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Images de la politique, politique des images. Un débat
Didi-Huberman Georges ; Traverso Enzo ; Blanc-Mari
EHESS
15,00 €
En stock
EAN :9782713233968
Tout est parti d'une image, d'une seule image" dans cette polémique entre Georges Didi-Huberman et Enzo Traverso. Le brouillard règne en maître sur la photographie prise par Gilles Caron, en 1969, dans les rues en ? ammées de Londonderry, au début de la guerre civile nord- irlandaise. Des hommes en uniforme, à l'arrière-plan, font face à deux jeunes gens, les bras en l'air, tendus par l'effort. Quel geste donne à voir le photographe ? Allégeance ou désobéissance ? La discussion déborde vite la photographie en question. A mesure que les auteurs glissent vers le terrain politique et ses révoltes, plus ou moins spectaculaires, plus ou moins solitaires, le désaccord s'approfondit et le silence ? nit par s'installer. Jusqu'à ce qu'une troisième voix, celle de Guillaume Blanc-Marianne, vienne documenter précisément la situation de l'image initiale, histoire de redistribuer les termes mêmes du débat de fond. Georges Didi-Huberman, historien de l'art et philosophe, enseigne à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de plus de soixante livres et a été commissaire d'exposition dans des musées de renommée internationale. Enzo Traverso, historien, enseigne à l'université Cornell (Etats-Unis). Spécialiste de l'histoire politique et intellectuelle du XXe siècle, ainsi que de la violence à l'époque contemporaine, ses livres ont été traduits en vingt langues. Guillaume Blanc-Marianne, docteur en histoire de l'art de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est chercheur indépendant, critique et curateur. Ses recherches portent sur l'histoire et la théorie de l'art et des images à l'époque contemporaine.
L?histoire des images ne vit pas seulement au rythme manifeste des renaissances et des obsolescences. Elle vit également au rythme, plus talent, des survivances. Aby Warburg, qui interrogeait l?art occidental sous l?angle des «survivances de l?Antiquité», accorda une particulière attention à cette figure mouvante et drapée qu?il nommait Ninfa - sorte de personnification ou de demi-déesse des éternels retours de la forme antique. Ce livre entend prolonger aujourd?hui la quête warburgienne de Ninfa : il interroge le motif du corps féminin et de la draperie jusque dans ses avatars contemporains. Comme dans un montage cinématographique, on y voit Ninfa tomber progressivement, et son drapé se séparer d?elle jusqu?à échouer, seul, au plus bas de la représentation. Par-delà les Vénus alanguies de la Renaissance et les martyres baroques écroulés à terre, se dessine un mouvement général qui prendra toute son ampleur lorsque les artistes - d?Atget à Brassaï et Picasso, de Moholy-Nagy à Alain Fleischer - attacheront leur attention à tout ce qui traîne dans les rues de nos grandes villes : par exemple cette informe «serpillière» des caniveaux parisiens, qui forme un surprenant leit-motiv de notre modernité. On découvre alors comment notre présent le plus immédiat peut offrir une «image intime de l?Autrefois», selon l?expression chère à Walter Benjamin. On découvrira aussi l?exubérance et la paradoxale splendeur des formes les plus misérables, les plus échouées. Aléatoire et souveraine draperie de toute chose lorsque atteinte par le temps.
Nous avions beaucoup enduré et puis, un jour, nous nous sommes dit que cela ne pouvait plus durer. Nous avions trop longtemps baissé les bras. A nouveau cependant ? comme nous avions pu le faire à l'occasion, comme d'autres si souvent l'avaient fait avant nous ? nous élevons nos bras au-dessus de nos épaules encore fourbies par l'aliénation, courbées par la douleur, par l'injustice, par l'accablement qui régnaient jusque-là. C'est alors que nous nous relevons : nous projetons nos bras en l'air, en avant. Nous relevons la tête. Nous retrouvons la libre puissance de regarder en face. Nous ouvrons, nous rouvrons la bouche. Nous crions, nous chantons notre désir. Avec nos amis nous discutons de comment faire, nous réfléchissons, nous imaginons, nous avançons, nous agissons, nous inventons. Nous nous sommes soulevés. " Ce livre est un essai de phénoménologie et d'anthropologie ? voire une poétique ? des gestes de soulèvement. Il interroge les corps avec la psyché à travers le lien profond, paradoxal, dialectique, qui s'instaure entre le désir et la mémoire. Comme il y a " ce qui nous regarde " par-delà " ce que nous croyons voir " ; il y aurait peut-être " ce qui nous soulève " par-delà " ce que nous croyons être ". C'est une question posée en amont ? ou en dedans ? de nos opinions ou actions partisanes : question posée, donc, aux gestes et aux imaginations politiques. Question posée à la puissance de se soulever, même lorsque le pouvoir n'est pas en vue. Cette puissance est indestructible comme le désir lui-même. C'est une puissance de désobéir. Elle est si inventive qu'elle mérite une attention tout à la fois précise (parce que le singulier, en l'espèce, nous dit plus que l'universel) et erratique (parce que les soulèvements surgissent en des temps, en des lieux et à des échelles où on ne les attendait pas).
«J'ai vu, un jour, dans les Alpujarras, un oiseau immobile dans le ciel. C'était un petit rapace. Son corps, à mieux y regarder, esquissait bien quelques gestes infimes : juste ce qu'il fallait pour demeurer dans le ciel en un point aussi précis qu'intangible. Sans doute était-ce le sitio convenable pour bien guetter sa proie. Mais il lui avait fallu, pour cela même, renoncer à voler vers un but, ne surtout pas " fendre l'air ", tout annuler pour un temps indéfini. C'est parce qu'il s'était placé contre le vent - parce que le milieu, l'air, était lui-même en mouvement - que le corps de l'oiseau pouvait ainsi jouer à suspendre l'ordre normal des choses et à déployer cette immobilité de funambule, cette immobilité virtuose. Voilà exactement, me suis-je dit alors, ce que c'est que danser : faire de son corps une forme déduite, fût-elle immobile, de forces multiples.»Il ne s'agit, dans ce livre, que de regarder et de décrire philosophiquement, autant que faire se peut, un grand danseur de baile jondo, Israel Galván. Il s'agit de reconnaître dans son art contemporain un art de «naissance de la tragédie». Il s'agit d'écouter son rythme et de reconnaître dans ses mots - au moins trois d'entre eux : la jondura ou «profondeur», le rematar ou l'art de «mettre fin» et le templar, intraduisible - de grands concepts esthétiques que notre esthétique ignore encore.8874393164
Ce livre est un regard nouveau posé sur la peinture de la Renaissance italienne. Découvrant une partie inédite et surprenante d'une oeuvre de Fra Angelico, l'auteur s'engage dans une véritable enquête qui finira par renverser un certain nombre de nos idées acquises sur la peinture du XVe siècle.
Dans une Italie communale qui bénéficie, au cours des XIIe et XIIIe siècles d'un essor sans précédent de la production et des échanges, le paysage urbain se hérisse de tours, tandis que les rues résonnent en permanence du pas de ces puissants chevaux de guerre qui peuplent tant de fresques et de tableaux de la première Renaissance. Tours et chevaux symbolisent la supériorité d'une classe sociale, la militia, qui pendant longtemps restera ouverte à tous ceux qui ont les moyens d'acheter un cheval de guerre et de s'entraîner pour le combat monté. Composée pour l'essentiel de propriétaires fonciers, la militia n'en présente pas moins une grande diversité de conditions sociales qu'accentue encore la participation plus ou moins active de ses membres aux secteurs les plus dynamiques de l'économie marchande. Seuls en fait les profits tirés de la guerre et la défense des privilèges qui lui sont reconnus en échange de ses prestations militaires expliquent l'étonnante cohésion de cette classe et sa capacité à perpétuer un système de domination qui s'identifie, jusqu'au début du XIIIe siècle, avec le régime des consuls. Et pourtant, la militia se verra contrainte, en l'espace de quelques décennies, de renoncer à ses privilèges et d'abandonner le pouvoir à de nouvelles catégories de la population regroupées sous la bannière du popolo. Comment expliquer une débâcle aussi rapide ? Par l'irrésistible montée en puissance du popolo, sans aucun doute, et par les décisions internes de la militia. Mais elle apparaît plus encore comme la conséquence inévitable d'une culture de la haine qui, malgré tous les mécanismes destinés à en limiter les effets, conduit à l'implosion d'un tel système de domination.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?