Les « querelles de l?art contemporain » sont derrière nous. Il y a quelques années encore, on soupçonnait l?art de ne tenir que par les discours et les théories qui le légitimaient; on lui reprochait de penser, de trop penser, au nom d?une certaine idée de ses fonctions esthétiques ou édifiantes. Le temps est venu de poser une question plus précise : à quoi pense-t-il ? Et surtout : qu?est-ce qui vient nourrir cette pensée ? Pour le savoir, il faut aller y voir de près, rentrer dans la fabrique de l?art. Quels sont les nouveaux dispositifs, objets et pratiques qui font de l?activité artistique une caisse de résonance et un relais actif des autres domaines du savoir ? Par quelles voies singulières les acteurs de l?art (artistes, commissaires, critiques) s?emparent-ils des idées pour les emporter ailleurs, et en produire de nouvelles ? Ce numéro spécial réunit une quinzaine d?auteurs, critiques, philosophes, historiens de l?art, tous familiers de la création contemporaine. On y examine les avatars du musée et de l?exposition, les pratiques de l?art programmé et de l?art-performance, les rencontres art-science, le traitement artistique des archives, les perspectives du cinéma « étendu » ou « expos?, mais aussi le renouvellement de la critique au contact de nouveaux paradigmes théoriques (« tournant iconique », pensée « queer », etc).
Résumé : "L'âme : donner un sens à ce vieux nom de souffle". C'est ainsi que Valéry pose le problème philosophique de l'âme. Ce concept flottant, auquel l'époque contemporaine cherche à tourner le dos, mérite en effet d'être pensé ou repensé, car il est au carrefour de questions philosophiques cruciales : il permet par exemple d'interroger les différences entre l'animé et l'inanimé ou de mettre au jour les rapports qu'entretient l'esprit avec le corps. Puis-je dire que j'ai une âme au même titre que j'ai un corps ? Faut-il considérer l'un et l'autre comme deux substances distinctes mais liées en l'homme ? L'âme est-elle universelle et s'incarne-t-elle en chacun ? Quand je dis "moi", est-ce l'âme qui parle ? Puis-je alors considérer que je suis mon âme ? Puis-je ressentir la présence de mon âme, c'est-à-dire en faire l'expérience ? Est-elle un être connaissable ou une fiction théorique ? Cette anthologie rassemble les plus grands textes sur l'âme, de Platon à Foucault, en passant par Aristote, Plotin, saint Augustin, Maître Eckhart, Mollâ Sadrâ, Descartes, Spinoza, Leibniz, Voltaire, Hume, Kant, Regel, Bergson, Kandinsky, Wittgenstein, Souriau ou encore Ryle.
Deux thèses négatives animent La Science et l'Hypothèse : d'une part, la science n'atteint aucune vérité absolue concernant la nature des choses ; d'autre part une grande partie de ses énoncés ont le caractère de conventions librement adoptées par les scientifiques en fonction de critères pragmatiques. Les géométries non-euclidiennes ne sont pas moins vraies (ni plus vraies) que la géométrie classique ; que la Terre tourne n'est pas un fait, mais une hypothèse commode qui simplifie nos calculs et autorise des prédictions plus efficaces. Tout cela, bien entendu, n'enlève rien à la valeur objective de la science. Poincaré soutient ce paradoxe en proposant une interprétation des concepts et des procédés typiques de la science en acte. Il élabore du même coup une conception originale du rôle de l'a priori dans la théorie.
Dans le Panthéon philosophique des années soixante, Gilbert Simondon (1924-1989) occupe une place à part, aussi discrète qu'insistante. Deux livres seulement parurent de son vivant : Du mode d'existence des objets techniques et L'Individuation à la lumière des notions de forme et d'information. On redécouvre aujourd'hui son oeuvre dans ses vraies dimensions, augmentée de quantité de cours et d'inédits publiés par les Presses Universitaires de France. Philosophie des objets techniques, oui, mais surtout de la technicité. Philosophie de l'individuation, sans doute, mais tout autant de l'invention comme champ problématique permettant de circuler de l'univers physique aux cultures humaines, du biologique au psychosocial, de la mécanique quantique à la théorie politique en passant par l'éthologie, la cybernétique ou la psychologie de la forme. Dans le dossier réuni par Elie During, Emmanuel Alloa et Irlande Saurin apportent deux éclairages complémentaires sur les cours et inédits consacrés à la technique et à la psychologie, d'une part, et d'autre part à la philosophie des images et de l'invention. Un entretien avec Anne Sauvagnargues évoque le philosophe et le professeur que fut Simondon, tout en marquant sa place dans certains débats contemporains, de la philosophie de la culture à l'écologie. A cet ensemble s'ajoute un texte inédit consacré à l'idée de progrès, présenté par Nathalie Simondon.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.