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L'apprentissage de la ville
Dietrich Luc
TEMPS IL FAIT
24,99 €
Épuisé
EAN :9782868532381
Mais c'est tout éveillé qu'il nous faudrait craquer comme la graine crie et se fend, jaillir au-dessus des insectes, des épis, des grands arbres, des grands rocs, des grands nuages oublieux, de la nuit froide et creuse sous qui les astres pendent, enfoncer la croûte du ciel et marcher dans les chemins où nous rencontrerons nos fruits." L'Apprentissage de la ville reprend en 1942 la confession entamée sept ans plus tôt avec Le Bonheur des tristes. Ce deuxième "roman" que Dietrich mit au service d'une intransigeante et éclatante quête de soi devait également témoigner de l'aveuglement et de la veulerie de la société chavirée de l'entre-deux-guerres, incapable de s'éveiller et de regarder dans son propre tumulte. L'auteur y est, écrira Jacques Madaule, le "témoin incorruptible de sa propre corruption, de la nôtre et de celle du siècle".
Au mois de juin 1942, à la demande de son ami Philippe Lavastine, Luc Dietrich fit deux conférences devant les élèves de L'Ecole nationale des cadres de la Chapelle-en-Serval (Oise). Longtemps, le texte de la première conférence resta introuvable et celui de la seconde incomplet. Pour lacunaire que fût ce dernier, il n'en laissait pas moins clairement transparaître le sujet de la causerie : l'Enseignement de Gurdjieff et la nature de la tâche que ce dernier proposait à ses élèves. Et puis, il y a peu, les deux textes ont brusquement fait apparition dans le catalogue d'un célèbre libraire parisien... 2 conférences inédites.
Je savais bien deux choses pour les avoir vu moi-même, je savais les fleurs et les étoiles. J'avais pris un pot de géranium et planté les fleurs dans la terre et les racines vers le haut. Mais lui s'était tordu la tête comme quelqu'un qui se bat et était remonté par-dessus ses racines. "Les fleurs remontent vers les étoiles parce que les étoiles leur donnent à boire. On voit les étoiles dans les puits, mais au contraire les étoiles sont des puits et la pluie et la rosée tombent de là." Dans ce premier roman (1935) Luc Dietrich revit les vicissitudes de son enfance jusqu'à la mort de sa mère. Ses images dures, alliées à une sensibilité toute tendue vers le détachement, enthousiasmèrent la critique qui vit là davantage qu'un roman : une sorte de quête de soi, entre douleur et limpidité, la confession candide et cruelle d'un être qui n'a jamais guéri de son enfance ? "une somme de pensée et de sciences enfantines", comme a pu dire Lanza del Vasto.
Les personnages de ce petit roman ne se séparent pas de l'auteur : Ils sont l'auteur, mais jeune, en plusieurs personnes, et surtout en Roger Bourcier ; il est tellement l'auteur, qu'il est impossible de parler de lui sans évoquer le paysage de Saint-Samson, près de Morlaix, où est né ce récit, et le jeune homme que j'étais appliqué à la tâche de vivre et d'écrire, à la tâche d'étudiant volontairement raté et de vivant insatisfait. Tout ce qui lui advient m'est arrivé. Ses émerveillements d'amoureux craintif, son angoisse devant la vie, c'est moi. Le lecteur d'aujourd'hui s'y reconnaîtra car tous les jeunes gens, d'une génération à l'autre, passent par là, sous des formes imprévues.
Le journal inédit que Jacques Chauviré nous livre ici estun document de grande valeur sur un monde presquetotalement disparu, et sur la vie intérieure d'un hommeremarquable. Tenu pendant dix ans - juste avant la publication de son premier roman -, il alterne les observations médicales et les réflexions littéraires. Il vaut également par l'un et l'autre aspect, qui se répondent en écho. Compassion devant la douleur, refus obstiné de la mort dialoguent avec les traces pudiques d'une recherche spirituelle soutenue, nourrie par l'amour de la campagne et la fréquentation des livres. Ses riches échanges avec Jean Reverzy et Albert Camus ne détourneront pas le médecin dévoué de la mission quotidienne qu'il s'est donnée, ni ne briseront son isolement. Il écrira, sans fréquenter le monde des Lettres, comme pour approfondir son unique objet de préoccupation: la condition humaine. De celle-ci, Chauviré a une vision plutôt sombre dont il donne la mesure dans la suite de proses intitulée Funéraires: dix morts minuscules, exemplaires, et forcément inacceptables.