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Quartier Lacan
Didier-Weill Alain ; Weiss Emil
FLAMMARION
10,20 €
Épuisé
EAN :9782081249882
Plus de vingt ans après sa mort, le 9septembre 1981, Jacques Lacan reste encore paradoxalement un personnage à découvrir. Très réticent face à ce qu'il appelait la "poubellication", il n'aimait guère rendre publics ses opinions, ses pensées et même son travail. Il n'a publié son célèbre recueil de textes, les Ecrits, qu'à l'âge de soixante-cinq ans et ne se confiait que très rarement au-delà du cercle des intimes ou de ses disciples dans le milieu de la psychanalyse. Comment commençait-on une analyse avec Lacan ? Que disait-il et comment agissait-il "en privé" ? Pourquoi son enseignement de la psychanalyse a-t-il tant fasciné ses auditeurs ? Pourquoi son rayonnement fut-il exceptionnel non seulement dans le champ de la "santé mentale" mais aussi dans celui de la pensée contemporaine, en France comme à l'étranger ? Ce grand théoricien, souvent réputé illisible, fut-il aussi un grand clinicien ? A ces questions et à bien d'autres, les témoignages de treize psychanalystes d'origines très différentes, qui furent, pour certains dès l'après-guerre, des membres de son entourage immédiat, et quasiment tous en cure ou en "contrôle" sur le divan de la rue de Lille, fournissent autant de réponses. Ces propos très libres, souvent "intimes", à l'occasion critiques, apportent un éclairage original sur un personnage d'exception. Ils ont été suscités par Alain Didier-Weill qui a eu avec Lacan l'expérience d'un dialogue analytique privé et public dans le cadre de son Séminaire.
La vocation à devenir humain nous est, à l'origine, transmise par une voix. Cette " sonate maternelle " est reçue par le petit enfant comme un guide intérieur qui le destine à la parole, et ainsi, à l'altérité. L'hypothèse qu'une telle pulsion invoquante existe est décisive, car elle nous permet de penser autrement les rapports entre loi et désir, pulsion de vie et pulsion de mort, création et mélancolie. Avec audace, Alain Didier-Weill nous invite à réfléchir, parmi d'autres questions, à l'étrange surdité de Freud à l'égard de la musique, en particulier dans la tragédie grecque dont il méconnaît la figure centrale. Dionysos. Deux brèves études sur Moïse et saint Paul interviennent en contrepoint de cette méditation autour de l'énigme que constitue la voix maternelle. Entre la vocation dans laquelle s'engage une parole en quête de sens et l'invocation qui l'anime quand elle est guidée par le son, y a-t-il conjonction ou rencontre impossible ? Par cette question sont abordés les liens de la psychanalyse avec le triple héritage grec, chrétien et biblique.
Au cours d'une de ces réunions tendues qui ont précédé la dissolution de la Société française de psychanalyse, en 1964, Lacan faisait remarquer que les méthodes d'un analyste "ne se jugent que de l'intérieur ou selon leurs résultats - et mes résultats sont là : " C'est vous !" " Ce livre contient un ensemble de témoignages qui, sans prétendre saisir le "vrai Lacan ", donneront au lecteur une vue de l'intérieur de ses méthodes d'analyste, de superviseur et d'enseignant. Trois générations d'analystes - anciens analysants et anciens analystes en contrôle, marqués par les scissions qui ont contribué à modeler la communauté psychanalytique (1953, 1963 et 1981) - évoquent ici le travail avec Lacan : dans l'analyse, son aptitude à manier la dimension affective afin de rendre l'analysant disponible pour le travail de l'inconscient; sa manière de nouer les catégories (l'imaginaire, le symbolique, le réel); sa capacité à former des analystes capables de théoriser à leur tour ; sa disponibilité fondée sur la façon qu'il avait de s'adresser au sujet de l'inconscient ; sa conception de la responsabilité de superviseur, qui ne consiste pas à apprendre la psychanalyse à l'analyste, mais bien à l'aider à apprendre quelque chose de sa propre pratique ; sa faculté à saisir la culpabilité ailleurs que là où la conscience morale croit la trouver... Et enfin, transparaît dans ces témoignages le charisme que lui donnait, malgré lui, sa créativité.
Freud, nous le savons, était amateur d'art, mais il était surtout intéressé par l'art du Quattrocento ou de l'Antiquité, sur lequel il s'est appuyé pour construire ses théories soit en le prenant comme modèle (?dipe roi ou Hamlet) soit en l'utilisant comme support clinique (Léonard de Vinci, Signorelli). Comment ne pas être étonné qu'il ait ignoré une bonne part des productions artistiques de son époque ? Pourtant ses contemporains, peintres, poètes, écrivains, architectes, musiciens, traitaient des mêmes impasses de la construction subjective, des mêmes expressions du désir, des mêmes questions fondamentalement humaines... Tous les auteurs réunis ici, psychanalystes, philosophes, historiens, éclairent, à leur manière, un pan de cette ignorance mutuelle entre Freud et la Vienne de son époque. Au-delà de la richesse de chacun des exposés, apparaît une lecture nouvelle et forte du rapport du sujet à son temps, et des impasses de la subjectivité dans le rapport à la culture, qui éclaire bien des avatars de notre modernité.