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PLATON ET LA QUESTION DE LA PENSEE
DIXSAUT
VRIN
31,01 €
Épuisé
EAN :9782711614660
La plupart des études réunies ici s'efforcent d'expliquer quelques passages des Dialogues. Le principe de lecture adopté est qu'il ne s'agit pas seulement de résoudre les difficultés liées à certaines thèses, mais de découvrir l'unique question qui traverse et retourne toutes les autres, celle de la pensée. Ce qui revient à dire que philosopher signifie pour Platon inventer et conjuguer tous les moyens de penser mieux, de penser plus, de s'assurer toujours de quoi penser, sans jamais disposer du critère objectif qui permettrait de distinguer la pensée véritable de tout ce qui en est la négation ou n'en a que l'apparence. L'actualité de la philosophie platonicienne réside sans doute au fond en cela : nous rappeler inlassablement cette question que la pensée est, doit être, et doit rester pour elle-même.
- Eh bien, sur ce point, ne nous trouvons-nous pas en complète e opposition avec ce qu'on pense généralement du philosophe? - On ne peut plus complète, dit-il. - Notre défense ne sera-t-elle pas à la mesure du problème si nous disons ceci: celui qui aime véritablement apprendre est par nature porté à lutter pour atteindre ce qui est; il ne s'attache plus à chacune des multiples choses que l'opinion croit exister, il avance, sans laisser son désir faiblir et s'éteindre, jusqu'à ce qu'il ait saisi la nature de ce qu'est en elle-même chaque réalité, par la partie de son âme à laquelle il convient d'y accéder - or cela convient à ce qui est apparenté; une fois qu'il s'est approché de ce qui existe réellement et s'y est uni, il engendre intelligence et vérité, et, dès lors, il connaît, vit et se nourrit véritablement; c'est bien ainsi, n'est-ce pas, mais pas avant, que cessent pour lui les douleurs de l'enfantement Biographie de l'auteur Monique Dixsaut est professeur émérite à l'Université de Paris I-Panthéon Sorbonne
On trouvera dans ce Lectures de Platon une diversité d'interprétations liées à différents choix méthodologiques. Des lectures "analytiques" voisinent avec des lectures "contemplatives" et quasi mystiques, des partisans d'un système caché de doctrines non écrites côtoient des philologues qui tiennent pour préalables indispensables les décisions quant à la chronologie des oeuvres écrites, mais un trait commun se dégage avec évidence, à savoir que lire Platon, c'est être sensible aux risques pris, à la diversité des chemins frayés, aux "digressions" qui se révèlent être les seules voies possibles, aux différences de vitesse d'une pensée déroutante que ne décourage ni petit ni grand problème, et qui reconnaît dans sa liberté la condition de sa rencontre avec la vérité. La nature du texte de Platon possède cette singulière puissance : forcer chacun, quand il s'efforce de l'interpréter, à dévoiler la manière dont il se représente ce que c'est que penser, et, au-delà, à révéler ce qu'il attend de la philosophie.
Il n'y a pas, dans les Dialogues, de question plus complexe que la question de l'âme car toute autre question l'engage ; en faire abstraction, c'est pour Platon rendre tout problème insoluble. Elle est le lien interne qui empêche la psychologie, l'éthique, la politique ou la cosmologie platoniciennes de se constituer en domaines autonomes : toutes choses se trouvent nouées, tout converge vers l'âme et tout s'inscrit en elle. La vie, la pensée, le Monde lui-même tirent d'une âme leurs mouvements, mais l'âme humaine possède en propre la puissance de s'orienter vers certains objets ou de s'en détourner, de se clouer à ce qui est corporel ou de s'en séparer, et en cela consistent ses multiples actions et passions. Elle possède surtout un pouvoir d'auto - questionnement - de connaissance de soi - et le méconnaître est se condamner à mener une vie insensée : " l'âme est notre bien le plus divin et le plus propre ", mais aucun d'entre nous n'honore comme il le faut son âme. L'honorer, c'est se demander dans quel monde et dans quelle sorte de temporalité on souhaite vivre, décider de croire à sa part divine, l'intelligence, et de ne pas être un bipède sans plumes, opter entre différentes représentations du bonheur et parier sur l'immortalité de son âme. Ce n'est pas la liberté du choix qui est pour Platon un problème mais son intelligibilité, et seuls les mythes peuvent donner à voir le plus incompréhensible : le choix que font les hommes de ne pas comprendre ce qu'ils choisissent, ni pourquoi ils le choisissent.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.