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La flèche du temps. Roman impromptu
Federman Raymond
CIRCE
18,29 €
Épuisé
EAN :9782908024203
Nous sommes le 31 décembre 1999. Notre héros, que nous ne connaissons que sous le nom de "le vieil homme" attend sa déportation pour les colonies sidérales. Mais pour quelle raison ? Moinous et Namredef, ses deux meilleurs amis, enquêtent, et font part de leurs maigres découvertes à Federman, l'auteur... Ce qu'ils nous apprennent de la vie du vieil homme est bien maigre... Ce qui autorisera le narrateur à raconter à sa façon la vie du vieil homme : son enfance à Paris, son départ d'Europe où la plus grande partie de sa famille est exterminée par les nazis, ses engagements politiques dans les années soixante aux Etats-Unis, une aventure outrageante avec une starlette de Hollywood, ses vagabondages dans les casinos chics de l'Europe d'après-guerre, une visite à Dachau... Mais pendant ce temps, le vieil homme est toujours là, à attendre son départ - un autre livre pourrait commencer...
Voilà les Français bien embêtés, avec un écrivain majeur qui travaillait dans leur dos depuis 40 ans et qui déboule tout d'un coup avec une brouette d'oeuvres complètes" "Ici, rien que du direct, tranquille, sans effets. Si bien qu'il y a quelques grands petits poèmes, comme on en est rarement capable. L'un de ceux à sa soeur assassinée à Auschwitz par exemple : "mon frère me dit-elle/parmi les feuilles mortes/quand tu es tombé amoureux/pour la première fois/et que tu as ressenti en toi/le grand frisson originel/que tout s'est mis à tourbillonner/est-ce que tu t'es senti heureux/pour moi aussi".
Cahier Samuel Beckett sous la direction de Tom Bishop et Raymond Federman Textes de : Jérôme Lindon Richard Seaver E. M. Cioran A. J. Leventhal Deirdre Bair Alan Schneider Ludovic Janvier Roger Blin Eugène Ionesco Alain Bosquet Raymond Federman George Reavey Robert Pinget John Calder Dieter Wellershoff Erika Ostrovsky John Fletcher Olga Bernal Peter Brook Alfonso Sastre Tom Bishop Julia Kristeva Renée Riese Hubert Jean-Marie Magnan Walter A. Strauss Margherita Frankel Rosette Lamont Ruby Cohn Germaine Brée Hélène Cixous Georges Duthuit Textes et Inédits de Samuel Beckett Chronologie et Bibliographie
La route de Montréal à Toronto, béton implacable, est inhumaine à l'auto-stoppeur. Il y passe peut-être en moyenne une voiture chaque dix secondes ; et, plus il en passe, moins il y a de chances qu'elles s'arrêtent. Selon la vieille tactique européenne, je m'étais efforcé de sortir de la ville. Après deux ou trois fausses pistes, je parviens à lâcher le dernier tramway lépreux et goutteux, pour courageusement grimper la rampe qui domine le fleuve au-dessus de Verdun. J'arrête à un point que je crois stratégique, pose mon sac, m'assieds sur ma valise. Au bout de cinq minutes, j'avais mal au bras à force de faire signe. [...] Une Plymouth'39 s'était arrêtée, je ne l'avais pas vue. Il y avait trois heures que j'attendais. Il allait à Valois. C'était bien sur la grande route, le plus loin possible, j'espérais. C'était un bon vieux scotch d'une soixantaine d'années, invalide de guerre. - O your'from France ! Betioune, Sainte Quentinnnss, Amiensss. Mamoiselle from Armentières. Ah ! Ah ! How do you like Canada ?
Pour le soustraire aux Nazis, une mère cache son enfant dans un placard. C'est depuis ce lieu à la fois excitant et angoissant que l'enfant-narrateur va pouvoir suivre sans oser bouger l'arrestation de ses parents et de ses s?urs, qu'il ne reverra jamais. Dans un bref récit écrit simultanément en anglais et en français, Raymond Federman restitue, sous la forme d'un monologue halluciné, cet événement-clé de sa vie dont il conjure le traumatisme par une violence verbale jamais vue et surtout jamais entendue dans un récit de survivant. Comme l'écrit Marc Avelot, dans une préface éclairante, "la grande force de Raymond Federman est de conjoindre les chaos dans un récit qui s'élabore comme une sorte d'art poétique de l'horreur. Si l'on veut bien aborder le livre sous cet angle, il s'offre, à la charnière de James Joyce et de Pierre Guyotat, comme un des textes majeurs du XXe siècle".
Parmi les caractéristiques étranges des habitants de ce continent - l'Amérique du Nord -, il en est une qui veut que chacun se choisisse des étoiles déterminées et vive en fonction d'elles. Ces étoiles ne sont pas célestes, mais cinématographiques, ce qui ne change rien à l'affaire. En revanche, cela permet d'augmenter sensiblement le fonds de roulement du ministère des P. et T. grâce au flot continu de lettres adressées aux dites étoiles bien-aimées. Raillant quelque peu cette bizarrerie et cette passion, le New-yorker fit paraître un jour une caricature: une très vieille lady de la plus haute société, - avec diadème en diamants dans ses cheveux blancs et laquais obséquieusement courbé à l'écart, - se livre à la même occupation qu'une quelconque jeune modiste ou n'importe quel office-boy: elle écrit à la star de son coeur. Mais le noeud de l'affaire n'est pas dans l'acte même d'écrire. Il est dans le destinataire. La lettre commence par:" Dear Mickey Mouse... "Là est l'essentiel..."
Chaque vers est enfant de l'amour" écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l'exacerbation amoureuse, l'intensité de la passion, est effectivement une des caractéristiques de son oeuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des "muses" masculines ou féminines, c'est qu'elle n'est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s'agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l'objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l'épiphanie de l'amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un "absolu de l'amour" antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. La poétique de la rupture, propre à Tsvétaïéva, déterminait elle-même dans une grande mesure son comportement amoureux. Le traducteur s'est par conséquent efforcé de restituer les articulations sémantico-prosodiques de cette "étreinte de poésie" qui, lorsqu'elle aura reflué, ne pourra déboucher que sur la mort. "Puisque j'aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d'aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d'amour est tout entier désir de mort", avait-elle consigné dès mars 1919 avec une précision cliniquement prémonitoire. Marina Tsvétaïéva, un des plus grands poètes russes, avait choisi l'exil en 1922 puis était rentrée en Union Soviétique dix-sept ans plus tard, avant de se pendre à une vieille poutre le dernier dimanche du mois d'août 1941.
Pour qui chercherait ici des définitions de la modernité, la lecture sera décevante. L'histoire du siècle passé, celle que pour l'instant nous vivons (mais savons-nous ce que nous vivons ? avons-nous la moindre idée de ce qui se fomente ?), ont donné d'autres significations à ce qui, par exemple, pour Rimbaud précisément, se jouait dans l'ordre de l'" inouï, du fulgurant, de l'illuminant ". D'autres idées sur ce qui peut être appelé " commencement " se sont frayé, se frayent leur chemin. Elles les discernent, ces commencements, comme plus dispersés, plus dissimulés, moins spectaculaires, et surtout, tributaires de la répétition, du ressassement, parfois de l'après-coup de mornes rabâchage. Tout dans ce numéro, sans en faire systématiquement la critique, est à côté des idées qui ont cours sur la modernité et la post-modernité. L'inattendu se révèle véritablement inattendu, sans tambours ni trompettes, la plupart du temps en marge du champ officiel de la pensée, et parfois du champ social de l'innovation. C'est, pour nous, de ce côté que sont les surprises.