Dans Les personnes et les choses Roberto Esposito questionne les enjeux de la financiarisation, de la biogénétique, du capitalisme, de l'écologie politique, et nous invite ainsi à repenser radicalement notre relation avec les choses. Si la notion de personne en tant que figure philosophico-juridique a constitué le dispositif à travers lequel la pensée occidentale a cherché à séparer le propre et l'impropre, le corps et l'esprit, ce dispositif a aussi progressivement mené à une division nette entre la personne et la chose. Les choses ont été réduites non seulement à des objets ou à des instruments, mais aussi à des marchandises disponibles à la consommation. Au processus de déréalisation des choses correspond celui dépersonnalisation des personnes, et c'est dans cette division historique qu'apparaît la catégorie des non-personnes, de ceux qui n'ont pas pleinement droit à la légitimité juridique de la personne. Esposito, après un examen historique et philosophique de l'origine et des conséquences de cette division, concentre sa réflexion sur le corps qui, n'étant ni une personne, ni une chose, a généralement été ignoré par la loi. Le corps, souligne l'auteur, occupe une position au coeur même de la politique, en tant qu'objet d'exploitation, et en même temps, lieu de résistance.
L'actuelle aphasie du langage politique, son incapacité à représenter la réalité, ne naît pas simplement des changements qui ont caractérisé le siècle. Elle vient d'une difficulté qui investit la catégorie même de "représentation", aussi bien au sens, théologico-politique, de la représentation-image du Bien par le pouvoir, qu'au sens, moderne, de la représentation-délégation du plus grand nombre par une instance souveraine unique. Aussi la perspective "impolitique" n'est-elle pas une attitude apolitique ou antipolitique. L'impolitique est le politique considéré depuis sa frontière extérieure. Il est sa détermination, au sens où il en définit les "termes" - les mots et les confins. Selon cette acceptation, tout le grand réalisme politique, c'est-à-dire la pensée non théologique sur la politique, aura donc été impolitique.
Esposito Roberto ; Chamayou Bernard ; Neyrat Frédé
De l'impact des biotechnologies sur le corps humain à l'omniprésence de la sécurité dans les programmes de gouvernement; des guerres dites "préventives" à la centralité de la question sanitaire comme indice privilégié du système économico-productif, innombrables sont aujourd'hui les symptômes qui témoignent d'une obsession létale pour l'immunisation. Ce paradigme immunitaire est, selon Roberto Esposito, celui qui définit le mieux notre monde globalisé, lequel s'apparente de plus en plus à une bulle protégée de tout dérèglement susceptible de surgir de l'"extérieur". Car Roberto Esposito insiste sur ce point: l'immunisation est le mouvement funeste par lequel le vivant, voulant se protéger de lui-même, transforme la biopolitique en gestion normative s'appliquant sur la vie. Et ceci s'expliquerait par une condition nécessairement partagée par tous: celle de la communauté. Celle-ci en effet ne désigne pas un groupement humain fermé sur lui-même et partageant un "intérêt" commun, une identité stable et transparente à elle-même. Elle suppose au contraire une instabilité originaire: ce que nous, tous les êtres humains, avons en commun (cum), n'est rien d'autre qu'un don à faire (munus), soit une exposition permanente à autrui. Et c'est pour stabiliser ce processus sans fond, sans garantie, de la vie, que les régimes politiques modernes (depuis le léviathan jusqu'au néolibéralisme actuel, en passant par le nazisme) ont mis en place des systèmes d'immunisation dont l'efficacité tend à se retourner contre les populations. Conjurer cette thanatopolitique est la principale ambition de ce livre
Résumé : Venue du droit, la notion d'immunité occupe une place centrale en médecine. Tout comme le système immunitaire du corps humain protège l'organisme contre les incursions mortelles de virus, la loi garantit la survie de la communauté dans une situation la mettant en péril. Le droit protège et prolonge la vie. Mais comme le corps individuel, le corps collectif ne peut être immunisé contre le danger qu'en permettant à une certaine quantité de ce qui le menace d'y pénétrer. Pour échapper aux griffes de la mort, la vie est obligée d'incorporer en elle un principe mortel et de créer des anticorps. Le commun ne peut être préservé que s'il intègre en son sein un corps étranger, qui l'expose à un risque permanent. Dans ce livre, qui mêle les lexiques juridique et politique à ceux de la théologie, de l'anthropologie et de la biologie, Roberto Esposito propose une analyse de la biopolitique contemporaine d'une extrême actualité. Aujourd'hui, les processus d'immunisation comme la demande de vaccination - mêlée de crainte - caractérisent tous les aspects de notre existence. Plus les individus et les sociétés se sentent sur le point d'être infectés par des corps étrangers, plus ils se renferment ou sont confinés dans leurs limites protectrices, qu'il s'agisse des murs de nos appartements ou des frontières de nos Etats. A une issue immunitaire et finalement destructrice, peut-on imaginer une alternative fondée sur une nouvelle conception de la communauté ? Roberto Esposito est un philosophe contemporain déjà classique en Italie. De l'ensemble de son oeuvre, Communitas (PUF, 2000), Catégories de l'impolitique (Seuil, 2005) et le recueil d'articles Communauté, immunité, biopolitique (Amsterdam, 2010) ont été traduits en français.
Un guide au format de poche très pratique et parfaitement adapté au voyage, pour vivre l'aventure en V.O. ! Pratique et facile d'utilisation : des sections en couleurs et un découpage thématique lié au voyage (orientation, transports, à table...) permettent de trouver la bonne expression au bon moment. Deux dictionnaires bilingues et des encadrés avec une sélection d'expressions et de phrases du langage courant pour avoir un aperçu de la langue parlée dans la rue. Chaque mot est accompagné de sa prononciation. Une grammaire de A à Z pour pouvoir créer ses propres phrases. Plus de 3 500 mots et phrases utiles au voyageur pour engager la conversation. Les plats et les ingrédients de la cuisine locale expliqués, pour que le voyageur puisse savourer la cuisine locale en toute confiance. Des mots et des phrases à utiliser dans les magasins et plein de conseils utiles sur la culture et les règles de bonne conduite.
L'objectif de ce volume, issu d'un colloque qui a initié un dialogue francoitalien (inédit sur ces thématiques) est de porter à la connaissance d'un public de chercheurs et d'étudiants français l'originalité et le dynamisme actuel de la philosophie italienne des techniques. Combinant commentaires d'auteurs classiques et travaux sur des problèmes contemporains touchant les nouvelles technologies, les philosophes italiens des techniques sont en mesure de proposer des approches originales, et contribuent au développement international de la philosophie des techniques. Le but n'est donc pas de consacrer une tradition, mais plutôt d'ouvrir un chantier collectif et un dialogue fructueux entre philosophes italiens et philosophes français des techniques, dont ce livre espère avoir posé la première pierre.
Les relations entre les deux arts du temps et du mouvement, danse et cinéma, ont déjà fait l'objet de divers travaux, mais les problématiques restaient générales : comment le cinéma montre-t-il la danse ? Comment le cinéma fictionne-t-il le monde de la danse ? Quelles sont les gains et les pertes de la rencontre entre ces deux arts (ce que le cinéma y gagnerait, ce que la danse y perdrait) ? L'hypothèse sera donc : comment parler de danse au cinéma au delà de l'évidence des performances ? Qu'entendre par les " danses idéales " créées par le cinéma selon le critique Ricciotto Canudo ?
La question "qui suis-je ? " occulte souvent celle de savoir quelle place occupe l'autre dans le processus d'édification de l'identité personnelle. L'autre n'est sans doute pas absent des discours portant sur l'identité et le sujet, mais il est le plus souvent envisagé comme un élément extérieur gravitant autour d'un Moi considéré comme un centre de référence. Or l'autre n'est pas toujours celui qui me fait face, il est bien plus souvent celui qui me fait être. C'est notamment le cas quand l'autre est un modèle, que je le choisisse (figure d'exemple), ou qu'il soit socialement construit et imposé (figure d'exemplarité). L'autre, par qui je deviens celui que je suis, se manifeste donc comme une source féconde de construction de soi.
Nanni Moretti est l'auteur italien qui, mieux que ses contemporains, a su lire et percevoir les égarements du présent, en représenter les fractures, en restituer les masques aussi bien privés que publics. De Io sono un autoarchico à Mia madre, le cinéma de Moretti a mis en images la radicalité d'une crise existentielle d'un sujet névrotique et fourvoyé, perdu, présent au monde à l'aide de déguisements idiosyncrasiques qui le placent, souvent, sous le signe du grotesque. En restituant son rapport lumineux à l'actualité, cet essai explore avec un regard singulier l'oeuvre du grand cinéaste italien. D'un cinéma, celui de Moretti, qui fusionne le comique et le tragique et nous restitue sans cesse un présent inquiet, non-résolu, douloureux ; un présent qu'il continue de traverser pour nous aider à nous y retrouver.