une monographie intitulée (Et) Le cinéma d'Otan Iosseliani (fut) (éd. L'Âge d'Homme) et est l'auteur de nombreux articles, notamment dans les revues Positif, Images Documentaires et Trafic. Il a par ailleurs co-dirigé deux ouvrages parus dans la collection "Le Spectaculaire" aux PUR: Le Court Métrage français de 1945 à 1968 (2). Documentaire, fiction: allers-retours (avec Roxane Hamery, 2008) et Agnès larda: le cinéma et au-delà (avec Roxane Hamery et Éric Thouvenel, 2009).
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.