Les Bretagnes de Colette propose, dans un DVD, un entretien filmé à Rozven, sur la côte d'Emeraude, au pied de la propriété où Colette séjourna fréquemment pendant plus de dix ans. Sur fond de plage, de maison et de mer traversées de lumière, le dialogue retrace les séjours bretons de Colette et leurs répercussions dans l'?uvre. celle-ci transcrit le goût pour la permanence du passé, le retranchement choisi, les rituels préservés. La Bretagne libère aussi, par sa puissance de régénération, les forces de l'imaginaire et suscite des initiations comme des explorations nouvelles. Prolongement du DVD, le livre élargit la thématique bretonne dans deux directions : il situe l'?uvre de Collette dans l'histoire des idées, montrant les résonances idéologiques prêtées à une Bretagne à la fois traditionnelle et sauvage, lieu privilégié de l'élaboration poétique. Il dévoile, dans un deuxième temps, un jeu déjà très moderne sur la fluctuation des identités sexuelles, l'inversion constante des repères qui vient brouiller les rapports d'attraction et de pouvoir dans les romans bretons. Loin des clichés simplificateurs, cet ouvrage invite donc à un voyage vers une Bretagne paradoxale, familière et surprenante à la fois, propre à stimuler la réflexion autant que la recherche esthétique.
Tentative de subversion radicale du genre romanesque, le Nouveau Roman a fortement marqué un courant qui entraînait la critique littéraire et les sciences humaines. Cet ouvrage retrace son histoire et rappelle ses spécificités narratives (transformations conjointes de l'intrigue, du personnage, de l'énonciation, etc.) diversement combinées selon les écrivains. Il examine également, avec le recul, ses résonances une métamorphose de la conception du sujet, un témoignage plus ou moins direct sur l'époque, et la remise en cause de la représentation qui rejoint la démarche esthétique des autres arts.
Louis Guilloux se trouve ici observé de manière quelque peu insolite. Hors de tout manichéisme, les observateurs montrent la complexité de sa situation et de son engagement, ses relations littéraires et sa réflexion sur la littérature. L'accent est mis sur la valeur esthétique de l'?uvre, ses thèmes entrelacés, les grandes configurations de l'imaginaire, le jeu subtil du récit et du style.
La césure qu'a constituée le Nouveau Roman dans la deuxième partie du XXe siècle a intéressé, rebuté, séduit, divisé les lecteurs. On a souvent annoncé sa mort, mais dans cet essai, nous racontons comment son sillage se prolonge jusqu'à nos jours. Il a été très relayé par les médias, par l'université, en France et à l'étranger. Il est devenu un gage de rébellion lié à l'époque : les polémiques ont été vives et nombreuses dans le champ littéraire. Grâce aux références précises à des oeuvres multiples le présent livre tend à éclairer les ruptures narratives dont l'accumulation a suscité le désarroi, sans oublier d'autres productions novatrices de la période. Le Nouveau Roman est ici resitué dans l'Histoire de son temps, alors qu'on l'a souvent accusé de s'en être détaché : la mouvance s'insère dans l'aggiornamento des idées qui a marqué "l'ère du soupçon", dans des décennies aussi que hantaient les désastres du XXe siècle. Recherche par ailleurs essentiellement esthétique, aux confins de la poésie, de l'essence du jeu, cette mouvance s'insère dans la contemporanéité artistique, en relation étroite avec l'évolution du cinéma, des arts plastiques, de la musique... La vue d'ensemble doit permettre à ceux qui furent les lecteurs de l'époque de retrouver et d'élucider des textes intrigants. Elle apportera au public actuel, aux étudiants notamment, une vision synthétique mais ouverte du Nouveau Roman, incluant la prise en compte de générations d'écrivains dans leur globalité mais aussi dans l'originalité propre à chacun. La présentation en unités brèves doit permettre au lecteur de choisir les séquences qui l'intéressent plus particulièrement.
L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Au Moyen-Age le pouvoir se conjugue aussi au féminin. A rebours de la conception française du rôle des princesses de haut rang définie par la loi salique, les comtés de Flandre et de Hainaut sont, entre 1244 et 1503, le lieu d'exercice d'un pouvoir par les femmes. Marguerite de Constantinople, Marguerite de Flandre, Jacqueline de Bavière ou encore Marie de Bourgogne ne sont pas seulement filles, épouses, et mères : elles sont avant tout des femmes régnantes. Outils de validation et de pouvoir, leurs sceaux permettent de définir les contours de leur pouvoir politique et la singularité de leur statut. Par leurs spécificités iconographiques, héraldiques et emblématiques, les sceaux des princesses soulignent la place des femmes au sein de leurs lignées et comtés. Ce corpus sigillaire inédit, mis en regard avec les actes au bas desquels ils sont apposés (chartes, mandements, quittances), révèle les effets concrets de leur gouvernement. A travers l'histoire des pratiques de l'écrit et des représentations, ce sont les pratiques politiques des comtesses de Flandre et de Hainaut qui sont interrogées. In fine, cet ouvrage sur le pouvoir des femmes et les femmes de pouvoir se veut une contribution à l'histoire des femmes et du genre. Préface de Olivier Mattéoni